Je me suis balladé dans le jardin de Badalpur

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De Kotwara à Badalpour le chemin de Kenizé Mourad

Nous fumes bien nombreux à nous laisser emporter par la destinée de Selma, la princesse morte, cette petite fille de Mourad V, dernier Sultan Ottoman, qui épousa le radjah de Kotwara avant de fuir vers Paris où elle meurt abandonnée de tous au moment même où l’armée d’Adolf Hitler entre dans al capitale française. Du destin brisé de cette femme rebelle il reste un auteur, sa fille, Kénizé Mourad, de son vrai nom Kenizé de Kotwara,; tour à tour écrivaine, hôtesse de l’air et journaliste. Née en 1940 peu avant le décès de sa mère, Kénizé Mourad est un être sans appartenance ou pour être plus exact avec beaucoup trop d’appartenances disparates. Indienne par son père, pakistanaise par la séparation de son pays d’origine et de sa famille, française par sa naissance et son adoption, britannique de par l’histoire de la colonisation et Turque ou Ottomane par sa mère; Kénizé Mourad est à elle seule un melting pot incroyablement moderne et le cœur de toutes les traditions et fantasmes des gloires disparues.

De la part de la Princesse morte, donnait à Kénizé Mourad l’occasion de se plonger dans l’histoire de cette mère qu’elle n’a pas connue. Les années sont passées et la voici qui cette fois tourne son regard vers l’Inde et vers la famille de son père. Beaucoup plus romancé mais considérablement influencé par les expériences personnelles de l’auteur, ce livre semble nettement plus à fleur de peau, une sorte de défouloir où Kénizé Mourad s’abandonne à ses souvenirs, ses rancœurs, ses peurs et souvent ses révoltes d’adolescentes contre le racisme, le sexisme, la religion et la méchante, très très très méchante inégalité sociale. Derrière des dizaines de pages de déclarations d’amour quelque peu dégoulinantes de bons sentiments la princesse, elle l’est doublement, semble régler des comptes laissant toujours planer le doute sur la réalité de son histoire et le roman omniprésent.

Kotwara devient Badalpour; Kenize devient Zahr, fille de sultane et descendante d’un des derniers souverains de Constantinople, fille de radjah, et donc de cette terre indienne. L’histoire que nous raconte Kenize est son histoire, celle d’une femme qui, en venant au monde riche de deux cultures parmi les plus florissantes de tous les temps, a tout perdu : son nom, son prénom, son âge, son pays, sa famille, sa religion et sa culture. Zahr se lance dans la quête désespérée de sa véritable identité sans laquelle elle a l’impression de ne pouvoir commencer à vivre. Elle attend 21 ans pour retrouver son père et son pays. Elle découvrira une famille déchue depuis l’indépendance de l’Inde et une communauté musulmane minoritaire et persécutée. Elle se laissent néanmoins emportées par l’accueil et la gentillesse de tous ceux qui l’entourent. D’un peuple qui la reçoit avec toutes les apparences du retour heureux jusqu’à ce que son univers s’écroule à nouveau et qu’elle soit obligée de tout quitter.

Au travers du symbole du jardin de badalpur qui appartenait à sa mère et que son père lui lègue, Kenizé Mourad livre un témoignage sur ses combats pour ses convictions mais malheureusement elles sont si pauvres que c’est un déchirement de constater qu’arrivée à un âge respectable une femme ayant vécue tant de choses en soit encore à pleurer sur les multiples facettes de son identité. Rien ne nous est épargné de l’inceste à la maladie, de la trahison familiale au sexisme social, des guerres religieuses qui déchirent l’Inde à l’obscurantisme des bonnes soeurs d’une école privée parisienne. Kénizé Mourad parle de ses brisures enfantines à elle et s’y perd s’interdisant le moindre recul et ne serait ce qu’un tant soit peu de hauteur de vue.

Vingt ans plus tard elle revient et, après bien des luttes, finit par comprendre que ces « appartenances » auxquelles chacun s’accroche ne sont en fait que des béquilles qui aident à tenir debout, des barrières qui limitent, souvent même des oeillères qui aveuglent. À présent, libérée de ses fantômes, Zahr pourra-t-elle partir vers d’autres horizons, légère, enfin prête à danser sa vie ?

Constantinople, est aussi fille de radjah, et donc de cette terre indienne. Son histoire est celle d’une femme qui, en venant au monde, a tout perdu : son nom, son prénom, son âge, son pays, ses parents. Sa mère, ayant fui l’Inde, l’a confiée avant de mourir à une famille adoptive. Une fois adulte, Zahr se lance dans la quête désespérée de sa véritable identité sans laquelle elle a l’impression de ne pouvoir commencer à vivre. A vingt et un ans, après bien des années de recherches, elle retrouvera son père et son pays. Elle découvrira une famille déchue depuis l’indépendance de l’Inde et une communauté musulmane minoritaire et persécutée. Ses habitudes occidentales choquent et lui valent maintes rebuffades. En outre, elle n’est qu’une femme et, à ce titre, n’a guère de droits. Mais elle a enfin trouvé le bonheur d’avoir une famille et un père qu’elle adule. Jusqu’à ce que son univers s’écroule à nouveau et qu’elle soit obligée de tout quitter. Vingt ans plus tard elle revient et, après bien des luttes, finit par comprendre que ces « appartenances » auxquelles chacun s’accroche ne sont en fait que des béquilles qui aident à tenir debout, des barrières qui limitent, souvent même des œillères qui aveuglent. À présent, libérée de ses fantômes, Zahr pourra-t-elle partir vers d’autres horizons, légère, enfin prête à danser sa vie ?

La preuve en est faite, on est jamais aussi mauvais que quand on parle de soi. Pour conclure je ne saurais que trop vous conseiller de vous plonger dans les deux autres livres magnifiques de Kenizé Mourad : De la part de la princesse morte et « Dans la ville d’or et d’argent ».

1 thought on “Je me suis balladé dans le jardin de Badalpur

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