Modem ou UDI (dernière partie) le rassemblement sur les idées et non sur les ambitions

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Il fallait prendre le temps de revenir aux sources du centrisme et s’interroger sur la pertinence de la stratégie suivie depuis maintenant 13 ans pour se prononcer sur la question que tous les démocrates et indépendants se posent à quelques jours du congrès fondateur du nouveau “parti” de Jean Louis Borloo : y aller ou pas ? et si vous y allez, pourquoi?

Jean-Louis Borloo, président du parti radical valoisien et François Bayrou, président fondateur du mouvement démocrate

Cet été une petite voix familiale et familière me confiait quelle trouvait quelque peu inepte de s’arc-bouter sur des principes si ces derniers vous empêchaient de gagner des sièges, d’être représenté et par là même d’agir sur le réel. Ainsi donc est on condamné en politique à se trouver toujours face au même dilemme : êtes vous prêts à perdre votre âme pour gagner une élection? Je reste convaincu pour ma part que c’est là justement la beauté du combat politique. Si l’on peut parfois transiger, on ne gagne jamais rien en perdant de vue la raison originelle de notre engagement. Souvent la politique n’a rien à offrir si ce n’est le bonheur immense d’aller à la rencontre des gens, d’engager la discussion et à un moment de voir le doute apparaitre dans le regard de la personne avec laquelle vous partagez vos idées … ce doute à un nom : démocratie.

Ainsi, si l’on ne croit pas en cette démocratie, en ces doutes qui s’additionnent et renversent le cours d’un scrutin alors on ne croit pas en la politique. On ne croit pas que Jacques Chirac pouvait être élu Président de la République en octobre 1994 quand il était à 7 % dans les sondages. S’ils n’avaient cru en ces “doutes” les derniers militants du RPF du Général de Gaulle n’auraient pas porter le grand Charles à la présidence en 1958. Si l’on se satisfait d’un siège de conseiller d’arrondissement en échange d’abandons idéologiques, si on est capable de faire campagne sur un programme auquel on ne croit pas, des idées qui sont à l’opposé de celles qui construisent jour après jour notre identité ; si l’on ne croit qu’à la satisfaction immédiate de ses ambitions alors on ne fait pas de la Politique mais on construit un parcours professionnel. On a que des ambitions mais pas de desseins pour son pays.

En politique on rassemble les idées et les hommes suivent. Il n’y a pas d’autre chemin si l’on veut durer, représenter et diriger. On le sait depuis plusieurs mois désormais, Jean Louis Borloo veut certes durer et représenter mais il ne veut en aucun cas diriger car si cela avait été son projet alors il se serait soumis aux suffrages des Français à l’occasion du 1er tour des élections présidentielles. Dans les faits Jean Louis Borloo et l’ensemble des membres fondateurs de l’UDI ont choisi la transparence politique. Transparence sur les idées mais aussi transparence la plus complète possible en matière de stratégie politique puisqu’en soutenant Nicolas Sarkozy, candidat de l’UMP, dès le 1er tour de scrutin, ils ont clairement indiqué leur accord avec la ligne politique de celui qui était alors le président sortant.

Le centre bruisse aujourd’hui des rumeurs de rassemblement, de mains tendues, de réunification. Malheureusement nous ne sommes pas à Berlin le 3 octobre 1990 mais plutôt à Sedan en 1870. L’UDI ne propose pas une réunification au Modem mais une capitulation en rase campagne, un ralliement des hommes sur le programme politique de l’UMP.

Je n’ai pas entendu un mot de Jean Louis Borloo condamnant la ligne politique de Nicolas Sarkozy pendant la campagne électorale. Je n’ai jamais entendu le n°2 du Gouvernement de François Fillon s’exprimer contre le débat sur l’identité nationale mis en place par ses collègues du Gouvernement. Borloo a tout accepté sans broncher pendant 3 ans et demi dans l’espoir d’être nommé Premier ministre et même quand cet espoir a disparu et que la révolte grondait dans son coeur, il n’a pas eu le courage d’aller au bout de la rupture.

On me dit “il faut rassembler le centre pour gagner les élections” mais en âme et conscience je n’ai pas envie que “gagner des élections” puisse signifier que je vais porter des hommes tels que Yves Jégo à quelque responsabilité que ce soit . Les députés européens issus de l’UDI ont annoncé qu’ils allaient siéger au Parlement européen dans le groupe de la droite, celui du “parti populaire” qui regroupe tout ce qu’il y a de plus conservateur et d’euro-sceptique en Europe. Comment peut on se déclarer “fédéraliste européen” et siéger dans le groupe anti-fédéraliste avec le parti conservateur britannique? [note de l’auteur du post suite aux commentaires : cette phrase contient une erreur et une exagération … en effet les députés du parti conservateur ont quitté le PPE en 2009 pour créer un groupe 100% anti fédéraliste – c’est l’erreur – et par là même le PPE n’est plus le mouvement regroupant tout ce qu’il y a de plus conservateur et d’euro-sceptique en Europe … il y a désormais mieux en la matière].

Je m’interroge sur le programme et les valeurs véhiculées par l’UDI, un mouvement où siège le maire du 8ème arrondissement M. Lebel auteur des plus belles saillies homophobes de ces derniers jours, un parti qui officiellement prône pourtant, contre l’avis de ses parlementaires, le mariage homosexuel…

Ainsi donc à l’heure du choix je regarde amusé quelques animaux de foire s’exciter sur les réseaux sociaux. Mon préféré est le rendez vous Facebook “je suis au Modem et je vais rejoindre l’UDI ” créé sous l’impulsion d’un cadre du mouvement démocrate avec comme arme fatale de réseautage la fine fleur du militantisme parisien, un candidat auréolé de 2,63 % des suffrages  aux dernières législatives et qui rêve plus que jamais d’être à la droite du type qui est lui même à la droite du mec dont le cousin aura peut être un jour une carrière politique… Un rendez vous donc auquel la dite fine fleur militante a convié 1 391 militants et pour lequel elle a obtenu à l’heure à laquelle je rédige ce post … 23 réponses positives dont : le compte officiel créé pour l’occasion (UDI Modem) son propre compte personnel, son compte personnel politique et le compte de son papa … Bon je sais je me moque mais gentiment je sais que le militantisme n’est pas chose aisée même sur Internet…

De toutes ces guerres intestines et microscopiques ne sortiront finalement qu’un affaiblissement supplémentaire du centre et des valeurs qu’il défend ou qu’il est censé défendre. Je comprends aisément qu’on puisse se sentir de centre-droit et je trouve que l’union des différents groupuscules de cette demi-famille politique est une bonne chose. J’espère que cela pourra avoir un impact autre que négligeable sur les orientations de l’UMP, allié naturel du centre droit tant que le centre n’aura pas réussi sa mutation en famille politique unie.

Pour ce qui est du centre indépendant il poursuivra son petit bout de chemin. Il ne refusera aucune discussion, aucun projet aussi longtemps que ce sera sur ses valeurs constitutives : progrès social, sérieux budgétaire, approfondissement de l’Union européenne, exigence écologique et avancées sociétales.

6 thoughts on “Modem ou UDI (dernière partie) le rassemblement sur les idées et non sur les ambitions

  1. Via Facebook
    It’s not good!! Le titre est bon mais la prose de l’auteur tombe dans l’affectif et la critique des personnes sur des faits isolés sortis de leurs contextes. Svp, revenons aux IDéES, cherchons les ensemble pour nous réunir et nous mettre en mouvement.

      1. Bis → certes revenons aux idées : qu’est ce qui différencie concrètement l’UMP de l’UDI?
        ET → Qui serons-nous aux municipales prochaines ? Forts de nos idées et de notre émancipation politique, ou soumis aux calculs des prises de guerre de l’UMP par quelques fidèles serviteurs de l’UDI ?

        1. Je crois que l’on peut être fort en jouant aux municipales la constitution de liste apolitique d’hommes et de femmes compétentes dans les domaines attribués aux communes.

  2. Via Facebook
    “Les députés européens issus de l’UDI ont annoncé qu’ils allaient siéger au Parlement européen dans le groupe de la droite, celui du « parti populaire » qui regroupe tout ce qu’il y a de plus conservateur et d’euro-sceptique en Europe. Comment peut on se déclarer « fédéraliste européen » et siéger dans le groupe anti-fédéraliste avec le parti conservateur britannique?”

    Hum, tu fais un gros contresens, là. Déjà les conservateurs britanniques ils ne sont pas au PPE, mais au groupe antifédéraliste ECR. Ensuite le PPE est historiquement le parti démocrate-chrétien, pro-européen et fédéraliste (c’est dans ses statuts, et c’est précisément la raison pour laquelle les britanniques ont quitté le PPE). Donc parler de “tout ce qu’il y a de plus conservateur et d’euro-sceptique”, et pire de “groupe anti-fédéraliste”, c’est méconnaître profondément le Parlement européen.

    1. tu as raison sur les deux points j’ai indiqué l’erreur dans le corps du texte … pour le reste reconnais que siéger avec la droite italienne réunissant le parti de Berlusconi et l’Alliance nationale de Fini n’est pas très “centriste” et je ne parle même pas de nos amis de l’OVP autrichien qui elle aussi à gouverner avec l’extrême droite et notamment le célèbre Jorg Haider …

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