En vrac mais pas par hasard un regard sur le socialisme français

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Depuis dimanche dernier et la prestation de notre François Hollande sur TF1 je cherche le temps et l’inspiration pour dresser un premier bilan de notre hippo-président, de son Gouvernement et de ses alliés. Ce n’est finalement pas chose aisée à l’heure où la presse semble s’acharner à décrédibiliser ses propos et son action (sic).  Je l’ai écris me semble t’il ici même, être à la mode, l’espace d’un instant ou d’un scrutin, c’est se donner un destin de feuille morte et chacun sait à quel point nous arrivons en cette saison grise où les feuilles mortes se ramassent à la pelle… Les socialistes vont donc se faire ramasser à coup de fausses promesses et d’ambitions personnelles à défaut de projet collectif.

hippo-président
Le Président de la République François Hollande

Je m’amuse un peu à lire les réactions des militants et sympathisants socialistes qui s’extasiaient il y a encore quelques mois sur l’indépendance de la presse massacrant quotidiennement Nicolas Sarkozy, le traitant de fou, de drogué, d’obsédé sexuel, d’incompétent, de mégalomane, de voleur de stylo, de soumis à ses épouses….. et qui dénonce aujourd’hui un acharnement « scandaleux » et « méprisable » contre ce pauvre président victime de « hollande Bashing »… En fait la presse est volage, elle encense pour mieux détruire, glorifie la puissance et massacre l’animal blessé. Elle nous ressemble et renvoie de nous l’image pathétique d’un peuple incapable de faire des choix raisonnables dans les scrutins électoraux. Ce n’est pas du « Hollande Bashing » mais du « Président Bashing » parce que l’on ne peut pas s’attendre à être soutenu par l’opinion quand on ne gouverne pas bien, ou plus exactement quand on ne gouverne pas.

C’est pourtant avec un peu d’espoir et quelques attentes que moi aussi j’ai écouté le Président de la République dimanche dernier sur TF1. Je n’ai pas vu comme d’autres idolâtres étonnants un chef de l’Etat mais un candidat qui décidemment n’arrive pas à se défaire de ses habits de campagne. Outre le malaise persistant qu’on sentait dans le regard et le débit de la voix présidentiels, outre le fait que François Hollande était accroché à ses notes et semblait incapable d’apporter  naturellement des réponses aux questions pour le moins convenues de Claire Chazal, ce qui a marqué pour moi  de manière significative cet entretien  c’est un mot rabâché et répété constamment  par François Hollande : « proposition ».
« Je proposerai » voilà le verbe qui accompagnait toutes les « annonces » du chef de l’Etat. « Je proposerai » des mesures pour réduire le chômage  et les déficits… « Je proposerai » … mais grands dieux à qui entend il donc proposer quoi que ce soit ? Il est le Président de la République, c’est fait ! Le temps des propositions est révolu, celui des décisions et de l’action est venu. Voici donc 10 ans que le parti socialiste est dans l’opposition. 10 ans qu’il s’acharne à nier le rapport de force institutionnel au sein de la Vème République en mettant toujours en avant les idées et le programme plutôt que le choix du leader et du candidat, et pourtant, voici nos amis socialistes bien dépourvus une fois parvenus aux affaires. Quand on s’approche des cabinets ministériels en place on est confronté à une chose étonnante : le vide.

Personne n’a de ligne directrice, personne ne semble avoir d’idée arrêtée sur ce qu’il conviendrait de faire, ou pas. On aurait pu imaginer que tout était prêt ; qu’une fois installés dans les hôtels ministériels, les cabinets constitués depuis bien longtemps n’auraient plus qu’à ouvrir les cartons, sortir les projets de lois préparés depuis bien longtemps et mettre en musique le leitmotiv de toute la campagne : « le changement c’est maintenant ». Imaginez donc que les cabinets  ministériels viennent tout juste d’être complétés … 4 mois après l’élection ! La réforme des institutions est un exemple effarant : on a besoin d’une commission présidée par un ancien Premier ministre pour prendre une décision sur le non cumul des mandats ? C’est étonnant je pensais justement que les français avaient tranché le 6 mai dernier en choisissant un candidat qui avait inscrit cette mesure dans son programme… quant au texte du projet de loi, si le Gouvernement a des difficultés à le rédiger qu’il demande à François Bayrou qui avait publié en mars 2012 un projet de texte de loi sur cette thématique. Sur le fond de l’intervention présidentielle j’ai été heureux d’entendre Hollande reprendre peu à peu le discours économique et social de cet autre François aujourd’hui exilé au conseil municipal de Pau. L’éditorialiste de France Inter, Thomas Legrand décrypte les propos présidentiels de manière exemplaire. Les choses se clarifient, François Hollande le dit, c’est par «conviction» qu’il entend réduire les déficits. Il parle à ce sujet de préalable à toute forme de redistribution… La flamme qu’il mettait dimanche soir à défendre cette conception, l’absence de compromis symbolique du genre «mon ennemi c’est le monde de la finance» font de l’interview de TF1 un vrai tournant sémantique, donc politique. Si François Hollande est logique avec lui-même et si les mots et les chiffres ont un sens, il s’engage désormais sur le chemin tracé en Allemagne par Gerhard Schröder, un chemin qui le séparera automatiquement de la frange la plus à gauche de sa majorité. S’il met en place la politique « proposée » en creux par le président-candidat, il devra reconnaitre que la majorité électorale, issue du mécanisme de désistement réciproque entre le PS et le Front de Gauche, ne repose sur aucune réalité programmatique. On sait pourquoi François Hollande n’a pas saisi la main de François Bayrou, entre les deux tours. Il fallait préserver le soutien franc et clair de Jean-Luc Mélenchon pour le second tour. Mais, du coup, la réalité électorale ne recouvre pas la réalité politique et il y a une forme d’entourloupe dictée par la logique des blocs. La réalité politique, c’est que François Bayrou avait un discours et des idées qui correspondent trait pour trait à ce que dit et ce que fait François Hollande depuis dimanche. L’absence de véritable centre indépendant au Parlement qui est un choix assumé de Martine Aubry constituera, comme nous l’avions annoncé ici même, une grave erreur pour François Hollande, une erreur qui pourrait lui être fatale à terme.

Harlem Désir dans les années 80 deviendra 1er secrétaire du PS en 2012 alors qu'il n'a "jamais voulu faire de politique"

Pendant ce temps la vie continue rue de Solférino, comme si de rien n’était. Martine Aubry laisse sa place sans lamentation aucune à Harlem Désir. Pour la maire de Lille, quoi qu’on puisse en dire, c’est une excellente opération politique. Certes elle n’est pas députée et par là même elle se trouve désormais hors du champ de la politique nationale mais ce faisant elle se préserve de l’échec annoncé de Jean-Marc Ayrault. N’ayant aucune responsabilité nationale elle sera libre, le moment venu, de retirer son soutien au Premier ministre qui semble vouloir se muer en Juppé de gauche, avec le talent en moins. Elle sera le recours à gauche quand Bayrou sera le recours à droite et forte de l’aide de toute l’aile conservatrice de Solférino en emportera la bataille et sera probablement le second Premier ministre de Hollande… un jour. Un bon coup politique parce que chacun sait que les prochaines échéances politiques seront compliquées. La gauche a tout gagné, municipales, régionales, cantonales et européennes dès lors elle ne peut que reculer et donc enregistrer des résultats difficiles qui seront imputés au Premier secrétaire du parti. Harlem Désir, le nouveau détenteur du titre ne pourra espérer que deux succès, non garantis, mais possibles : gagner Bordeaux et Marseille mais dans le même temps il ne faudra pas perdre Paris …

Harlem Désir… pour ma génération ce n’est pas un inconnu bien au contraire c’est une star une vraie. Il est l’un de ces jeunes gens qui, la main sur le cœur menaient dans les années 80 le combat de l’égalité et de la lutte contre le racisme sans aucune arrière pensée politique. Harlem le disait lui-même, il n’a aucune envie de faire de la politique, ce n’est là ni son ambition, ni son destin. Alors bien sur on sait désormais la vérité sur ce combat menée en direct depuis le Palais de l’Elysée par François Mitterrand et son secrétaire général Jean Louis Bianco. On sait désormais qua quand d’une main le Président d’alors allumait la flamme du front national en créant un mode de scrutin sur mesure pour favoriser  son entrée à l’Assemblée nationale et fragiliser la droite, de l’autre main il créait SOS Racisme et rajeunissait ainsi l’image du parti socialiste en rassemblant toute la jeunesse derrière des discours fallacieux. Le jeune Harlem qui n’a jamais voulu faire de politique est désormais premier secrétaire du parti socialiste … on s’est bien sur fait enflé mais que voulez vous je crois que finalement on aime bien toutes les belles histoires qu’ils nous racontent alors désormais on en a pour notre argent…

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