Bayrou, le remords de la France

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François Bayrou, un nouveau remords pour la France
François Bayrou, un nouveau remords pour la France

Certains jours des amours littéraires de jeunesse resurgissent dans mon esprit. C’est le cas du « remords de Dieu » de Marc Payet que j’ai dévoré il y a de cela plus de 10 ans et où la chute tragique de Rome s’annoncait comme le miroir prémonitoire de l’aboutissement de notre société qui sombre, décennie après décennie, dans une crise profonde, tant matérielle que morale et religieuse.

Le remords de Dieu c’est cette faute originelle, celle d’avoir accordé à l’homme le libre-arbitre, la capacité de choisir entre le Bien et le Mal et de constater qu’au fil du temps l’homme finit toujours par céder aux pulsions de la facilité.

Pendant la campagne présidentielle de 2012 une chose a marqué l’observateur attentif que je tachais d’être, un bout de discours répété à l’envie par le candidat centriste François Bayrou. A chaque meeting, dans chaque émission radiotélévisée, les candidats s’acharnaient à s’inscrire dans une lignée d’hommes d’Etat. Nicolas Sarkozy renvoyait, sans sourire, à jacques Chirac, George Pompidou et au général de Gaulle quand François Hollande poussait le vice à singer François Mitterrand au point qu’on a pu croire un instant que le vieux sphinx était parmi nous. Même Jean-Luc Mélenchon poussait des cris rauques en imaginant ce que pouvait être la voix de Jaurès !

Pendant ce temps notre béarnais s’inscrivait lui dans une lignée très originale, un héritage plein de remords pour la France. Il disait qu’il voulait corriger les erreurs du passé, les occasions manquées par l’histoire de notre pays ; tous ces échecs qui permirent à l’incompétence de s’ériger en présidence et aux hommes d’Etat de se contenter d’être des spectateurs de ce qu’ils auraient du faire. Je me souviens de ces noms lâchés à la tribune comme une prémonition de ce qui allait advenir : Pierre Mendès France, Jacques Chaban-Delmas, Raymond Barre et Jacques Delors… Deux ont été battus au 1er tour des élections présidentielles de 1974 et 1988 quand les deux autres n’ont même pas été jusqu’à la candidature arguant qu’on ne peut être élu quand on dit la vérité. En 2012, la France s’est créé un nouveau remords : François Bayrou.

J’entends bien quand on me dit, « Bayrou a été battu, c’est regrettable mais c’est ainsi et maintenant on fait quoi ? ». J’entends bien mais pourquoi donc ceux qui trouvent dès aujourd’hui « regrettable » cette défaite ne s’interrogent ils pas d’abord sur sa cause puisque finalement ce sont eux, les hommes et les femmes de progrès qui ont préféré voter contre Sarkozy, et donc pour Hollande, que contre l’incompétence et l’inconstance de nos hommes politiques et donc pour François Bayrou.

Dans quelques jours se réunira en Bretagne l’Université de rentrée du mouvement démocrate. Les quelques journalistes qui feront le déplacement pointeront du doigt uniquement la lassitude de sympathisants et les départs de quelques cadres vers l’UDI de Jean Louis Borloo… Ce qui devrait rassurer les « démocrates » c’est que si des cadres continuent à partir c’est donc qu’il en restait auprès de leur candidat qui finalement ne devait pas être aussi seul qu’on l’affirmait pendant la campagne.

Ensuite il est une règle que personne n’oublie, en politique on n’est jamais mort. Bayrou ne sera peut être jamais ce qu’il a rêvé d’être mais un autre prendra sa place jusqu’à ce qu’un jour les Français ouvrent les yeux non pas sur leurs envies mais sur leurs besoins. La seule chose dont je suis certains c’est que nos compatriotes peuvent avoir besoin de la Gauche, de la Droite, des extrêmes ou du Centre mais que jamais, non jamais les idéologies hybrides et non assumées ne pourront parvenir à les convaincre.

Revenons-en à des choses simples : le centre-droit n’est pas le centre ; c’est seulement le centre-droit. Si l’on veut rassembler la famille centriste il faut ainsi unir le parti radical de gauche, le Modem, les écologistes indépendants, l’alliance centriste, le nouveau centre et le parti radical valoisien. Cet ensemble est politiquement cohérent et fort. Il compte 46 députés et 40 sénateurs. L’union ne peut se faire néanmoins autour d’un homme mais d’un idéal qu’il conviendra de construire sur les décombres de l’inévitable échec de la présidence Hollande. Il ne s’agit nullement de la réalisation illusoire d’un désir mais juste d’une espérance sans laquelle il serait vain de croire encore au libre arbitre d’un peuple.

4 thoughts on “Bayrou, le remords de la France

  1. Doux Jésus ! Il a osé ! Chère hauteur quand j'ai lu le titre je me suis dit : "noooon, il ne va pas prendre le risque de nous dire que la France va regretter Bayrou, pas lui…" mais si ! Il l'a fait ! Par contre deux choses sur lesquelles j'ai moins ri, ni pleuré, mais vis-à-vis desquelles je suis irrévocablement d'accord : même si Francisco n'avait ni le charisme ni le brio d'un vrai politique, il n'en avait pas moins les meilleures valeurs et le meilleur programme. La France, avec son départ, ne perd pas un homme d'Etat, mais son salut politique. Un jour peut-être celui-ci sera-t-il mieux incarné ? Après un béarnais, quid d'un bigourdan aux origines familiales elles aussi de Bagnères de Bigorre ? Mais qu'on me vire la Sarnez !

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