Législatives, la première boulette de la gauche au pouvoir

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Jean-Luc Mélenchon, Marine le Pen et François Bayrou en danger dans leurs circonscriptions

Il y a parfois des articles dont on aurait aimé être l’auteur tant ils résument en quelques lignes posées l’analyse empreinte de colère et parfois d’un inexpugnable sentiment de gâchis qui nous habite. Tel est le cas de cette tribune de Laurent Joffrin, publiée dans le Nouvel Observateur qui pose en quelques sortes la question politique essentielle du quinquennat : Avec qui François Hollande entend t’il gouverner? la réponse s’est clarifiée au fur et à mesure des jours de ce tumultueux mois de mai : tout seul ! Ou plus exactement, il ne gouverne qu’avec ceux qui se sont soumis à son leadership avant le 1er tour de l’élection présidentielle : pas de communiste, pas de Mélenchon et pas de Bayrou. Faisant fi de l’arithmétique électorale et de l’expérience de ses prédécesseurs, le président ne compte que sur ses propres forces pour changer la France… La conclusion du raisonnement est que 3 candidats à l’élection présidentielle, totalisant pas loin de 40 % des suffrages devraient être battus à l’occasion des législatives … Mais attention, à gouverner seul on se condamne à finir un mandat soumis aux vents des crises économiques internationales dans la peau du capitaine esseulé et bien fragile…

Article de Laurent Joffrin :

Faut-il incriminer la bêtise partisane, le calcul oblique des apparatchiks ou bien la volonté de puissance du PS ? En tout cas, c’est la première boulette du quinquennat. Coup sur coup, les socialistes viennent de commettre deux erreurs électorales qui peuvent leur coûter très cher. Au sud, ils ont refusé à François Bayrou le retrait de leur candidat qui eût facilité sa réélection en juin. Au nord, ils ont usé de la même mauvaise manière envers Jean-Luc Mélenchon.

Le leader du Modem recherche les suffrages des électeurs de la deuxième circonscription des Pyrénées-Atlantiques pour rester au Parlement. Celui du Front de gauche veut battre Marine Le Pen à Hénin-Beaumont. Dans les deux cas, la logique des rapports de force nationaux rend leur entreprise incertaine. Dans les deux cas, le candidat ou la candidate socialiste part avec une large réserve de voix qui se sont portées sur François Hollande à l’élection présidentielle. Dans les deux cas, le Parti socialiste a décidé de maintenir ses candidats. Funeste bévue !

Ainsi les socialistes, pour gagner des sièges à l’Assemblée, sont prêts à étouffer deux voix importantes du débat présidentiel. Les deux victimes de leur intolérance représentent quelque 10% des électeurs français. Leurs thèses sont fortes, leur discours a de l’écho et leurs électeurs, au deuxième tour, ont reporté sans férir leur voix sur François Hollande. “En politique, a aussitôt dit Laurent Fabius, il n’est pas interdit d’être élégant.” Voilà un conseil que le PS s’est empressé de ne pas suivre.

Alors même que les socialistes prônent l’instillation d’une dose de proportionnelle dans le scrutin législatif pour assurer la représentation de tous les courants importants de l’opinion, alors même que Bayrou et Mélenchon ont facilité par leur désistement explicite la victoire de la gauche, le PS les punit de leur loyauté et les menacent d’exclusion parlementaire. Bêtise des vainqueurs…

Car c’est affaire d’intérêt autant que de principe. Assurant l’élection de deux porte-parole éminent du centre et de la gauche de la gauche, le PS se donnait les gants de favoriser le pluralisme républicain et neutralisait par sa double décision les critiques venant de la droite ou de l’extrême-gauche. Aux critiques de droite (vous favorisez Mélenchon) ou d’extrême-gauche (vous faites la courte échelle à Bayrou), il leur aurait été facile de répondre : par esprit démocratique, nous assurons l’expression du centre aussi bien que de la gauche de la gauche. Nous sommes ouverts, nous cherchons le rassemblement le plus large. Pas de jaloux…

Au lieu de cela, les socialistes ont choisi la voie obtuse de la stupidité partisane. Ils se donnent ainsi l’image de politiciens avides et sectaires, qui font passer leurs ambitions avant l’intérêt du camp républicain. Un seul souhait désormais : que Bayrou, courageux héraut de l’humanisme centriste, soit élu malgré les socialistes, aussi bien que Mélenchon, qui défie avec panache la présidente du Front national.

Laurent Joffrin

Par 
Directeur du Nouvel Observateur

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