J’ai rencontré Starbuck, le film

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Je sais que je me suis fait rare ces derniers temps… Je ne râle pas, je n’écris pas, je ne chante pas non plus et pourtant je suis là planqué dans un coin sombre d’un cinéma et je me marre l’œil larmoyant en découvrant avec un peu de retard le film dont je suis venu aujourd’hui vous parler : Starbuck.

du père biologique au Papa, de Starbuck à David Wosniak

Il ne s’agit pas ici de la plus grande pourvoyeuse de caféine au monde. Non Starbuck est un homme, un canadien ou pour être plus exact et rendre hommage à nos cousins d’outre-Atlantique, Starbuck est québécois ! Il s’appelle David Wosniak et dès les premières minutes du film vous comprenez parfaitement que ce David là n’est pas un gars comme les autres. En fait il est l’un des plus gros loosers que le Québec n’ait jamais connu !

Amoureux d’une policière qui tombe enceinte et envisage de le larguer, il travaille comme livreur de viande pour la boucherie familiale et est considéré par tous ses collègues (père, frères et amis) comme le plus pitoyable des livreurs de viande de l’histoire de la boucherie québéco-polonaise. David a aussi et depuis toujours d’énormes problèmes d’argent qu’il tente de corriger de diverses façons. Si aujourd’hui il cultive de la drogue chez lui, dans sa jeunesse il vendait son sperme à la clinique du coin sous le pseudonyme « Starbuck ». Il en vendait même quasiment tous les jours sans imaginer que ces litres de liquides étaient tous, ou presque, utilisés. Et c’est ainsi qu’un beau matin un avocat se présente devant  lui pour lui annoncer qu’il est le père biologique de 533 enfants qui ont engagé une action en justice coordonnée afin d’obtenir son identité…

Starbuck, le film, est drôle et touchant à la fois. Il appartient à cette catégorie de la « pépite québécoise » comme il nous en arrive de temps à autres ; de ces films qui savent coordonner émotions et humour, de ceux qui frôlent le « lourd » sans jamais s’y goinfrer. On nous parlera ici et là de bons sentiments, c’est vrai ; de longueurs parfois, là aussi c’est possible mais ce ne sont là que des critiques parisiennes de spectateurs friands des films durs et inintelligibles, pour qui le rire et les larmes ne doivent jamais se rencontrer.

Starbuck est une réussite d’abord parce que l’idée est originale et que son traitement n’est pas trop « exotique ». Les personnages secondaires, en l’occurrence les « enfants » sont tous particulièrement bien cernés même si l’on peut s’amuser qu’à une exception ou deux ils et elles ont toujours une plastique impeccable … on reste en Amérique du Nord…

Le film sonne particulièrement juste sur une thématique qui disons le est loin d’être anodine au moment où, de ce côté ci de l’Atlantique, on travaille sur la question de l’anonymat du donneur de sperme.

Ainsi en juin dernier, le tribunal administratif de Montreuil avait rejeté la requête d’une femme de 32 ans née d’un don de sperme anonyme, qui avait demandé à pouvoir accéder à des informations sur son père biologique. La plaignante avait saisi l’administration après avoir découvert en 2009 être née après une insémination artificielle, réalisée dans un Centre d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (Cecos). Elle souhaitait recueillir des informations non « identifiantes » sur son père biologique (antécédents médicaux, raisons du don, nombre d’enfants nés de l’échantillon…), mais aussi pour savoir si son frère, né également par insémination artificielle avec donneur, était issu du même donneur. Elle demandait en outre à ce que son père biologique soit contacté, afin de savoir s’il souhaitait se faire connaître.

Faute d’avoir obtenu gain de cause auprès de l’administration, elle avait saisi la justice, en s’appuyant notamment sur l’article 8 de la Convention européenne des droits de l’homme (CEDH) sur le «respect de la vie privée et familiale», qui reconnaît un droit à l’accès aux origines.

Starbuck met en scène une version idyllique de la question de la levée de l’anonymat du don de gamètes. En une phrase le film balaye les interrogations, un peu facilement à mon sens car la question est celle du sentiment d’appartenance et d’identité. Sommes-nous les enfants des parents qui nous élèvent et/ou de ceux qui nous procréent ? Une question sur laquelle scientifiques, juristes et psychologues n’ont pas fini de répondre.

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