Derrière ma haine orthographique

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L'orthographe cet enfer
L’orthographe cet enfer

J’en ai entendu des remarques désobligeantes, j’ai vu fuser les zéros pointés devant mes yeux apeurés et encore aujourd’hui il se passe rarement un jour sans que je reçoive une mail m’indiquant mon égarement syntaxique ou qu’un aimable lecteur se lâche sur twitter, facebook ou directement dans les commentaires du blog pour me dire du haut de sa supériorité orthographique comme je suis archi-nul pour accorder ceci à cela… J’assume. C’est regrettable mais c’est ainsi et si parfois pointe comme une amélioration, la rechute n’est jamais loin et la honte ne fait plus rougir depuis longtemps mon front… je corrige et dis merci à ceux qui fantasment encore à l’idée de pouvoir donner des coups de règles en lâchant des “mon pauvre ami mais faites donc attention”… comme s’il s’agissait toujours de cela et non d’une question d’apprentissage et de méthodes inadaptées…

Pas d’excuse mais peut être un début d’explication à cette fascinante inaptitude partagée par nombre de nos compatriotes … mais pourquoi je fais des fautes ? Voici donc une interview d’Anne-Marie Gaignard, auteur de “La revanche des nuls en orthographe” réalisée par Le Point… je ne sais pas pour vous mais je vais peut être l’acheter ce bouquin!

On lui dictait “salle d’eau”, elle écrivait “saldo”. Le général de Gaulle ? Il devenait “Degole”. Comme beaucoup d’enfants, Anne-Marie Gaignard a dû imaginer toutes sortes de stratagèmes pour fuir les dictées du lundi matin et les noeuds au ventre du dernier rang. “Tête de passoire”, c’était son surnom. Les années passaient, et les mauvaises notes l’accompagnaient. La honte, surtout, de la “nulle” en orthographe, de l'”égarée dans la forêt des mots”, comme elle aime se définir elle-même. Des mots… ou des maux ? Aujourd’hui, Anne-Marie a 50 ans et n’écrit plus 9 comme un “noeuf”. Elle enchaîne émissions de radio et conférences, et prouve que la phobie du Bescherelle n’est pas une fatalité. Sa Revanche des nuls en orthographe (Calmann-Lévy), déjà vendue à près de 45 000 exemplaires depuis sa sortie fin août, est autant un témoignage d’espoir qu’un vibrant plaidoyer pour une école mieux adaptée. Pour Le Point.fr, l’ancienne cancre revient sur ses années de naufrage scolaire, sur le succès de sa méthode révolutionnaire et sur l’école de demain. Interview.

Le Point.fr : Vous évoquez votre phobie de la grammaire et de l’orthographe, que vous compariez, petite, à un “orchestre maléfique”. Quels souvenirs vous reste-t-il aujourd’hui de ces maux de ventre au fond de la classe ?

Anne-Marie Gaignard : Je dois avouer qu’il m’arrive encore de temps en temps de faire des cauchemars. Je vois des copies recouvertes de rouge, mes – 40 récurrents en dictée, les nuits de stress à la veille des contrôles… J’ai encore beaucoup de mal à me défaire de ces angoisses. Je me souviens notamment du gros livre de bibliothèque recouvert de papier kraft, sur lequel la maîtresse avait écrit au feutre en lettres capitales “DICTÉES”. Elle le tenait comme une bible, et ses textes faisaient toujours référence à de Gaulle. Malheureusement, le général ne m’a jamais aidée ! Une fois, je suis même descendue jusqu’à – 85. J’avais écrit : “Le générale Degole a sové la France. De puis langlètère, il a lencé un apelle au français. Nous somme le dizhuit juin 1945.” Cela m’a valu un triple zéro agrémenté d’une colle. Comme si ma honte ne suffisait pas…

Vous avez été diagnostiquée dyslexique à neuf ans. Or, vous avez compris beaucoup plus tard qu’il s’agissait de dysorthographie. Quelle est la différence ?

La dyslexie est un problème neurologique, un dysfonctionnement cérébral, qui peut être léger, moyen ou sévère et qui nécessite une rééducation orthophonique. Cela n’a rien à voir avec la dysorthographie, qui n’est rien de plus qu’une méthode d’apprentissage inadaptée à l’enfant. De nombreux jeunes sont en difficulté scolaire tout simplement parce que la méthode globale ne leur convient pas et qu’on leur fait suivre des heures de séances chez l’orthophoniste pour rien.

Quand avez-vous pris conscience que vos mauvaises notes n’étaient pas nécessairement votre faute ?

Très tard. J’avais 36 ans et absolument tout tenté pour atténuer mes angoisses. Les cures de Bescherelle et de Bled à haute dose, l’apprentissage par coeur des entrées du dictionnaire pendant des nuits entières… Et c’est lors d’une conférence que j’ai compris que je n’étais pas dyslexique et qu’on ne m’avait peut-être pas expliqué les choses de la bonne façon. À partir de ce moment-là, j’étais sur la voie de la guérison. Mais c’est très long, et, encore aujourd’hui, je redoute d’ouvrir la boîte aux lettres quand je rentre de vacances, de peur de découvrir un bulletin de notes catastrophique. Du fait que l’on parle de “faute” d’orthographe ou de grammaire, la culpabilité ne vous quitte jamais vraiment.

Après ce déclic, vous avez décidé que, si la méthode qu’on vous avait inculquée depuis le CP ne vous convenait pas, il faudrait vous inventer la vôtre. Quelle est-elle ?

J’ai transformé la phrase en conte de fées. Adieu les barbares COI, les COD, les conjonctions de subordination… Désormais, il y aurait deux rois au pays de la grammaire. Être, le gentil. Et avoir, le méchant. Et chaque mot devra avoir sa propre histoire. “Accuser” : je mets des menottes, donc deux “c” ; “acquitter” : on m’enlève les menottes, donc je n’en mets qu’un. Dans la phrase “Les éléphants ont bu l’eau de la mare”, je dessine un muret derrière le verbe. Après “bu”, on grimpe sur le muret, on passe de l’autre côté et on se demande : “qui ?”, “quoi ?”. Si je trouve la réponse au pied du mur, je file, donc je n’accorde pas. Si je dois repasser le mur, en revanche j’accorde. C’est comme un jeu, finalement. J’ai rassemblé ces techniques dans Hugo et les rois, l’histoire d’un petit garçon angoissé par les mots, qui trouve de l’aide auprès d’une petite fée qui déjoue les pièges de la langue française. Après le succès du premier opus, vendu à près de 200 000 exemplaires, Hugo a eu deux petits frères : Hugo au royaume des sujets dangereux et Hugo joue à cache-cache avec les rois. D’une certaine façon, j’ai recréé l’école dont j’avais toujours rêvé.

Dont on rêve encore aujourd’hui ?

J’en suis intimement persuadée. Absolument rien n’a changé en 40 ans. Or, s’il y a en France 150 000 jeunes qui ont quitté le système scolaire depuis plus de 18 mois, c’est bien que ce système ne fonctionne plus. Il faut réinventer une école plus intelligente, moins systématique, qui tienne compte de tous les élèves. Selon les chiffres du ministère de l’Éducation nationale, entre juin et octobre 2011, 223 000 élèves seraient sortis sans diplôme du système scolaire. Soit 5 % des jeunes de plus de 16 ans scolarisés en lycée ou lycée professionnel. Parmi eux, la moitié est littéralement perdue de vue par l’institution. Mais, sans aller jusqu’au lycée, déjà au collège les lacunes sont criantes. Entre 30 et 40 % des élèves de sixième sont aujourd’hui incapables d’écrire une phrase sans faute… C’est bien simple, un CP raté, c’est un ratage à vie. C’est un peu comme escalader l’Himalaya avec une entorse.

L’association Plus jamais zéro, que vous avez créée en 2009, permet de rattraper cet échec ?

J’accueille en effet de nombreux enfants et adolescents dont les parents ont tout tenté. Et les résultats sont spectaculaires. Avec la méthode d'”Hugo”, il faut dix heures pour tout revoir de A à Z, entre 15 et 20 si l’enfant confond les sons, et 30 heures pour un individu qui ne saurait ni lire ni écrire. Garantie sans faute.

Vous avez été reçue récemment au ministère de l’Éducation nationale. Qu’avez-vous proposé ?

J’avais en effet écrit une lettre, et le succès de mon livre a sans doute joué. Mais j’ai beaucoup apprécié qu’on écoute mes propositions et mes conclusions sur l’état de l’école aujourd’hui. Moi qui suis un peu marginalisée dans le milieu éducatif et rééducatif, j’ai enfin pu avoir la parole. Reste à savoir si mes idées porteront leurs fruits…

Mais, en 2012, a-t-on vraiment encore besoin d’être bon en orthographe ? L’informatique ne s’en charge-t-elle pas pour nous ?

C’est vital. Et pourtant je suis loin d’être conservatrice ! Parallèlement à l’association, j’ai monté à Angers un centre de formation continue pour adultes. Ce n’est pas pour rien. C’est une demande urgente des entreprises. Parce qu’un CV truffé de fautes ira directement à la poubelle, que vous n’écrivez pas un mail à vos collaborateurs en faisant des erreurs d’accords, parce qu’un rapport ne peut pas toujours être relu par un secrétariat. Et parce que les adultes sont encore nombreux, pour une raison ou pour une autre, à ne pas maîtriser les bases. Il n’y a qu’à voir tous les divorcés que j’accueille, qui faisaient faire la compta ou les factures par leur femme et qui ne se souviennent plus des règles les plus simples. Chaque jour, on lutte encore contre l’illettrisme, le mauvais apprentissage et l’oubli. C’est une réalité.

3 thoughts on “Derrière ma haine orthographique

  1. Ettttt….que tu as raison, je te jure que notre ” FRANÇAIS ” est mutilé de tous bords et de tous côtés !!!! Moi aussi j’en reçois à tous les jours de ces courriels plein de fautes !!! Les universitaires avec leurs beaux diplômes font des fautes comme ça se peut pas !!! Avant d’être admis au bacc, les étudiants doivent passer un examen de français et c’est au nombre de plus de 80 % qui échouent cet examen, c’est vraiment honteux !!! Alors le problème se situe donc au primaire et aussi au secondaire !

    Que pouvons nous faire ? Les retourner au primaire ??? Remarque bien que je ne suis pas plus fin qu’un autre, j’en fais aussi des fautes mais il me semble que je n’en fais pas à côté de nos chers universitaires !!! Et de plus, je suis moi aussi un universitaire et j’ai déjà vu, dans un cours où les profs enlèvent des points pour les fautes, un étudiant avoir un “” 0 “” à cause de ses fautes !!! Ça fait vraiment peur !!!

  2. Rougir votre front ? Et transpirer du lave-vaisselle aussi ? Non mais chère hauteur, rougissez des joues, comme tout un chacun…

    1. à défaut de citer tout un chacun je m’en vais de ce pas recopier Boileau qui dans ses Satires écrivait “Mais, pour moi, dont le front trop aisément rougit, Ma bouche a déjà peur de t’en avoir trop dit”.

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