La colère de François Bayrou

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Par Pierre Jaxel-Truer

Un “Bayrou nouveau” est-il arrivé en cette fin de campagne ? Le “troisième homme” de 2007 n’est aujourd’hui , il est vrai, que le cinquième des sondages, loin de ses ambitions affichées. Il lui faut accélérer.

A l’automne 2011, cette expression du “Bayrou nouveau” avait fait florès lorsque les proches du candidat centriste avaient tenté de gommer ses aspérités. Le Béarnais, éreinté pour ses cinq années de solitude, l’image écornée par ses violents réquisitoires contre Nicolas Sarkozy, était présenté comme “plus calme”,“plus ouvert”, doté de cette tempérance et ce goût du rassemblement qui font dans la geste présidentielle classique – ère pré-Sarkozy – la marque des hommes d’Etat.

Mais depuis une semaine, le ton change : “Il faut qu’il se mette en colère !”, répètent à l’envi nombre de ses soutiens, parmi lesquels sa directrice de campagne, Marielle de Sarnez.

Et c’est, depuis ce week-end, l’heure des travaux pratiques. Voilà donc, en quelque sorte, l’avènement d’un “nouveau Bayrou nouveau”, qui ressemble parfois furieusement à l’ancien, celui d’il y a cinq ans.

En déplacement en Corse, samedi 31 mars et dimanche 1er avril, le candidat centriste a retrouvé ses accents de “Monsieur Propre” de la politique. Ainsi, appelé à réagir sur les derniers rebondissements de l’affaire Bettencourt, et les soupçons de financement illégal de la campagne de M. Sarkozy en 2007, il s’est montré incisif. Il a ainsi évoqué “un champ d’inquiétude et de suspicion très grandes sur le financement de la campagne de 2007”, a demandé une réforme du financement des campagnes pour plafonner les dépenses à 10 millions d’euros par candidat pour le premier tour et interdire les dons de particuliers.

Mardi, son équipe a organisé une conférence de presse de rattrapage pour ceux qui avaient raté l’épisode : l’occasion de remettre sur la table l’une de ses propositions phares de campagne – un référendum sur “la moralisation de la vie publique” -, qu’il juge insuffisamment relayée.

CRITIQUES DES MÉDIAS

M. Bayrou a aussi retrouvé une autre de ses vieilles antiennes, la critique desmédias, qui se feraient complices passivement ou activement de la bipolarisation de la vie politique française. La Une ironique de Libération, lundi, a irrité le député des Pyrénées-Atlantiques : sur un fond orange MoDem, le quotidien a écrit, en toutes, toutes petites lettres : “Bayrou perdu au milieu”.

La riposte n’a pas tardé. Lorsque l’on ouvre le site Internet de campagne du candidat, on tombe désormais sur un pastiche de cette Une, avec un autre texte :“Les journalistes perdus en Sarkholland.”

Le site de campagne de François Bayrou, lundi 2 avril, en réponse à la "une" de Libération.

En meeting à Dijon, lundi soir, et sur RTL, mardi, le candidat centriste a haussé le ton pour s’en prendre, cette fois, à France 2. M. Bayrou fait en effet pression pour qu’ait lieu un débat, à une heure de grande écoute, entre les dix candidats du premier tour.

“La télévision publique a organisé deux débats de deux heures pour la primaire socialiste. Etait-ce plus important que l’élection présidentielle ?”, a pointé le candidat du MoDem sur RTL.

Et M. Bayrou de hausser le ton, n’hésitant pas à se livrer à une passe d’armes avec le journaliste Jean-Michel Aphatie.

“- Est-ce que vous ne trouvez pas normal, je vous pose la question à vous…

– … en général, je ne réponds pas aux questions.

– Et bien vous allez y répondre ! Est-ce que vous ne trouvez pas normal, comme citoyen, qu’un débat soit organisé au premier tour de l’élection présidentielle ?

– Je peux vous poser une autre question, M. Bayrou ?

– Vous pouvez en tout cas répondre.

– Pas forcément.

– Eh ben voilà. Vous êtes de ceux qui acceptez. Les gens qui vous écoutent ne trouvent pas normal votre réponse. “

M. Bayrou, depuis le début de la campagne, s’est attaché à se poser en“rassembleur”, au-dessus de la mêlée partisane. Ses proches ont eu pour consigne de ne pas s’adonner aux attaques personnelles, de mener une campagne “propre”. Mais le sprint final justifie manifestement un peu d’emportement, toutefois mesuré, avec une réinterprétation de classiques éprouvés.

Pierre Jaxel-Truer

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