Libye quand les masques de la démocratie tombent

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L’ambassadeur américain Christopher Stevens assassiné le 11 septembre 2012 à Benghazi

On pourrait croire que la Gauche a toujours été la Gauche, que les conservateurs, par essence, gardent la même idéologie et que derrière le masque de l’universalité des valeurs  démocratiques on trouve encore et toujours ces mêmes progressistes aux idées joyeuses… Pourtant seule l’Universalité n’a pas changé, cette école de pensée désastreuse qui part du préjugé que chaque homme est l’équivalent de l’autre et qu’à ce titre il se doit d’obéir aux mêmes pensées, aux mêmes modes de vie où qu’il se trouve sur la planète et que, bien
sur, ces idées, ces modes de vie sont les nôtres.

Nicolas Sarkozy s’est élancé en Libye pour trois raisons: faire oublier la désastreuse gestion de la crise tunisienne, redorer son blason de Président à quelques mois de l’élection présidentielle et abattre un dictateur avec lequel il ne s’est en fait jamais entendu. BHL lui a laissé voler ses cheveux teinté au vent de Benghazi non pas parce que c’était à la mode, ce n’était pas encore le cas, mais parce qu’il est, en France, l’un des plus brillants porte-paroles de l’école de l’universalisme des valeurs. Il est intimement convaincu que seule la démocratie est légitime comme régime politique en Libye et qu’elle doit s’y imposer tout de suite quel que puisse en être le prix.

De l’autre côté du cerveau diplomatique de la planète on trouve Henry Kissinger, l’homme de la réal politik, genre de réincarnation du chancelier Otto Von Bismarck. C’est avec une certaine horreur qu’Henry Kissinger a ainsi vu les Etats-Unis et leurs alliés européens, au premier rang desquels la France, participer à l’effondrement des seuls régimes politiques sur lesquels il
pouvaient s’appuyer au Moyen Orient pour défendre leurs intérêts et surtout faire barrage aux régimes chiites et sunnites qui vont bientôt de retrouver seuls dans un face à face explosif. Horrifié Kissinger l’est aussi parce qu’il sait parfaitement ce qu’il en coute de chasser des dictateurs pro-occidentaux pour mettre à leur place des islamistes, par nature et besoins,
“anti-nous”. Il a pour cela suffisamment combattu la politique du président démocrate Jimmy Carter en Iran. Une politique qui s’était achevée par la prise en otage du personnel de  l’ambassade américaine à Téhéran dans des conditions d’une sauvagerie incroyable et qui s’était notamment soldée par la défaite de Carter aux élections présidentielles de novembre 1980.

Bégaiement de l’histoire, un président démocrate est confronté lui aussi à quelques semaines de sa réélection à une crise sans précédent dans un pays qu’il a contribué à libérer d’un dictateur pour le livrer à la démocratie, et comme à chaque fois dans ce cas, à l’islamisme. En effet, l’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, Christopher Stevens, et trois fonctionnaires américains ont été tués mardi 11 septembre, jour pour le moins symbolique, dans l’attaque du consulat de Benghazi, en Libye. Les assaillants auraient agi en marge de manifestations contre un film jugé offensant pour l’islam. Il s’agit d’un long métrage intitulé “Innocence of Muslims” (“L’Innocence des musulmans”) et réalisé par l’Israélo-Américain Sam Bacile, pour qui “l’islam est un cancer” selon le “Wall Street Journal”. Ce film avait reçu le soutien du controversé pasteur américain Terry Jones, qui avait créé la polémique en brûlant des exemplaires du Coran en avril.

Des manifestants armés se sont attaqués en début de soirée au consulat et des roquettes ont été tirées sur le bâtiment, selon des sources officielles libyennes. Les assaillants ont également arraché le drapeau américain pour le remplacer par un étendard islamique, d’après les mêmes sources ainsi que plusieurs témoins. “Des dizaines de manifestants ont attaqué le consulat et y ont mis le feu”, rapporte par ailleurs un habitant de Benghazi. Les témoins ajoutent que des affrontements ont eu lieuentre des forces de sécurité et des hommes armés et que les routes menant au bâtiment ont été fermées. Une autre personne indique que des salafistes se trouvaient parmi les assaillants, faisant état d’actes de pillage et de vandalisme. Des milliers d’Egyptiens, en majorité des salafistes, avaient également manifesté en ce jour anniversaire des attentats du 11-Septembre aux Etats-Unis devant l’ambassade américaine au Caire pour protester contre le même film.

Voici donc venu le temps de la liberté pour ces pays dont les gouvernements ont été rendus à des peuples qui n’ont jamais exercé la moindre parcelle de souveraineté de toute leur histoire. La démocratie occidentale telle que nous la connaissons aujourd’hui a toujours mis entre 1 et 2 siècles à s’établir. Entre le début de la Révolution française, le 14 juillet 1789 et la première élection au suffrage vraiment universel direct, 157 années passèrent. L’Angleterre laissa passer quant à elle 279 années entre la mort de Charles 1er sur l’échafaud et la première élection au suffrage universel direct… La Libye et l’Egypte auront pour leur part 1 an. Ce sont des peuples enfants qui remplacent des vieillards à la tête des Etat mais la sauvagerie elle est toujours présente, elle s’est désormais simplement retournée vers nous en se drapant de la liberté comme justification ultime. C’est là l’effet habituel et traditionnel des politiques menées par les bonnes âmes charitables de l’universalisme. Une politique de domination intellectuelle et sociale qui veut apporter les lumières de la liberté aux peuples jugés, en fait, inférieurs et qui se faisant reprend toute la dialectique de la colonisation du 19ème siècle en la rendant bien pensante et égalitariste. J’aimerais tellement que désormais on n’oublie pas ce qui se passe aujourd’hui à Benghazi quand on parlera de la Syrie, de l’immonde Bachar et des gentils rebelles financés par le Qatar et l’Arabie Saoudite. J’aimerais qu’une fois, une seule, dans ces moments où l’émotion est grande, où la guerre parle et nous montre les chemins de l’horreur, les médias regardent les faits avec des cerveaux plutôt qu’avec des tripes et que nos dirigeants décident en fonction non pas de la réaction médiatique mais des intérêts fondamentaux du pays dont ils ont la charge.

L’horreur a désormais un visage, celui de Christopher Stevens agonisant massacré par une foule en délire. C’est une image choquante que je publie ici parce que si nous sommes capables de montrer les horreurs des dictateurs, nous devons aussi savoir regarder la monstruosité d’une démocratie avortée ou en formation selon ce à quoi l’on veut croire.

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L'amabassadeur américain Christopher Stevens agonisant le 11 septembre 2012

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