La Garce normale

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Mardi 12 juin, quelques heures après que Ségolène Royal a annoncé, dans sa profession de foi, avoir reçu le soutien de François Hollande, la compagne du président de la République envoyait un message d’encouragement à son adversaire sur son compte Twitter :

 Valerie Trierweiler

“Courage à Olivier Falorni qui n’a pas démérité, qui se bat aux côtés des rochelais depuis tant d’ années dans un engagement désintéressé. 12 Juin 12

Ségolène Royal et Valérie Trierweiler

Pendant plusieurs minutes l’émoi se propage sur la twittosphère française : gaffe, piratage, mauvaise blague… les twitteux socialistes cherchent la faille, l’excuse ou plus simplement une explication plausible à ce tweet impossible. Face à toutes ces interrogations répond le silence assourdissant de Mme Trierweiler et de ni l’Elysée jusqu’à 12H40, heure à laquelle la compagne du Président dela République confirme par texto à un journaliste son soutien à l’opposant exclu du PS qui veut faire tomber « l’ex », Ségolène Royal.

Un conseiller de l’Elysée qui répondait aux questions du Monde au moment même de cette confirmation a réagi : “Je suis complètement scotché.” “Je m’attendais à des crises gouvernementales, pas conjugales. C’est hallucinant.” Parce que dans le même temps François Hollande publie un communiqué qui dit : “Dans cette circonscription de Charente-Maritime, Ségolène Royal est l’unique candidate de la majorité présidentielle qui peut se prévaloir de mon soutien et de mon appui…”

Et voici que la présidence normale devient celle des feux de l’amour, de la trahison et de la haine personnelle. Rien ne me dérangerait dans les prises de positions de Mme Trierweiler si elle se contentait d’être la compagne de François Hollande. Si son rôle et sa place relevaient exclusivement de la sphère privée mais voilà elle revendique une place bien différente : celle de première dame de France. Une première dame qui s’est dotée d’un cabinet propre à l’Elysée. Elle participe aux cérémonies officielles et jouera le rôle de toutes celles qui l’ont précédé en en rejetant les contraintes, la première étant une certaine retenue dans les propos et les prises de position.

Non contente d’avoir brisé sa famille, d’avoir pollué sa campagne présidentielle de 2007, de l’avoir affaibli lors des primaires de 2011 voici donc que Mme Trierweiller abat le masque : c’est la peau de Ségolène Royal qu’elle veut et pour un seul crime, avoir été aimé par l’homme qui partage aujourd’hui sa vie, être la mère de ses enfants …

Nos amis socialistes tentent d’éteindre le feu en expliquant que ce n’est pas un vrai sujet, que le vrai scandale c’est le lien entre l’UMP et le FN. Ils oublient facilement les millions d’insultes et d’avanies déversées sur Nicolas Sarkozy quant à sa manière d’exercer le pouvoir et sur son manque de qualité humaine. Ils oublient les sarcasmes sur les deux premières dames qui se sont succédées à l a Présidence ses 5 dernières années. ils attendent ce 12 juin pour retrouver le sens du mot politique …. il est bien tard ! D’autres nous disent sur les mêmes réseaux sociaux qu’il ne s’agit là que d’une prise de position politique individuelle et qu’il serait sexiste d’y voir l’expression d’une quelconque jalousie. Nonobstant le fait que tout Paris bruisse depuis des mois des crises de jalousies cataclysmique dela Premièredame dès qu’on prononce le nom de « Ségolène » devant elle ; penser que la critique de sa prise de position est « sexiste » relève du crétinisme le plus abouti… Si la jalousie n’est pas l’apanage des femmes cela n’empêche pas qu’elles puissent la ressentir également…

L’express rapportait le 20 mai dernier la scène suivante :

Posé à côté des journaux, sur la tablette du TGV, le portable vibre. “Bzzzz…” François Hollande, qui est train de travailler le discours qu’il va prononcer dans quelques heures, jette un œil rapide sur l’écran. Le SMS vient de “Mon amour”. Lequel est assis à50 centimètresde lui. Le candidat replonge dans ses notes. “Mon amour” se penche vers lui, insiste : “Je t’ai envoyé un message”, murmure Valérie Trierweiler. Autour d’eux, une dizaine de personnes. Tout le monde regarde ailleurs.

L’atmosphère est électrique. Pour la première fois depuis cinq ans, ce 4 avril, François Hollande retrouve publiquement Ségolène Royal, avec laquelle un meeting est prévu à Rennes. Valérie Trierweiler est à fleur de peau, comme chaque fois qu’il est question de l’ex-compagne de François Hollande – l’entourage du candidat a beau multiplier les allers-retours avec l’équipe de Royal pour que la soirée se passe au mieux, rien ne l’apaise. Au point qu’il est question de supprimer la photo Royal-Hollande, dont les modalités ont été négociées directement entre les deux anciens conjoints…

Ce soir-là, au dernier moment, dans le secret de la loge où elle suit le discours de Royal, Valérie Trierweiler décide d’aller lui serrer la main. Elle fait prévenir les photographes, qui s’agglutinent dans les gradins; d’en haut, ils peuvent en effet observer la rangée des personnalités, où l’oratrice ne va pas tarder à s’installer. “Mais pourquoi il y a tous ces photographes?” interroge d’ailleurs Ségolène Royal en s’asseyant.

Quelques instants plus tard, interdite, elle voit la nouvelle compagne de François Hollande s’avancer vers elle, main tendue, dans une nuée de flashs. L’un des clichés, publié dans VSD, saisit cette seconde d’hésitation, cette vertigineuse certitude d’être prise au piège – si elle ne prend pas la main qui s’offre, c’est elle qui est en faute. “C’est la première et la dernière fois que tu fais ça”, écrit-elle ensuite, via un SMS, à… Manuel Valls, directeur de la communication de François Hollande. “Je ne suis pas une people, mais une personnalité politique de premier plan. C’était dégradant”, confie-t-elle à L’Express.

La pauvre Ségolène n’est pas aux bouts de ses peines ; elle qui aura été d’une loyauté sans borne à son ex compagnon lors de l’élection présidentielle, elle qui a effacé l’idée que l’inverse ne fut pas vrai il y a cinq ans, elle qui a avalé toutes les couleuvres, subi tous les quolibets, qui s’est volé ses victoires et trahir aux moments les plus importants ; elle qui espérait finalement s’envoler vers le perchoir de l’Assemblée se voit obligée de subir à nouveau les crachats de celle qui lui a pris l’essentiel … j’assume … « une garce ».

Le terme ne se veut pas sexiste : je sais d’expérience qu’une garce peut se dire au féminin comme au masculin…

Nicolas Sarkozy en son temps a perdu l’affection des Français non pas sur des questions politiques mais sur son manque de savoir vivre, je dirais de savoir être et paraitre. La présidence normale de François Hollande semble plaire aux Français bien qu’elle soit tout, sauf « normale ». Certes le Président dit vouloir vivre dans son appartement personnel mais il passe ses weekend dans le parc du château de Versailles, comme son prédécesseur, certes il prend le train ou la voiture mais il est suivi partout par un avion de la Présidencechargé de le ramener à Paris en cas de problème, certes il a baissé de 30% sa rémunération mais il gagne toujours deux fois plus que Jacques Chirac, certes il n’orchestre pas les aléas de sa vie privée dans les médias mais bien pire que ça… il les subit…

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