En chiraquie la vengeance est un plat qui se mange froid

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De gauche à droite, Bernadette et Jacques Chirac, Claude Chirac et Frédéric Salat-Baroux et les deux témoins de Claude Chirac,Line Renaud et Michèle Laroque. Photo Benoît Tessier/Reuters

C’est en 1995 qu’à propos notamment de Nicolas Sarkozy, Bernadette Chirac lâchait au journal de 20H00 : “je ne suis pas rancunière mais j’ai de la mémoire“… Tout porte désormais à croire que dans le camps Chirac elle est bien la seule à ne pas se laisser aller aux plaisirs de la rancune car à quelques jours de l’élection présidentielle c’est bien toute la Chiraquie qui met son poids, tout relatif, pour faire battre le “traître” Sarkozy.

Traître un jour, traître toujours…

Chez les sympathisants de l’ancien président personne n’a oublié cet héritier de Chirac qui, non content de basculer dans le camps Balladur, en est même le porte parole, le conseiller politique et le plus dévoué serviteur. Cette première trahison fera de Nicolas Sarkozy l’homme de plus détesté de la chiraquie. Entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1995, au meeting de rassemblement derrière Chirac; Pasqua, de Villiers et même Balladur seront poliment applaudis à leur entrée sous le chapiteau mais quand résonne le nom “Nicolas Sarkozy” c’est une bronca sans égale qui se déchaîne emplissant la salle de sifflets pendant plusieurs minutes. La “petite merde” comme le surnomme Chirac sera privée de ministère et de poste au RPR. Plus que la trahison, le clan Chirac ne pardonne pas à son ancien protégé d’avoir lancé depuis son ministère du budget toutes les affaires qui pourriront les 12 années de la présidence Chirac et qui coûteront  la Mairie de Paris.

Une traversée du désert finalement bien courte. Quand en 1997 Philippe Seguin tente une OPA sur le parti gaulliste défait lors des élections législatives, il embarque avec lui le maire de Neuilly auquel il finira par abandonner le bateau en perdition sur le chemin des élections européennes suivantes.

En l’espace de quelques années Nicolas Sarkozy se refait une image auprès des élus du RPR sur le dos d’un Chirac accusé de la stratégie d’auto-destruction de 1997. En 2002 le Président réélu ne peut que faire entrer Sarkozy au Gouvernement tout en lui refusant obstinément Matignon. Pendant 5 ans le ministre de l’Intérieur va lui pourrir son mandat et le Président rendra coup pour coup : “Sarkozy? il faut lui marcher dessus avec le pied gauche … ça porte bonheur“…

Emporté par la maladie d’Alzheimer l’ancien Président aura lâché un dernier scud vers son ancien ministre sous couvert “d’humour corrézien”  … “je voterai François Hollande“… un humour qui aura fait long feu puisqu’à quelques jours du premier tour les masques sont tombés : «Cela n’avait rien d’une plaisanterie», déclare l’historien Jean-Luc Barré, co-auteur des «Mémoires» de Jacques Chirac. «Il y a une dizaine de jours quand je l’ai vu, il m’a dit qu’il voterait François Hollande», a-t-il ajouté sur BFMTV. «Chirac est un humaniste, marqué à la fois par la fibre radicale-socialiste corrézienne et la dimension sociale du gaullisme», a poursuivi l’écrivain qui votera lui-même Hollande. La même semaine les ex ministres de Chirac annoncent ou confirment leur ralliement au candidat socialiste :  Corinne Lepage (Cap 21), Jean-Jacques Aillagon (ex UMP), Azouz Begag (ex Modem), Brigitte Girardin (proche de Dominique de Villepin). Ils sont rejoints par des proches comme l’ex-conseiller de Jacques Chirac, Hugues Renson qui avait fait, dimanche, le déplacement à Vincennes pour soutenir François Hollande. Les rumeurs courent et sont faiblement démenties concernant Claude Chirac, fille et conseillère de l’ancien président, son époux, l’ex-secrétaire général de l’Elysée Frédéric Salat-Barroux ainsi que Thierry Rey, ex mari de Claude, et Line Renaud l’éternelle proche du clan Chirac.

Ils n’ont rien a gagné ou rien à perdre si ce n’est le plaisir de voir leur ennemi s’écrouler dans la fureur de la défaite comme en son temps un autre ennemi intime Valéry Giscard d’Estaing.

Le clan Chirac n’a qu’un poids électoral anecdotique mais son basculement donne l’impression d’un navire qui prend l’eau de toutes parts. Ces défections, qui n’en sont pas vraiment tant on peut soupçonner que Claude Chirac n’a jamais glisser le moindre bulletin Sarkozy dans une urne électorale, accentue le nuage de défaite qui encercle le président sortant.

Un Chirac n’oublie jamais et paye toujours ses dettes, surtout celles de la rancunes !

 

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