Aurélie Filippetti, la dame pipi de l’audiovisuel public (2ème partie)

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Aurélie Filippetti, du verbe à défaut d'idées

Aurélie Filippetti est sortie de sa torpeur post électorale en faisant voter à l’Assemblée nationale le 22 octobre dernier et presque sans débat, l’augmentation de 4 euros de la redevance audiovisuelle, qui passera de 125 à 129 euros sans qu’aucune autre modification ne soit apportée aux exonérations. Dans les départements d‘Outre-mer, la redevance sera donc portée à 83 euros.

C’était sans compter sur le Sénat rose-vert-rouge qui a décidé, soutenu toujours par l’inénarrable ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, d’ajouter une deuxième augmentation immédiate de 2 €. Notre dame pipi de l’audiovisuel de nous expliquer benoitement que 2 € c’est pas « grand-chose » faisant certainement allusion à la publicité d’une grande marque de hamburgers …

Alors certes ce n’est pas « grand-chose » du moins si l’on considère que c’est une augmentation de 4.8 % en un an… Cette énième augmentation qui va avec celles accordées par vos collègues et amis pour le gaz, l’électricité, les transports, l’impôt sur le revenu, la taxe foncière, la taxe d’habitation et j’en passe … ce n’est pas « grand-chose » si ça ne venait participer davantage à l’asphyxie fiscale de la fameuse classe moyenne qui est, reconnaissons le enfin, à bout de nerfs ; une classe moyenne qui n’en peut plus de payer toujours plus pour elle même mais aussi pour les autres.

Alors bien sur on l’a échappé belle puisque certains députés socialistes souhaitaient créer une « demi redevance » pour les résidences secondaires plutôt que de s’attaquer au problème de fond de la redevance … son illogisme ! Pour le coup Jean-Marc Ayrault a du devenir Ministre de la culture  l’espace d’un débat pour mettre un terme aux ambitions fiscales de sa ministres et de ses copains parlementaires.

Trois raisons de s’arrêter aujourd’hui sur le cas Filippetti

La ministre de la culture est l’archétype de cette nouvelle gauche bobo qui malgré sa jeunesse, sa fraicheur et son discours ancré dans la société réelle se complait dans les petits arrangements entre amis.

Mme Filippetti est toute neuve sur la scène médiatique. Elle semble sympathique et peut donner l’illusion qu’elle est une idéologue pour laquelle les valeurs priment sur la carrière comme ce fut le cas pour la merveilleuse Cécile Duflot avant de faire tomber les masques au moment de l’élection présidentielle. On m’avait dit au moment de la campagne électorale qu’Aurélie (le prénom c’est plus cool) était un peu l’artiste de l’équipe Hollande, une spécialiste de la littérature contemporaine, proche des artistes et capable de construire un vrai projet culturel pour la France. Une fille d’immigrés et une auteur « e » à succès…

En fait Aurélie Filippetti est un pur produit des grandes écoles françaises. Diplômée de l’École normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, elle est agrégée de lettres classiques  et, a pour métier  « professeur de lettres » ; fonctions qu’elle exerce probablement avec talents dans l’Académie de Versailles, notamment au lycée Pasteur de Neuilly-sur-Seine. Elle n’est pas fille d’immigrés mais petite fille d’immigrés et pas n’importe lesquels puisque son grand père sera au cœur de son livre (et oui elle est bien auteur « e ») paru en 2003, Les Derniers Jours de la classe ouvrière, elle explique en long et surtout en large comment son grand-père, résistant, a été arrêté par la Gestapo au fond de la mine, puis déporté en camp de concentration avant d’extrapoler au travers de la mémoire ouvrière et du sentiment de déclassement du monde ouvrier suite à  la fermeture des mines et des usines sidérurgiques en Lorraine…  En Lorraine parce qu’on a beau être normalienne on en oublie pas ses origines modestes … le papa d’Aurélie n’était  pour sa part pas immigré mais, je vous le donne en mille, homme politique en lorraine … pour être plus exact maire communiste d’Audun-le-Tiche de 1983 à 1992 et conseiller général de 1979 à 1985. Aurélie elle est souvenez vous, professeur en région parisienne mais pas seulement car en 2001, à 28 ans, 2 ans après avoir adhéré aux Verts, elle entre au cabinet du ministre de l’écologie Yves Cochet, probablement pour ses grandes compétences en matières environnementales.

La même année, aux élections municipales, elle est propulsée tête de liste des verts dans le 5e arrondissement de Paris où elle est élue conseillère de paris. Candidate aux élections législatives de 2002 dans cette même circonscription de paris elle obtient 7 % des voix mais est récompensée par un siège au secrétariat exécutif des Verts-Paris en mars 2003 avant d’en devenir la porte-parole alors même qu’elle redécouvre ses souches familiales et l’idée de défendre le monde ouvrier en Moselle. Elle publie son ouvrage cité plus haut avant d’exiger une investiture pour les législatives de 2007 en Moselle. Les Verts refusant (à l’époque) les parachutages elle quitte le parti en 2006 et rejoint le parti socialiste qui l’investit dans la circonscription de Rombas-Bouzonville. La jeune femme a de toute évidence les convictions chevillées au cœur !

Sa route se poursuit avec de toute évidence un talent particulier pour être au bon moment du bon côté… fidèle de Ségolène Royal en 2007 elle soutient François Hollande aux primaires de 2011 avant d’intégrer son équipe de campagne et d’obtenir les succès électoraux que l’on sait… réélue députée en 2012 elle laisse son siège à son suppléant Gérard Terrier. Ce dernier occupant par ailleurs des mandats locaux de maire et conseiller général décide d’abandonner ce mandat au profit de sa suppléante qui n’est autre que … Aurélie Filippetti … improbable jeu de chaises musicales bien loin des promesses de non cumul des mandats électifs … Bien loin de l’image rendue par les médias de la gentille Aurélie amie des artistes, de la culture et passionnée par les conditions de vie de la classe ouvrière …

Aurélie ou le Muppet show de la presse française face à Google …

Elle préfère défendre les grands groupes de presse français … Hachette (Europe 1 ou Paris Match), Rothschild (Libération), Dassault (le Figaro) ou Bouygues (TF1) qui seraient spoliés par l’odieux géant américain de l’Internet…

L’histoire est simple de prime abord : Le clash est parti de l’éventuelle mise en place d’une taxe que devrait payer Google pour pouvoir agréger des contenus produits par les médias français sur son service populaire Google Actualités. Cette taxe est en fait réclamée par la presse française qui traverse une crise depuis plusieurs années et qui espère pousser Google à accepter de lui reverser une partie de ses bénéfices en échange de quoi elle fera renoncer le Gouvernement à l’idée de la taxe.

Anticipant cette mesure, Google a écrit un courrier au Gouvernement dans lequel il menace de ne plus référencer les médias français si une telle taxe venait à voir le jour. «Ce n’est pas avec des menaces qu’on traite avec un gouvernement démocratiquement élu», a alors rétorqué, cinglante, Mme Filippetti… Aurélie en bon soldat de copinages politique et médiatique n’a pas voulu comprendre qu’il ne s’agit ici que d’intérêts financiers privés opposants des grands groupes et des grands actionnaires entre eux et où l’intérêt public n’a pas beaucoup de place … et puis disons les choses franchement Google News, puisque c’est principalement de ce site dont il s’agit, est une sorte d’annuaire qui recense les sites parlant d’actualité en les ordonnant par thématique. Google finance ce travail de recensement grâce à la publicité mais Google News représente en moyenne entre 30 et 50 % des visites de ces sites ce qui leur permet d’engranger plus de visiteurs et donc davantage de revenus tirés de la publicité. Ils ont finalement tout à perdre s’ils venaient à disparaitre de Google. Toute proportion gardée et à titre d’exemple, sur les 30 derniers jours, 85 % des nouveaux visiteurs du blog Itsgoodtobeback venaient d’un des sites de Google…

Je sais bien que vous vous dites « ok mais quel rapport avec la redevance télé » ? Et bien absolument aucun ! Aucun si ce n’est la dite ministre qui, non contente de jouer dans la cour des politiciens sans foi ni loi et de se soumettre pleinement, et en toute conscience, aux grands groupes qui prennent en otage la presse française depuis 10 ans ; n’assume pas son rôle dans l’inévitable et nécessaire réforme de l’audiovisuel français et de sa fiscalité…

Derrière les discours sur la qualité des programmes se cache le Non-Programme audiovisuel d’Aurélie Filippetti

Selon la Ministre la double augmentation de la contribution au service public de l’audiovisuel “permet de garantir l’accomplissement des missions de service public dévolues aux organismes audiovisuels publics tout en limitant l’augmentation des recettes de la contribution à l’audiovisuel public afin de préserver le pouvoir d’achat des contribuables”. A aucun moment dans la réflexion gouvernementale ou dans les débats parlementaires la question de la réforme de la redevance télé n’a été posée et pourtant nous l’avons vu dans le premier post publié le 29 octobre sur le sujet il y a à faire.

Au fil du temps et malgré les changements de nom de la taxe toute logique a été perdue. Taxation sur le ménage ou sur le logement, financement de l’AUDIO-visuel mais taxation du VISUEL uniquement, aucune prise en compte des nouvelles technologies … rien ne bouge si ce n’est le montant d’une taxe qu’on fait évoluer à la hausse alors que le nombre de ménages concerné évolue à la baisse.

La question n’est pas d’inclure davantage de « logements » comme l’espérait une partie de la gauche en essayant de créer une redevance spécifique aux résidences secondaires de 60€. On comptait approximativement 3 millions de ces résidences en 2008. Si l’on estime que 80% sont équipées de télévisions et que la fraude à la redevance est de 15% … cette nouvelle taxe aurait pu rapporter 132 millions supplémentaires à l’Etat.

Imaginons un instant de changer de logique et de dire qu’aujourd’hui on peut envisager que chaque foyer fiscal est équipé d’au moins un appareil lui permettant de bénéficier du service public de l’audiovisuel (télévision, radio, téléphone portable, tablette numérique ou ordinateur…) et qu’à ce titre tous les foyers fiscaux sont redevables de cette redevance. Bien sur il convient de prendre en compte les difficultés financières des plus fragilisés de nos concitoyens et d’instaurer une condition de ressources.

Il s’agit là d’une idée parmi d’autres comme de remplacer la redevance par une taxe spécifique qui porterait sur la vente des biens concernés (télévision, radio, téléphone portable, tablette numérique ou ordinateur…) associée à une taxe sur les abonnements correspondant (forfaits mobiles data, abonnement Box, télévision par satellite …). Il n’y a pas plus fertile que l’imagination fiscale sauf semble t’il quand on siège au Gouvernement ; et là ce n’est pas propre à Mme Filippetti mais à l’ensemble de nos dirigeants qui ne semble pas comprendre que le problème n’est pas le montant d’une taxe mais la manière dont sa charge est répartie entre nos concitoyens.

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