Carnets de campagne : L’insondable élection présidentielle

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Le devoir citoyen

C’est vrai, un sondage c’est comme une photographie : quand on est moche dessus on la déchire mais quand on y est à son avantage on la montre à tout le monde… telle est la règle qui vous permet de savoir qui monte et qui descend dans les intentions de vote simplement en écoutant les déclarations des candidats …

Les sondages, on leur fait dire ce qu’on veut surtout quand on les prend individuellement et qu’on compare les chiffres au jour le jour sans les replacer dans le contexte politique historique dont le fondement est simple :la France est un pays de droite !

Ainsi, depuis 1962 les français ont participé à 8 élections présidentielles : 2 remportées par la gauche (1981, 1988), 1 par le centre (1974) et 5 par la droite (1962, 1969, 1995, 2002, 2007). La candidat socialiste a été éliminé dès le 1er tour à deux reprises (1969 au profit du centre, 2002 au profit du front national) et la droite une seule fois, en 1974, au profit du centre.

Quand on observe bien les scores de premier tour des deux élections présidentielles emportées par la gauche on constate que le total des scores obtenus par les candidats socialistes, divers gauche et extrême gauche était très haut 50,7 % en 1981 et 49,12 % en1988. A titre de comparaison en 1995, 2002 et 2007 ces mêmes totaux étaient respectivement de 40,5 ; 42,8 et 36,4.

Sur ces trois mêmes scrutins le cumul droite, divers droite, extrême droite et centre donne les totaux suivants : 59,16 ; 57,14 et 63,57. Avec de tels scores la droite peut se permettre un certain niveau de division avec le centre et un peu de déperdition des voix d’extrême droite vers l’abstention.

L’enseignement à en tirer est que pour gagner le second tour la gauche doit cumuler plusieurs conditions : un niveau très élevé au premier tour, un excellent report des voix et la récupération d’une partie des voix du centre (comme en 1988).

La lecture des sondages pourrait permettre à la gauche de se laisser aller à un certain optimisme en vue du 6 mai mais si l’on observe les évolutions depuis 3 mois on constate que le rapport droite-gauche évolue peu au premier tour, que François Hollande baisse au profit de Jean-Luc Mélenchon et que François Bayrou comme Marine Le Pen baissent au profit de Nicolas Sarkozy. Ce dernier a repris la première place dans les sondages en diminuant de par ce fait les risques de mauvais reports des voix. Si vous faites la moyenne des derniers sondages de tous les instituts vous arrivez aux résultats suivants :

Poutou

0,57

Arthaud

0,64

Mélenchon

13,29

Hollande

27,71

Joly

2,21

Bayrou

11,36

Sarkozy

28,36

Dupont Aignan

0,79

Le Pen

14,86

Cheminade

0,21

Le premier enseignement est qu’avec un total de 14,5 % des voix, l’extrême gauche (Arthaud, Poutou, Mélenchon) fait certes bien mieux qu’en 2007 mais reste au niveau traditionnel de cette famille politique (13,81% en 2002, 13,94 % en 1995). Jean Luc Mélenchon n’attire donc pas, pour l’instant, de nouveaux électeurs à gauche mais il a siphonné l’électorat des deux candidats d’extrême gauche et commence à s’attaquer à celui de François Hollande.

Deuxième enseignement, avec 29,92 % des voix, l’ensemble PS/DVG fait à peine mieux que lors des précédents scrutins (28,76 % en 2007, 29,08 % en 2002 et 26,62 % en 1995). Lors de la dernière élection présidentielle gagnée, en 1988, le total atteignait 37,89 %.

Enfin, le total Extrême gauche, PS, DVG donne un résultat de 44,43 % ce qui est nettement mieux qu’en 2007 (+8 points), relativement supérieur à 2002 (+1,5 points) et à 1995 (+ 4 points) mais encore insuffisant pour l’emporter (- 5 points par rapport à 1988 et – 6 points par rapport à 1981).

De l’autre côté de la planète politique et si on laisse pour l’instant François Bayrou à part on constatera que l’ensemble Droite-DVD est à 29,14 % ce qui est un résultat faible (-5 points par rapport à 2007 et – 2 points par rapport à 2002) mais qui reste largement supérieur aux scores enregistrés quand la droite perd l’élection présidentielle (20% en 1988, 21% en 1981).

L’extrême droite est à 14,85 % ce qui est un score normal depuis sa réapparition en 1988 (14, 38 % en 1988, 15 % en 1995, 19,2 % en 2002 et 10,44 % en 2007). Cela signifie que contrairement au dernier scrutin, Nicolas Sarkozy n’a pas encore réussi à attirer à lui dès le 1er tour les électeurs de Marine Le Pen mais qu’en l’espace de 2 mois il a récupéré ceux qui, dans son électorat naturel à lui, étaient partis au FN.

Puisqu’il y a lieu de faire un total EXG-DVG-PS, il est bien naturel de faire de même à droite même si l’on sait que l’abstention des électeurs d’EXD est légèrement plus importante qu’à gauche. Ainsi le total droite extrême droite donne 44% contre 45 % en 2007…

Ainsi si le 1er tour avait lieu aujourd’hui et selon les chiffres de l’ensemble des instituts de sondages le rapport Droite – Gauche serait de 44% contre 44,43% le reste étant les suffrages de François Bayrou (11,36%) et Jacques Cheminade (0,21%).

Si les militants de gauche ont raison et que François Bayrou est un candidat de droite masqué en candidat indépendant du centre alors l’élection est pliée et Nicolas Sarkozy sera réélu, de justesse mais réélu.

C’est néanmoins la grande question qui sera celle de François Hollande entre les deux tours. Comment garder l’apport des voix de l’extrême gauche tout en proposant une alliance au centre ? Car une chose est claire cet électorat centriste, tout à la déception de la défaite de son candidat ne se ralliera pas au seul argument du « j’aime pas Sarkozy ».

Aujourd’hui bien malin celui qui vous annonce le résultat du 2nd tour. A la lecture de toutes ces données il me semble être l’un des plus ouverts de l’histoire de la Vème république au moins depuis 1974…

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