Amour et pulsions : la querelle de Frank N Furter

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Frank N Furter alias Tim Curry

They are crawling, on the planet’s face, some insects, called the human race. Lost in time, lost in space… and the meaning… Ainsi donc parlait le sage observateur de la décadence morale de l’année 1975 mêlant danse, chant, drogue et sexe… c’est cette phrase qui concluait le mythique Rocky Horror Picture Show qui m’est naturellement revenue à l’esprit à la lecture d’un post publié sur l’un de mes blogs chouchou, celui où se reflète le génie de la Bastille et qui portait sur un sujet ô combien fondamental celui de l’importance de l’inconstance ou pour être plus exacte de la remise en cause de la vision traditionnelle du couple qui elle-même est la source de l’une des équations les plus étonnantes du genre humain : 1 + 1 = 1…

Le propos de mon blogueur invétéré est le suivant : « je ne cesse de le claironner à qui veux bien l’entendre : à quoi bon être en couple s’il est impossible d’échanger ses désirs, ses envies, sans que cela ne brise le lien qui uni un couple autour d’un objectif commun ? Une bonne vieille relation et c’est comme avec un Mars : ça repart ! Lors de divers échanges, mon discours est jugé comme une sombre perversion de l’esprit ou une méconnaissance du sentiment amoureux. […]L’essentiel est de ne pas mélanger les genres. Franchise et honnêteté sont bonnes conseillères. Il convient en toute circonstance d’épargner celles et ceux qui nous sont chers en avouant ses propres faiblesses. Ca brise, ça tangue ou ça choque, mais c’est parfois un mal pour un bien et parfois, cela renforce même les liens essentiels.

Oui mesdames, oui messieurs, vous-aussi, testez et assumez votre propre relation extraconjugale ! A bas les clichés désuets ! Renonçons à une énième hypocrisie… et qui sait… Cela permettra peut-être à quelques uns de se détendre ! »

Pour vous dire les choses j’ai été amusé de découvrir ces mots sous la plume experte sus mentionnée car depuis quelques jours je tournais mes propres doigts sur mon clavier pour trouver une formulation adéquate visant à traiter du même sujet dans une version, à défaut d’être radicalement différente, en tout cas nettement divergente de celle exprimée par mon camarade. Le sujet est parvenu jusqu’à mon esprit embrumé par le biais de bons vieux spams destinés à contact@itsgoodtobeback.com et dont l’objet était pour le moins clair : « tromper sans faire de mal », l’expéditeur commercial répondant au patronyme non moins édifiant de « Discretion »… L’idée phare conjointe à mon spam et à mon camarade d’écriture est celle qui fut exprimée par  Maina Lecherbonnier dans son Eloge de l’adultère : « Changez l’autoroute de votre vie. Arrêtez-vous sur l’aire de l’Adult’Ere !»… simple et efficace sans pour autant recouvrir le même champ idéologique car si notre fameux blogueur défend en fait l’idée du couple ouvert, « Discretion » s’appuie pour sa part sur le marché économique du mensonge assumé.

The Rocky Horror Picture Show avec lequel j’ai entamé ce post est justement en première lecture un hymne à la liberté notamment sexuelle et notamment dans le couple. Le scientifique Franck N Furter, magistral de sensualité et créateur de l’homme parfait, initie deux tourtereaux quelque peu coincés aux délices de la drogue et de la liberté sexuelle. Il les affranchit des barrières sociales et morales pour leur permettre de libérer leurs pulsions, de les assouvir et, sous l’effet de la transgression de renaitre à la vie au travers d’une scène apocalyptique qui clôt le film.

Alors bien sur on peut s’extasier de découvrir la fabuleuse Susan Sarandon âgée alors de 29 ans se perdre dans les bras d’un grand blond en se trémoussant au son de « I Want to be Dirty ! » mais quand on s’autorise un deuxième niveau de lecture du film mythique (qui doit en avoir probablement une soixantaine) on constate que la transgression mène à l’auto destruction de notre bon docteur Franck N Furter ; que derrière ce besoin de jouir de chaque instant, de chaque plaisir et d’assumer ainsi pleinement le contrôle de ses envies, l’homme libre se soumet en fait aux blessures intimes qui sont les siennes, qu’il s’abandonne totalement à sa souffrance. Le jouisseur ne jouit pas, il saigne et s’auto consume en rêvant de pouvoir revenir sur ses pas pour corriger les erreurs du passé…

Everywhere it’s been the same… feeling…
Like I’m outside in the rain… wheeling…
Free, to try and find a game… dealing…
Cards for sorrow, cards for pain

Loin de moi l’idée de croire que le bonheur n’a qu’une seule forme, qu’un couple suit des règles préétablies reproductibles à l’infini quelle que soit la personnalité, l’histoire, la culture … Au contraire chaque couple aussi fugace soit il se construit sa propre charte libre ensuite à chacun de la respecter où de prendre le risque de la voir disparaitre.

Une seule règle me semble être universelle : essayer de ne pas faire à l’autre ce que l’on n’aimerait pas qu’il nous fasse… enfin je doute fortement qu’on puisse supporter l’idée ou l’image de l’être aimé dans les bras d’un autre. C’est peut être mon côté vieille France mais j’ai peine à croire que l’amour multiple puisse être pérenne car finalement, à mes yeux, fuir ailleurs c’est aller chercher ce que l’on a perdu chez soi et c’est déjà, soit le début de la fin soit la réaffirmation d’une certitude que rien ne doit pouvoir remettre en cause. Le tout est peut être de trouver et d’apprendre à garder ce qu’est réellement, pour soi, l’amour alors même que nous en avons toutes et tous une définition bien personnelle. Le sexe n’est rien en soi, si ce n’est un passe temps bien agréable, aussi longtemps qu’il n’est pas partagé avec l’être aimé et c’est cela que chacun cherche, même papi Elton :

Pour le reste soyez libres constants ou inconstants mais protégez vous dans tous les sens du terme.

2 thoughts on “Amour et pulsions : la querelle de Frank N Furter

  1. via Facebook
    “Une seule règle me semble être universelle : essayer de ne pas faire à l’autre ce que l’on n’aimerait pas qu’il nous fasse… ”
    Encore faut il avoir les mêmes conceptions. Essayer de ne pas tromper, car on n’aimerait pas l’être, le partenaire qui n’attend que de l’ouverture dans le couple est par exemple un paradoxe que beaucoup ont déjà connu non ?
    D’un côté ou de l’autre dans cet exemple là il faut une concession, c’est lorsque que des différentes parties, aucune n’est capable de faire de concession sur des sujets aussi fondamentaux que les histoires battent de l’aile …
    Ce qui me ramène à ma conception du couple : un ensemble de concession de parts et d’autres pour un projet global dont chaque partie estime qu’elle les justifie

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