Carnets de campagne : Puisqu’ils ne sont plus que deux – bilan

Share
Les 10 candidats du 1er tour 2012

Au terme de ce premier tour de l’élection présidentielle, il y a ceux qui pleurent, ceux qui rient, beaucoup de déception et d’espoir. Du côté des deux champions qui s’affronteront dans cinq jours on y croit plus que jamais parce rien n’est jamais écrit ou parce que le dieu sondage a parlé !

Je vous propose ici de porter un regard si possible lucide sur les résultats et sur leurs conséquences :

Il y a d’abord les vainqueurs :

 – François Hollande : le candidat socialiste a plusieurs raisons de se satisfaire du résultat de dimanche. Tout d’abord il arrive en tête avec 28,63 % des suffrages. C’est près de 3 points de plus que Ségolène Royal en 2007 et c’est le 4ème meilleur score d’un candidat socialiste sur 9 élections présidentielles. Son deuxième sujet de satisfaction, qu’il faudra relativiser, c’est le faible score des candidats dont il peut espérer un report important au 2nd tour. Ni Jean-Luc Mélenchon, ni François Bayrou ne pourront lui imposer leurs propres  conditions.

Marine Le Pen : C’est évidemment un grand succès de la patronne du Front national qui enregistre le plus haut score de son parti à une élection en suffrages et en pourcentages et cela même si elle ne se qualifie pas au second tour ce qui lui évite l’humiliation d’une défaite massive. Nous y reviendrons bientôt mais en tout état de cause Marine Le Pen a construit ce dimanche les fondations de ses probables futurs succès électoraux.

 Nicolas Sarkozy : Certains seront surpris de voir apparaitre dans cette catégorie le Président sortant et pourtant … Nicolas Sarkozy a réussi, contre tous les sondages, à coller aux fesses de son concurrent direct. On l’annonçait distancé à 5 ou 6 points derrière François Hollande et le voici qui pointe le bout de son nez à 1,4 points derrière … le fleuve n’est plus qu’un petit ruisseau et pour l’instant la vague n’a pas choisi son camp. Autre sujet de satisfaction pour le candidat de droite, le haut niveau de Madame Le Pen car chaque élection le démontre, au second tour le candidat de la droite récupère toujours au moins les deux tiers de l’électorat frontiste soit cette année près de 12 points qui son presque garantis au candidat président…

Philippe Poutou : Mine de rien le candidat du NPA a réussi, grâce à la campagne officielle, son pari électoral. Certes il fait près de 4 fois moins (en pourcentage) qu’Olivier Besancenot en 2007 mais il résiste bien à Jean-Luc Mélenchon et fait deux fois plus de voix que sa concurrente honnie, Nathalie Arthaud.

Il y a ensuite les déçus :

François Bayrou : l’arithmétique est cruelle, le candidat centriste a tout simplement fondu de moitié en l’espace de 5 ans. Les 8,8 annoncés à 20H00 se sont certes transformés en 9,13 le lendemain grâce à certaines grandes villes et aux Français de l’étranger mais pour le candidat Modem cela semble marquer la fin d’un long chemin de croix émaillé de défaites électorales à répétitions. Le centre retrouve un niveau un peu supérieur aux élections européennes de 2009 mais il ne connaitra pas un nouveau printemps en 2012 et son leader jouera gros dans cet entre deux tours quand il choisira (ou non) un candidat à soutenir.

Jean-Luc Mélenchon : le prince rouge de cette campagne, chouchou toutes catégories des médias pour son talent oratoire et son goût pour l’énervement contrôlé et la politique spectacle aura fait … plouf. Certes il devance François Bayrou ; certes il dépasse les 10 % mais pour l’homme que les sondages présentaient comme le pourfendeur de Marine Le Pen, celui qui frôlait les 15%, ces 11,1 % sonnent comme un échec ou, pour le moins, une déception. L’échec n’est en fait pas sans conséquence pour la gauche car à bien observer les chiffres Mélenchon n’a apporté aucune voix à son camp. Il a siphonné l’extrême gauche sans rien lui faire gagner. Avec 12,81% des voix le trio Mélenchon, Poutou, Arthaud, fait moins que Laguiller, Besancenot, Gluckstein, Hue en 2002 (13,81 %) ou que le duo Laguiller, Hue de 1995 (13,94 %). Seul bénéficiaire de cette campagne, le parti communiste peut trouver là, au front de gauche, la chance de sa rénovation et de sa cure de jouvence mais le vieux parti stalinien laissera t’il son destin aux mains de l’acteur Mélenchon ? Rien n’est moins certains.

Nathalie Arthaud : la candidate de Lutte Ouvrière enregistre le pire score de l’histoire de son mouvement politique et semble poursuivre la descente aux enfers entamée par Arlette Laguiller en 2007. Souvenez-vous 1974, 1981 et 1988 la candidate ouvrière fait vibrer 2,33%, 2,30% et 1,99% des ouvrières et des ouvriers de ce pays. Mais en 1995 c’est l’explosion médiatique de la candidate et à deux reprises (95 et 2002) elle dépasse les 5 % (5,30 et 5,72%). Elle devient THE star de l’extrême gauche. Cette popularité ne survivra pas à un Le Pen au 2nd tour couplé à la montée de la LCR (devenue NPA) d’Olivier Besancenot. En 2007, pour sa dernière campagne Arlette retombe à 1,33 %. En passant sous la barre des 1 % c’est l’avenir même des candidatures LO à l’élection présidentielle que Nathalie Arthaud a remis, bien malgré elle, en cause.

Eva Joly : J’ai beaucoup hésité à ranger dans la catégorie « défaite » la candidate écologiste. A bien y regarder, si le score est faible, il n’est pas éloigné du niveau traditionnel des Verts à l’élection présidentielle. En 2007, Dominique Voynet obtenait 1,57 % des voix et cela même si elle était confrontée à José Bové qui faisait 1,32. Eva Joly enregistre le pire score de l’écologie depuis 1974 (si on additionne Voynet et Bové en 2007). Pis encore, elle n’était pas la candidate des « Verts » mais de « Europe Ecologie – Les Verts » ce mouvement politique qui devait révolutionner la vie politique du pays et faire de l’écologie … la 3ème force politique du pays …un mouvement qui rêvait encore des 16,3 % des élections européennes … trois ans plus tard il n’en reste plus rien.

demain … les perspectives

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *