David Cameron et la fin des droits sociaux

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David Cameron
David Cameron

C’est une nouvelle révolution qui a débutée en 2012 au sein du parti conservateur britannique et plus largement au Gouvernement de sa gracieuse Majesté. Dans un discours prononcé dans le Kent, le Premier ministre David Cameron mettait alors à mort la théorie du “conservatisme compassionnel”.

Le « conservatisme compassionnel » était la deuxième étape d’adoucissement du thatchérisme après le « back to the basics » de John Major. L’idée générale était de trouver l’équilibre parfait entre « l’efficacité économique » et « la justice sociale ». C’était le cœur du programme économique de David Cameron et de son alliance avec les lib-dem : oui les conservateurs étaient décidés à lutter contre le sous-financement des infrastructures et des services publics, il voulait réduire la pauvreté et développer « l’investissement dans le capital humain » en faisant l’éloge du rôle social du service national de santé ou d’autres services publics comme la poste… Le cauchemar du parti conservateur des années 80. Mais derrière ces discours et ces envolées lyriques se cachaient également une autre réalité politique, celle de la réduction des déficits abyssaux hérités de la crise et de la gestion travailliste qui, dans ses dernières années, s’était révélée dramatique.

En fait, derrière l’expression « conservatisme compassionnel », David Cameron avait déjà caché un retour à une politique Thatchérienne exigeante enrobée des discours de Tony Blair. Sur son blog, Grégory Vuibout va plus loin en mettant en avant l’influence de Lawrence Mead, théoricien de la réforme de l’Etat providence américain, et qui serait à l’origine de ce que le premier ministre britannique appelle la « big society ».

« Derrière cette charmante expression se cache le projet d’aller vers une société plus encline à donner le premier rôle à la société civile au dépend de l’Etat. […L’idée est clairement de poursuivre le démantèlement du Rooseveltisme. La solidarité est ici abandonnée, pour ce qu’elle suppose de démarche collective et étatiste, afin de mettre en avant le concept, plus entrepreneurial et citoyen, de fraternité. On avoue à demi mot les incohérences du capitalisme dans [les effets qu’il peut avoir au niveau de la] distribution des richesses tout en ne contestant pas que le marché reste le plus sur des allocataires collectifs. Dans cette démarche le démantèlement de l’Etat providence loin d’être un tabou est la solution, tant il apparait évident, pour ses détracteurs, qu’il a échoué dans sa guerre contre la pauvreté. »

Si l’expression a fait mouche, elle est en en incohérence avec la compréhension qu’a la population de la politique menée par le gouvernement. Cameron tourne ainsi la page de la théorisation de sa politique. Les défaites électorales de son parti et la quasi disparition de son allié centriste l’obligent à se repositionner et à assumer clairement l’orientation de sa politique. Il le clame haut et fort, il est temps de mettre fin à la culture non plus de l’assistanat mais des « droits ». Le citoyen n’a qu’un seul « droit » celui de se battre pour trouver un emploi, obtenir un bon salaire et le préserver grâce à ses propres qualités professionnelles.

Le plan qu’il annonce aujourd’hui est sans précédent dans l’histoire économique des états européens depuis la seconde guerre mondiale et ferait à coup sure baver d’envie la Dame de fer si elle avait encore la capacité de le faire.

« La compassion ne se juge pas au niveau des chèques de prestations sociales » et donc voici que le premier ministre propose de supprimer la plupart des prestations familiales notamment celles réservées aux chômeurs ; il souhaite la fin des aides aux logements pour les moins de 25 ans et entend imposer aux chômeurs de longue durée des travaux d’intérêt général à temps plein sous peine de perdre leurs indemnités.

Les deux seuls points sur lesquels David Cameron a fait marche arrière est la variation du niveau des prestations sociales en fonction de la région dans laquelle le bénéficiaire habite et la remise en cause des prestations vieillesses sur lesquelles il s’était spécifiquement engagé pendant sa campagne.

Ce retournement n’est pas un hasard. Il s’agit d’une stratégie électorale mûrement réfléchie par David Cameron et ses conseillers en vue des prochaines élections générales. Croyez le ou non, au Royaume Uni, un scrutin se gagne à droite ou au centre mais jamais (ou presque) à gauche en tout cas pas depuis 40 ans. Le seul risque couru par le parti conservateur était d’être lâché par les Lib-Dem mais le risque restait très limité. Trop de renoncements idéologiques sont intervenus pour que les centristes flanchent maintenant, certains qu’ils sont d’être balayés, d’une manière ou d’une autre du prochain Parlement.

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