La rue est le fief des mâles… ou quand féminisme rime avec communautarisme

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Le 4 octobre 2012 la journaliste Fanny Arlandis s’interrogeait dans les colonnes du Monde sur l’identité sexuelle de nos rues, de nos quartiers, de nos stations de métro pour tirer la conclusion suivante : La rue est le fief des mâles.

Les mâles tiendraient le haut du pavé

Pourtant, sur le trottoir ou dans le métro, on croise des vieux, des jeunes, des hommes, des femmes. A première vue, l’espace public est mixte. A première vue seulement. Car l’espace urbain demeure un espace où les déséquilibres entre les deux sexes restent profonds. L’auteur de l’article considère que le déséquilibre est invisible de jour mais qu’il saute aux yeux dès la nuit venue. Pourtant l’Insee a montré que les femmes se déplacent bien plus que les hommes, et qu’elles le font à pied quand leurs congénères masculins roulent en voiture.

En fait n’importe quel observateur quotidien des transports en commun comprendra rapidement qu’à Paris les femmes sont très majoritaires, en heures de pointe, dans le métro. Dans les rames des lignes 2 ou 13 vous trouverez facilement 60 à 70 % de femmes entre 8h et 9h du matin. Plus on avance dans la journée, plus la nuit parait et moins la présence féminine se fait sentir jusqu’à quasiment disparaitre.

En fait il y a une différence de fond dans la manière dont les hommes et les femmes utilisent le transport dans l’espace urbain. “les femmes ne font que traverser l’espace urbain, elles ne stationnent pas”, explique le géographe Yves Raibaud, coproducteur d’un rapport, en 2011, commandé par la communauté urbaine de Bordeaux. “On constate que les femmes traînent moins souvent dans la rue sans avoir quelque chose de précis à y faire et se déplacent rapidement d’un endroit à un autre”, confirme Patricia Perennes, d’Osez le féminisme. Allez vite pour éviter les ennuis… Car une femme seule est trois fois plus abordée dans la rue qu’un homme. Parfois sympathiques, ces rencontres peuvent s’avérer désagréables et provoquer un sentiment d’insécurité.

Le métro, le soir, est fréquenté en moyenne par deux femmes pour huit hommes. Selon l’auteur, les parents ont autant peur du métro la nuit pour leurs filles (leur imposant le taxi) que les filles elles-mêmes, y compris majeures. Ces dernières mettent en place des stratégies pour réduire le danger : porter un pantalon, maquillage sobre, se déplacer en groupe, se rapprocher d’autres filles isolées, avoir un baladeur sur les oreilles en fuyant tout regard.

On tombe là néanmoins dans la stigmatisation et l’auto-centrisme de l’auteur”e”, des scientifiques et des associations féministes rencontrées car voyez vous, la peur est partagée dans les transports en commun, la nuit, par tous les sexes, tous les âges et toutes les appartenances sociales. Si la « femme » va craindre l’agression sexuelle, l’homme pourra lui craindre l’agression physique tout court. Les stratagèmes que l’auteur considère comme une « une réduction des libertés » sont des actions d’auto-défense partagés par tous. On tombe enfin dans un effroyable politiquement correct contemporain quand Clément Rivière, doctorant à l’Observatoire sociologique du changement (Sciences Po) constate “Les filles sont confrontées à une tension entre les attentes placées dans les sorties festives, souvent associées à un habillement plus sexualisé, et un contrôle des parents plus marqué que pour les garçons“… Je m’imagine un instant dans la situation ou j’aurais un fils de 15 ans qui en plein hiver s’apprêterait à sortir avec pour seuls habits un caleçon moulant et un débardeur XXS croyez le si vous voulez mais tout mâle dominant qu’il soit il irait illico se changer et se rhabiller avant de sortir… et tant pis pour sa liberté individuelle… Ainsi et excusez par avance la brutalité du propos, l’habillement des garçons est moins contrôlé que celui des filles par les parents non seulement parce que, c’est vrai, ils courent moins le risque d’une agression sexuelle grave mais aussi parce qu’ils ont quand même nettement moins tendance à essayer de se balader quasiment à poils dans les rues la nuit …

Joseph, Riadh, Alexandre et Sylvain auteurs de « Nous… la cité : un an d’écriture au cœur de la wesh coast » (Olivier Dion)

L’article poursuit son chemin se frayant un passage à la hache dans le sexisme le plus effrayant : Les décideurs de la ville ne font rien pour réduire ce fossé entre garçons et filles. Ils font même le contraire. Ainsi, 85 % du budget des équipements programmés dans les zones prioritaires vont aux garçons. Pour “canaliser la violence”, dit-on. Les skate-parks poussent comme des champignons un peu partout, alors qu’il n’existe presque rien pour les adolescentes. Dans la revue Traits urbains, en mai, Yves Raibaud prend l’exemple de la construction de stades de football, investis presque uniquement par des hommes : “Imaginez un équipement public pour 43 000 femmes !”

Ah les garçons en bleu et les filles en rose, le chou et la fleur, Mars et Vénus ont encore de belles heures devant eux tant le discours est effrayant … parce que pour l’auteur c’est évident, le skate et le football ne sont que pour les garçons, comme le basket d’ailleurs… on en oublierait presque que l’équipe de France féminine de Basket est vice-championne olympique, que notre pays compte presque 100 000 licenciées en football féminin et que ce sport rassemble 38 millions de joueuses dans le monde…

A la question de la journaliste « Est-ce pour des raisons économiques, voire écologiques, ou parce qu’ils imaginent les femmes au foyer le soir, que 5 000 communes de France ont récemment décidé d’éteindre l’éclairage public entre minuit et 5 heures du matin ? » je réponds clairement : pour des raisons économiques et écologiques et par ailleurs je n’avais pas imaginer que l’éclairage public était uniquement réservé aux femmes et que l’homme, genre de mâle dominant et rassurant n’avait pas besoin de lumière pour marcher dans les rues parce qu’il est courageux lui … le mâle !

De même à la question « pourquoi nombre de lieux festifs et nocturnes sont-ils construits sans toilettes ? Parce que la nuit est un espace jugé masculin. » Je dis Foutaises ma chère… je ne connais pas un théâtre, pas un cinéma, pas une boite de nuit, pas un bar qui ne dispose pas de toilettes ! Pas un festival, une fête du fleuve à Bordeaux, une fête de la musique ou un stade sans ses toilettes temporaires ou définitives … Dans quel pays vit donc la douce Fanny ?

Je sais ! un pays où les décideurs et urbanistes n’oublient pas les couloirs à poussettes, ni d’installer des crèches à côté des lieux de travail majoritairement féminins. “Les urbanistes vont répondre que, lors des réunions, on leur demande ces couloirs à poussettes !”… Allez à une réunion publique, lisez les blogs sur le net et vous saurez oui vous verrez que la thématique de la poussette est tout sauf un détail pour tant et tant de jeunes fêtardes qui un jour se transforment radicalement en jeune maman obsessionnelle de ses précieux petits garnements sur roues (3 ou 4 selon le résultat du débat entre mamans)…

Je ne sais pas en fait si la rue est le fief des mâles, aujourd’hui plus qu’hier. Je ne sais pas non plus si donner des noms de femmes célèbres à des stations de métro (comme cela est proposé) serait rassurant pour les femmes la nuit… Est on plus en sécurité station Louise Michel qu’à Jaurès? J’ai en fait du mal à saisir qu’on puisse penser qu’il faille améliorer la sécurité des femmes dans les transports en commun quand je pense qu’il faut y améliorer la sécurité de tous. Je doute qu’une fois encore la stigmatisation des uns permette améliorer la qualité de vie des autres. L’action publique et ce d’autant plus quand elle s’ancre sur un territoire ne peut s’adresser à un seul segment de la population car elle induit alors une nouvelle inégalité sociale et elle est vouée à l’échec.

On ne peut pas stigmatiser des équipements sportifs parce qu’ils seraient “sexués”. Il faut davantage d’équipements pour occuper les jeunes d’un quartier et il faut que ces équipements soient gratuits, entretenus et accessibles à tous. On ne peut pas stigmatiser la construction d’un stade comme étant une action  exclusivement au service des mâles dominants. C’est absolument ridicule car un stade c’est avant tout des emplois. Un stade fait vivre des centaines de familles : construction, entretien, activités sportives et culturelles … quitte à faire dans l’image d’Epinal; quand Céline Dion fait le stade de France est on vraiment dans un équipement public réservé aux hommes?

On écrit tous des conneries. On est tous derrière des textes creux dont l’idée de départ est excellente mais la conclusion pathétique … bienvenue à toi Fanny et merci à toutes tes bonnes intentions qui viennent à leur tour paver notre enfer d’idées à la con.

* tous les passages en italique sont des citations de l’article d’origine auquel vous accèderez en cliquant sur le nom de l’auteur cité en début de post

2 thoughts on “La rue est le fief des mâles… ou quand féminisme rime avec communautarisme

  1. Merci, merci! Enfin quelqu’un qui ne rentre pas dans le jeu de cet article immonde qui m’a fait pleurer des larmes de sang. Comment peut on s’imaginer prendre la cause des femmes, et les faire passer pour de faibles victimes? Et oser dire qu’elle se pose elle même en victime, en proie, en fuyant l’espace urbain? “La peur structurante du viol” est ce ainsi que les féministes voient les femmes? Structurée par la peur du viol? Se réduisant elle-même à un simple objet sexuel?
    Ma réaction est certes un peu virulente, mais cet article m’a véritablement ulcéré, dans la mesure où il est censé parler de moi et que je me reconnais absolument pas la dedans. Je cherchais désespérément sur le web quelqu’un qui verrait à quel point les clichés qu’il véhicule sont nauséabonds. Encore une fois, merci pour cette critique.

  2. Cher auteur,
    Je vous trouve quelque peu agressif dans ce dernier post. Je me sens en insécurité sur votre blog qui manque cruellement de luminosité à cette heure tardive du jour (mais jamais de lumières !). Je m’en vais de ce pas me réfugier dans les bras virils de la station Haussman-Saint-Lazare : 2 hommes, dont un canonisé, c’est dire !
    Bises prudes drapées dans une parka protectrice
    Borissette

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