Mais qui donc n’est pas républicain ?

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l’esprit républicain à toutes les sauces

C’est par le plus grand des hasards que je tombais ce matin sur un article de Pierre Beylau publié sur le Point et intitulé : « Mais qui donc n’est pas “républicain” ? ». Tout de suite j’ai pensé à ce moment passé hier soir au coin d’une terrasse enfumée de la capitale, alors que, perchée dans son ballon d’observateur exigeant de la vie politique française, la réincarnation de Léon Gambetta aboyait à mes oreilles sur la thématique Ô combien rabâchée de l’anti-sarkozysme qui peu à peu se mue ou se transforme en hollandisme béat… pendant quelques minutes, je suis passé sous les fourches caudines de l’intéressé, emporté dans l’emballement de sa véhémence et de nos certitudes divergentes.

L’origine du débat : le discours d’investiture de François Hollande et le passage (traditionnel) par lequel le nouveau président rend hommage à ses prédécesseurs. Comme d’autres, j’ai trouvé la pensée adressée à Nicolas Sarkozy peu élégante. Comme les mêmes, j’ai trouvé l’attitude générale de François Hollande à l’égard de son prédécesseur peu délicate et, oui, je m’en suis étonné en me souvenant qu’il se voulait un président « exemplaire » mais soyons sérieux un instant, rien de bien nouveau ni de bien dramatique.

J’ai bien entendu l’argumentaire contraire expliquant que le propos n’était pas “anti-républicain” et qu’en critiquant vertement les méthodes de son prédécesseur, François Hollande lui avait, d’une certaine façon, rendu hommage. J’ai bien entendu que mon interlocuteur n’aurait pas été choqué si le nouveau s’était contenté de dire à son prédécesseur “casses toi pauvre con” puisque, je cite, ce dernier avait “craché à la gueule des Français pendant 5 ans” et avilie la République …  Il ne s’agit néanmoins pas là de la République, ni même de « l’esprit républicain » comme tous les anciens et nouveaux ministres aiment à se targuer lors des passations de pouvoir … Il ne s’agit que de politesse et de bonne éducation. Deux notions qui semblent bien au-delà des questionnements des Français… ou de la plupart d’entre eux. On me dira bien sur que le sortant était l’antithèse de la politesse, de l’élégance et de la bonne éducation ; c’est vrai et bien justement le Changement c’est maintenant ?

Texte de Pierre Beylau

Tout est “républicain”. Le comportement, les passations des pouvoirs, les dépôts de gerbes sur la tombe du Soldat inconnu. Le fait de dire bonjour, de se serrer la main, de demander des nouvelles des enfants, de se sourire, de ne pas s’insulter d’emblée. Que des hommes politiques qui se sont côtoyés sur les bancs de l’Assemblée, parfois sur les bancs des mêmes écoles, souvent dans les mêmes cercles ou les mêmes restaurants, fassent preuve de la plus élémentaire courtoisie, et ils doivent presque s’en excuser.

Voulant à tout prix échapper au mortel soupçon de connivence, ils éprouvent le besoin de s’abriter derrière le sacro-saint viatique : “républicain”. Si votre voisin ne vote pas comme vous, mais si vous le saluez dans l’escalier, sachez donc que, vous aussi, vous accomplissez un acte “républicain”. Comme ce bon monsieur Jourdain faisait de la prose en l’ignorant.

Un complot monarchiste ou bonapartiste ?

Le vocable est mis à toutes les sauces. Un huron débarquant à l’improviste dans l’Hexagone pourrait conclure de cette débauche sémantique que la République est menacée. Qu’un complot monarchiste risque de renverser nos chères institutions. Qu’une conspiration bonapartiste ourdie en Corse ou sur l’île d’Elbe est sur le point de triompher. Qu’un coup d’État du 2 décembre nous guette en plein mois de mai. Qu’un putsch fomenté dans de lointaines garnisons ultramarines risque d’instaurer une dictature militaire. Évidemment, il n’en est rien. Même nos extrêmes – de droite à gauche – se sont coulés depuis belle lurette dans le moule dela République.

Ajoutons qu’au sein de l’Union européenne existent six monarchies constitutionnelles (SuèdeDanemarkPays-Bas, Belgique, Royaume-Uni, Espagne), auxquelles il faut ajouter le grand duché du Luxembourg et, hors UE, la Norvège. Ces pays n’ont pas connu les joies dela Terreur, des colonnes infernales et de l’astucieuse machine du docteur Guillotin – imprégné, paraît-il, de l’esprit des Lumières – tranchant les têtes couronnées. Sont-ils pour autant moins démocratiques ? Les libertés publiques sont-elles en péril à Londres, à Copenhague, à La Haye ? Comment les hommes politiques de ces malheureuses contrées, privés de l’usage du qualificatif sacré “républicain”, font-ils ?La France, de surcroît, n’est pas née en 1789. À ceux qui en douteraient nous conseillons une petite visite à Versailles…

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