Modem ou UDI : le retour aux sources (part 1)

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Avec une lettre en moins nous voici en plein retour vers le futur. Peut on d’ailleurs en vouloir à Jean Louis Borloo de se rêver à son tour en rassembleur du centre à droite ou de la droite au centre ? Le garçon a longtemps varié et tergiversé mais cette fois c’est promis craché il part à l’assaut de la montagne sacrée du centrisme français : l’union.  Et le voici avec ses amis à nous refaire l’histoire à grand coups de griffonnages et de variations libres sur la thématique : le centre n’a jamais existé qu’à droite et il ne peut gagner qu’à droite et tout ça c’est à cause de la vilaine Vème République du Général de Gaulle.

Alain Poher, président du Sénat de 1968 à 1992, candidat à l'élection présidentielle de 1969

C’est naturellement oublier que la division du centre n’est pas le fait des institutions mais des hommes qui l’ont constitué dans l’Histoire. Le centre a vécu ses heures de gloire, et vaincu, électoralement parlant, sous la IVème République non pas du fait de la nature des institutions mais à cause du climat politique qui régnait dans le pays. Le MRP était un grand parti, indépendant, qui participait à des coalitions politiques librement consenties et qui souvent les dirigeait. La vérité c’est que le centre français a réussi sa mutation vers les institutions de la Vème République mais qu’il a par la suite été trahi par des leaders incompétents. En 1962 il s’oppose certes à l’élection du Président  de la République au suffrage universel direct mais en 1965 son candidat dépasse les 16% des suffrages, en 1969 son candidat est au 2nd tour et en 1974 il est élu à la présidence de la République. Depuis lors c’est la dérive électorale qui transforme le centre en caution électorale de la droite. L’erreur historique du centre date de 1981. En choisissant d’être dans l’opposition frontale à François Mitterrand élu Président de la République plutôt que dans l’opposition sereine; en choisissant l’union à tout prix avec le RPR de Jacques Chirac, le centre français a perdu sa raison idéologique d’être. En 1965 Lecanuet et ses 16.5 % sont dans l’opposition à de Gaulle ce qui n’empêche pas des ministres centristes de siéger au Gouvernement. En 1969 Alain Poher candidat à la présidence de la République préside un Sénat largement dominé par les centristes. Il sera battu par Georges Pompidou parce que les communistes refuseront de le soutenir.

Le premier à faire clairement le choix de l’union à droite est Valéry Giscard d’Estaing, parce que cela répondait à ses convictions socio-économiques et parce que face à la montée en puissance du parti socialiste naissant de François Mitterrand il savait que la droite était le seul espace politique où il avait sa place et au travers duquel il pouvait espérer s’imposer. Mais ne nous y trompons pas de 1976 à 1981, le centre gouverne seul avec le soutien compté du RPR au parlement. Et en 1981, c’est la droite qui fait battre le centre au profit du parti socialiste. Dès lors l’UDF s’est acharnée à s’allier avec la droite aux élections plutôt que de chercher à exister en tant que tel. Il n’y avait ainsi aucune logique dans cette liste d’union contre-nature entre l’UDF et le RPR aux élections européennes de 1984. Comment pouvait on rassembler l’appel de Cochin et l’icone du fédéralisme européen?

Le centre a perdu peu à peu toutes les élections parce qu’il a abandonné ses valeurs au profits de mandats, de sièges et de maroquins ministériels. François Bayrou a lui même commis ces erreurs dramatiques notamment en 1995. Lors de cette élection présidentielle non seulement il ne présente pas de candidat (ce qui est mortel pour un parti politique sous la Vème République) mais en plus il apporte son soutien et celui de  son parti (le CDS, héritier du MRP) au candidat de droite Edouard Balladur qui fait campagne sur la ligne la plus conservatrice face à un Jacques Chirac devenu pour l’occasion chantre de la social-démocratie. En l’espace de 15 ans le centre a disparu par manque de leadership naturel, par manque d’ambition et par manque de fidélité à ses idéaux fondateurs. Il s’est fondu dans la droite et le parti qui le représente alors n’est plus qu’une amicale de grands élus qui le font vivre dans le seul objectif de négocier des accords électoraux avec la droite et de préserver ainsi leurs sièges et leurs carrières.

à suivre

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