Laurent de Villiers le témoignage d’une famille ordinaire…

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Laurent de Villiers
Laurent de Villiers

L’affaire impliquant les fils de l’eurodéputé Philippe de Villiers, également président du Mouvement pour la France (MPF) a peut être connue un point final aujourd’hui. C’est un long calvaire juridique qui enflamme une famille pour le moins traditionaliste à défaut d’être traditionnelle depuis 2006. Le 30 octobre de cette année Laurent de Villiers porte en effet plainte pour viol contre son frère Guillaume concernant des faits qui se seraient déroulés entre 1993 à 1996 alors que Laurent a entre 10 et 13 ans et que son frère ainé est âgé de 15 – 18 ans. Huit mois plus tard en juin 2007, le jeune homme retire sa plainte avant de la réactiver lors d’une confrontation devant le juge en novembre 2008. Le 17 décembre 2010, dans un arrêt,la cour d’appel de Versailles prononce un non-lieu, estimant que les éléments à charge doivent être ” relativisés ” au vu des déclarations changeantes de Laurent et de certains détails contredits parla procédure. La cour estime se trouver face à ” deux thèses cohérentes ” impossibles à départager.Mais voilà, un an plus tard, la Cour de cassation a annulé ce non-lieu et a ordonné que la cour d’appel de Lyon réexamine le dossier, estimant que la cour d’appel de Versailles n’avait pas le pouvoir d’écarter certains enregistrements à charge contre Guillaume de Villiers, même s’ils avaient été réalisés par Laurent à l’insu des témoins. Aujourd’hui, à l’issue d’une audience à huis clos, la cour d’appel de Lyon a décidé  de ne pas renvoyer Guillaume de Villiers pour viol devant une cour d’assises, estimant, d’après les avocats de la défense, que les preuves ne sont pas suffisantes.

En cette période troublée où la famille et sa stabilité semble être au cœur de tous les débats, des convictions intimes et des certitudes publiques; quand le débat public s’engage dans notre intimité et se laisse aller à des jugements à l’emporte-pièce, des idées pré-conçues qui sont le plus souvent portées comme des étendards par les amis politiques et idéologiques de Philippe de Villiers tels que l’association Civitas; je ne crois pas inutile de reproduire ici des extraits du livre de Laurent de Villiers intitulé “tais toi et pardonne” et qui ont déjà été publiés par l’Express. Ces extraits ne méritent ni commentaires ni projections sur un débat à venir.

On va jouer
1994 [Laurent a 10 ans]. La maison est calme. Nous sommes samedi après-midi et tout le monde vaque à ses occupations. [Mon frère] pousse la porte du pied et entre, parle de mes GI Joe. Me demande de le suivre, on va jouer… Il a des choses à me raconter… Pour une fois qu’il est gentil, je le suis. Nous entrons dans sa chambre. Il est doux. Si différent. Me dit qu’il va m’expliquer plein de choses indispensables, très importantes. Comme le sexe. […] Il me dit que je suis son petit frère, qu’il m’aime. […] Il me dit que nous sommes pareils, que nous avons le même problème, que nous sommes pervers, obsédés par le péché de chair… Je ne comprends pas grand-chose. Je trouve juste qu’il est gentil, pour une fois. […] Il me dit que nous ” jouons “, mais qu’il ne faut pas en parler. […] Souvent, j’arrive à table en pleurs d’avoir croisé mon frère quelques instants auparavant. Alors maman me demande ce que j’ai et je n’ose pas lever les yeux. Il guette. ” Rien, rien… Je suis tombé dans les escaliers. ” Guillaume me fait peur. Il m’a toujours fait peur. Lui n’a peur de rien. Maman m’aide à ne rien dire. Quand elle remarque des bleus, elle hausse les épaules. ” Ah, mais tu ne peux pas faire attention ! ” ou ” C’est le petit Jésus qui t’a puni. ” Puni de quoi?

Sexe interdit

Je suis en seconde lorsque maman, au cours d’une fouille en règle de ma chambre, tombe sur l’un de mes cahiers. Cahier un peu particulier puisque j’y ai collé des photos de femmes en sous-vêtements découpées dans un catalogue La Redoute. […] Le soir même, alors que nous sommes à table, mon père se lève, jette mon cahier devant moi et me demande de quoi il s’agit. J’ai honte, je sais qu’il n’y a rien à répondre, je baisse la tête en silence. […] Je me sens si mal, si sale, si anormal. […] Je subis une étroite surveillance jalonnée d’interdits. Interdit de télévision, cet instrument corrosif et diabolique. Interdit de musique, cette complainte malsaine qui ” rend dépressif “. Interdit de sorties. Interdit de Walkman. Interdit d’ordinateur. Interdit de films. Interdit d’argent de poche. Interdit de petites copines.

En finir
Je suis calme, le fusil entre mes mains. Je sais ce qu’il me reste à faire. Je regarde le papier sur lequel j’ai griffonné à l’intention de papa, maman, mes frères et soeurs, un seul mot : Pourquoi ? J’enlève la sécurité. J’arme. Je positionne le canon du fusil face à mon visage, entre mes yeux. Ça devrait être rapide. Je pose mon doigt sur la détente. J’inspire avant le grand saut. J’expire, prêt à tirer. Mais dans le silence absolu de la maison, une sonnerie retentit. Mon portable. Je pensais l’avoir éteint. Le nom de Benoît apparaît sur l’écran illuminé. Mécaniquement, je décroche. […] Merci Benoît.

Pater familias
Et toi, papa, qui savais mais qui esquive. Combien de fois ai-je essayé de te parler et combien de fois as-tu détourné le regard ? Cet été encore, alors que nous ne nous sommes pas vus depuis huit mois, alors que tu ne m’as pas passé un seul coup de fil outre-Atlantique, j’ose frapper à la porte de ton bureau. Tu m’accueilles, les bras grands ouverts, affichant ce large sourire qui me réconforte, que je prends pour un signe, une invitation à enfin entamer la conversation toujours repoussée à plus tard. J’ose m’asseoir face à toi, le bureau entre nous. ” Papa, il faut que je te parle… de Guillaume… ” Tu te lèves, fermes la porte et les fenêtres. Tu te rassois, me regardes. Enfin… ” Maman t’en a parlé. ” Tu acquiesces et, pour la première fois, j’entends : ” Raconte-moi. ” Je prends ma respiration. ” Voilà, papa… ” Une sonnerie résonne. Ton portable. Sans te troubler, tu décroches et commences ta conversation. Au bout de quelques instants, tu me regardes, poses ta main sur ton portable et me dis de revenir dans une demi-heure. Une invitation à quitter les lieux. Je m’exécute. La France ne peut pas attendre. Moi, si. Loin de me décourager, une demi-heure plus tard, je suis à nouveau dans ta pièce. Je n’ai pas le temps de m’asseoir. Tu coupes court en me lâchant, presque sur le ton de la confidence : ” J’ai réfléchi. Cette histoire ne me regarde pas. C’est votre problème. “

La plainte
30 octobre 2006. J’ai honte. Je me sens coupable de porter plainte, d’être obligé de porter plainte. Je porte en moi la honte tenace d’avoir été souillé, sali. La honte, aussi, de ne pas avoir pu ni su me défendre, de ne pas avoir su ni pu l’empêcher. Dix ans après, j’en suis encore l’acteur, puisque assis sur une chaise à raconter à l’inspectrice ce que j’ai subi. Et je dois répondre, encore et toujours, à la question que je ne cesse de me poser : ” Pourquoi vous n’avez rien fait ? ” Pourquoi ?… Parce que j’avais 10 ans, parce qu’il en avait 16… Parce que je n’avais ni la maturité intellectuelle ni la force physique. Des mots et une masse informe de culpabilité.

On efface tout
Le 31 mai 2007, je rencontre Philippe de Villiers, déguisé en papa pour l’occasion. […] A cet instant précis, le piège se referme. Je suis pris dans les filets de mon amour filial. […] Je lui raconte le plus honnêtement du monde les raisons de mon action. Il m’écoute. Il me regarde. Il me laisse parler. Il opine de la tête. Lorsque j’ai fini, après un long silence, il se lance à son tour, me suppliant de lui donner mon pardon. Il m’offre ce que je rêvais d’entendre depuis des mois, des années : ” Laurent, je vais m’occuper de toi. J’arrête la politique. C’est fini, tu n’as plus besoin de te battre. A partir d’aujourd’hui, je vais te défendre. Il faut trouver une solution pour qu’on s’entende à nouveau. On peut sauver cette famille, toi et moi. ” […] Papa me jure que nous allons tout régler ensemble. Que je dois lui faire confiance, qu’il me protégera. […] Il me demande de retirer ma plainte. […] Alors que je me remets à peine de notre discussion, il passe discrètement un coup de téléphone à son avocat. Une heure plus tard, une lettre tapée à la machine arrive à son appartement. Mon père m’assoit à sa table, me donne un stylo, du papier et me demande avec une infinie douceur de recopier la lettre de son juriste. Je ne me pose pas la question de savoir quand cette lettre a été préparée. Je recopie et signe.

L’accalmie
Du siège arrière de la berline, je prends une seconde avant de sortir pour regarder les miens qui m’attendent, agglutinés les uns aux autres dans la cour, chacun se cachant derrière l’autre. Au milieu des enfants, je devine la présence de ma mère. Elle n’est plus que le reflet d’elle-même. Dans ce brouillard de rancoeur, Guillaume arrive. Il est très maigre […] A ma vue, il tombe à genoux et me supplie de le pardonner. [Il] me prend à part. Nous faisons quelques pas, puis il s’écroule à nouveau dans un souffle: “Tu n’étais qu’un petit garçon, comment ai-je pu?”

Le coup de fil
[NDLR : en septembre 2007, Laurent de Villiers vit aux Etats-Unis. Le juge poursuit son enquête, malgré trois lettres de rétractation, et veut l’entendre. Philippe de Villiers appelle son fils.]
” Il faut que tu expliques au juge que tu as menti pour me faire du tort. Il te croira, puisque c’est ce que mon avocat lui a expliqué.
– Tu veux dire que pendant tout ce temps-là, vous avez raconté au juge que ce n’était pas vrai ?
– Il faut bien qu’on dise quelque chose. De toute façon, c’est la seule manière de clore le dossier.
– Mais papa, je ne comprends pas. On n’a jamais convenu de ça lors de la réconciliation ? ”
Mon père se met alors à hurler : ” Tu veux que ton frère aille en prison ? Hein, c’est ça ? Tu veux le voir derrière des barreaux ? Il va se suicider, ton frère, et tu l’auras sur la conscience! “

Jusqu’au bout
Nous sommes en novembre 2008. [NDLR : le juge n’a pas encore classé l’affaire, tentant de comprendre le revirement de Laurent de Villiers.] Depuis la reconstitution de la partie civile, ma famille s’est réorganisée et a inventé une tout autre version des faits. Ainsi, mon père, celui-là même qui m’avait promis son soutien et son aide, prend la plume pour expliquer au juge que c’est moi qui aurais demandé pardon en retirant ma plainte. Le coup de grâce. Durant la confrontation, Guillaume ne lâche rien. En entrant, il me sourit, d’un mauvais petit sourire, comme pour me dire que, cette fois, il est prêt. Il s’est bien préparé. Dans les couloirs, je l’entends parler avec mon père au téléphone. Moi, je n’ai rien d’autre que la vérité.

Revivre
J’ai toujours cru à la guérison par la vie. Pour qu’un enfant blessé devienne un homme, il faut qu’il redécouvre son enfance et accepte de ne pas en avoir eu. Il m’aura fallu attendre de rencontrer ma fille pour comprendre ce qu’est la vie. Avec ses premiers pas, je refais les miens. […] Dans quelques mois, je vais devenir citoyen américain. Je choisis le pays des rêves, de la renaissance et renonce à tout jamais à mon nom. La demande à l’immigration américaine pour le changer est en cours. Une seconde chance et un pays où je ne connais que l’amour. Aujourd’hui, je ne suis plus le fils de personne.

Les intertitres sont de la rédaction de l’express. Tais-toi et pardonne, par Laurent de Villiers. Flammarion, 292 p., 19 €.

Pour votre parfaite information, le 2 septembre 2006, Guillaume de Villiers a envoyé un long courriel à son frère Laurent, que ce dernier publie dans son livre. Une lettre dans laquelle il reconnaît la gravité de ce qu’a subi son benjamin. Il dit affronter et assumer sereinement les faits – sans en préciser la teneur – et raconte avoir été mis sur la voie de la guérison grâce son mariage. Il se réjouit de s’être pardonné à lui-même, admettant que le pardon soit plus difficile dans le cas de son frère, puisqu’il ne peut lui fournir aucune explication à ses agissements. La cour d’appel de Versailles, toutefois, n’a pas considéré cette longue missive comme un aveu de culpabilité, arguant du fait que la grandiloquence des écrits et des propos étaient une constante chez les acteurs de l’affaire. Elle a également souligné que la lettre de Guillaume de Villiers répondait à une question de Laurent – ce dernier avait demandé à son aîné pourquoi il avait agi ainsi et s’il avait subi lui-même des abus. Enfin, elle ne précise pas en quoi ce point invalide l’apparente reconnaissance des faits par Guillaume de Villiers…

Le dossier est clos :  La Cour de cassation a rejeté mardi 11 mars le pourvoi formé par Laurent de Villiers contre le non-lieu dont avait bénéficié son frère aîné Guillaume, qu’il accuse de l’avoir violé lorsqu’il était enfant. 

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