6 mai 2012 : une petite victoire pour un grand changement

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Le nouveau Président de la République  François Hollande
Le nouveau Président de la République François Hollande

Nous sommes au lendemain de la troisième alternance politique de l’histoire de la Vème République après 1981 et 1995. Cela faisait 24 ans que la gauche n’avait pas emporté une élection présidentielle … voilà qui est fait et une fois encore quel suspense, quelle surprise !

La tradition a en effet été respectée : le visage qui est apparu à 20 heures sur les écrans de télévision n’était pas celui d’un homme attendu à cette place il y a de cela un an. La vitesse avec laquelle circulent les informations nous fait oublier que François Hollande arrive de nulle part, candidat raillé à la candidature socialiste, il bénéficie de l’autodestruction strauss-kahnienne du 14 mai 2011. Ce jour là, il y à moins d’un an, l’archi favori des sondages et des Français disparait de la scène politique au travers d’une tragi-comédie pathétique… Quelques mois plus tard c’est la suppléante du patron du FMI, première secrétaire du parti socialiste qui est éjectée de la course mais cette fois à la loyale.

François Hollande, l’homme du consensus socialiste, réussi l’impossible : rassembler le parti pour chasser le Président sortant. La campagne qu’il mène est d’abord celle du rassemblement de la gauche. Peu de promesses intenables, le candidat devenu président veut que sa politique soit réaliste et réformatrice quitte à laisser se développer sur sa gauche la fougue et la morgue de l’insupportable Mélenchon.

Tous nos amis de gauche sont à la fête depuis hier. Ce matin les petits yeux fatigués par le champagne et la fureur joyeuse de la rue marquent ceux qui, le visage ensoleillé, ont vécu ce grand moment qu’est une victoire politique majeure.

La victoire est majeure par ses effets, mais étriquée dans sa consistance

Loin de moi l’idée de vouloir gâcher la fête mais pourtant il faut que très vite la gauche prenne conscience du vrai rapport de force dans ce pays pour ne pas se tromper de bataille alors que pointent déjà les sirènes des élections législatives.

François Hollande a obtenu 18 000 438 voix (51,62 % des suffrages exprimés) contre 16 869 371 voix pour Nicolas Sarkozy (48,38 % des SE). 2 147 173 de nos concitoyens se sont rendus aux urnes pour voter Blanc ce qui signifie que François Hollande a obtenu 48,63 % des voix des « votants »  alors qu’en 2007 Nicolas Sarkozy avait, avec près d’un million de voix de plus que le président élu en 2012, emporté la majorité des « votants » (50,8 %).

Le nouveau président dispose donc, au début de son mandat, d’une majorité relative mais aussi fragile car très variée. Au lendemain du 1er tour de scrutin je répétais à l’envie que le second tour se jouerait dans un mouchoir de poche, aux alentours d’un rapport 50,5 contre 49,5. Quel est donc ce point qui a basculé au profit du candidat socialiste en l’espace de 15 jours ?

Si l’on additionne la totalité des voix des candidats de gauche au premier tour on arrive à 15 700 000 voix. Si on additionne la moitié des nouveaux votants (en fait 48,5 % des nouveaux) on arrive à15 915 871 on ajoute à cela les voix de Cheminade et 10% des voix de Le Pen et l’on trouve 16 647 559… il nous en manque encore deux millions car, à ce compte là chers amis, Nicolas Sarkozy était réélu. On savait qu’un tiers des électeurs de Bayrou voulaient voter Hollande donc on les ajoute à notre calcul : 17 739 266.

Si l’on s’arrête là un instant et qu’on envisage le résultat que cela aurait donné à ce moment du calcul, nous aurions un François Hollande à 50,7 contre 49,3 pour le Président sortant. Le point, chers lecteurs, il est là. Qu’on le veuille ou non François Hollande a été élu par une majorité allant de l’extrême gauche au centre. Non seulement cette victoire était impossible sans les voix du Modem mais c’est le soutien du président de ce mouvement qui a évité à François Hollande l’apparence d’une victoire étriquée.

Plus que jamais il y a eu un perdant dimanche soir, Nicolas Sarkozy. Plus que jamais cette élection, comme toutes les autres, s’est gagnée au centre. Le président sortant a perdu ce scrutin parce qu’il a abandonné les humanistes au profit des extrémistes. François Hollande se veut socialiste mais président de tous. S’il oublie de construire sa majorité sur ces deux fondements alors il ne sera qu’un président corrézien et comme son auguste prédécesseur il pourrait vivre un mandat de cohabitation faisant du « changement » une parenthèse de quelques semaines seulement.

Gageons que la nouvelle équipe comprendra le sens de sa victoire et aura à cœur de gouverner là où elle a gagné, dans cette idée que tout passera par la capacité du nouveau président à rassembler plutôt qu’à désunir, à résister aux extrêmes plutôt qu’à se laisser aller à la facilité des imprécations… Le 6 mai 2012 ne doit pas être l’aboutissement mais l’émergence d’un nouvel espoir pour tous les réformateurs.

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