Droit de vote des étrangers : le regard mi-amusé mi-atterré d’un démocrate

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Le droit de vote des étrangers, promesse de la gauche en 1981, 1988, 1995, 2002, 2007 et 2012 est reporté à ... plus tard

La mémoire est trompeuse. Avec le temps qui passe, elle déforme la réalité transformant souvent les faits en souhaits, rapprochant les certitudes des croyances. Heureusement François Hollande est un président qui ne nous demande pas tellement d’efforts, en tout cas en matière de mémoire. Les reniements sont si proches des promesses qu’il ne faut pas revenir en arrière de quelques années mais seulement de quelques mois parfois de quelques semaines. Des reniements qui risquent de fâcher de manière définitive les citoyens avec la démocratie et qui nous annoncent, j’en ai peur, des lendemains bien sombres.

Droit de vote des étrangers de la promesse d’une réforme à celle d’un référendum

J’avais ici même abordé de front la question de la promesse de François Hollande concernant le droit de vote des étrangers et ce à deux reprises. La première fois, le 25 avril 2012. Cet article visait à expliciter d’une part le champ d’application de la promesse du candidat socialiste, champ particulièrement restreint grâce à la phrase « sous mesure de réciprocité » ; et d’autre part les conditions d’adoption d’une telle réforme. Dans son programme, François Hollande ne parlait pas de référendum mais d’adoption parlementaire. J’expliquais alors que pour avoir une chance de faire voter ce texte la gauche devait obtenir 65 % des sièges à l’Assemblée nationale et se doter d’une majorité équivalente à celle de 1981. Je proposais alors cette conclusion digne d’un don divinatoire « Dans le cas contraire François Hollande pourra dès le mois de juin dire aux Français : « le vote des étrangers aux élections locales, j’y suis favorable mais je ne dispose pas de la majorité pour le faire »… cette même phrase qu’il reprochait, hier soir sur TF1 [le 24 avril], à Nicolas Sarkozy d’avoir prononcée… ».

Le second article date du 3 mai 2012, au lendemain du débat entre les deux candidats au second tour de l’élection présidentielle. Il s’arrêtait sur une petite phrase du candidat socialiste qui disait en gros que s’il ne disposait pas de la majorité suffisante au Parlement, il soumettrait la réforme constitutionnelle aux Français par référendum. Là je me laissais aller à un peu d’agacement : « on tombe en pleine dramaturgie politico idéologique… Quand je pense à tout ce qu’on a pu entendre concernant le débat sarkozyste sur l’identité nationale … oser annoncer un référendum sur le droit de vote des étrangers alors que le FN est à son plus haut historique et emballer tout ça de deux déclarations sur la volonté de ne pas diviser les Français c’est malgré tout du foutage de gueule de grande ampleur ! ».

Ce que je ne pouvais imaginer c’est la capacité de Hollande au renoncement politique

Lors de sa conférence de presse du 13 novembre jugée « réussie » par la presse, François Hollande a enterré en une minute sa promesse de campagne : « je ne dispose pas de la majorité pour le faire » (tiens ça me rappelle quelque chose…) et concernant le référendum  « Présenter un texte avec le risque de diviser les Français pour au bout du compte ne pas le faire passer : je m’y refuse. (…) J’ai dit au gouvernement, aux responsables de groupes parlementaires, de travailler pour constituer cette majorité. Quand cette majorité sera envisagée, je prendrai mes responsabilités. Mais pas avant. ».

Ces arguments sont tout à fait convainquant mais, comme ce blog l’a démontré dès le mois d’avril dernier, il était possible et souhaitable de les exprimer dès le début de la campagne : de ne pas annoncer de référendum alors que nous savions tous que c’était soit un gros mensonge soit la démonstration éclatante d’une réelle incompétence ; de dire clairement qu’il était peu probable que la gauche dispose d’une majorité parlementaire pour voter la réforme plutôt que de faire comme si cela allait être possible.

Le gros mensonge de Najat Vallaud-Belkacem

Najat Vallaud-Belkacem à l'Elysée

On a beau trouvé talentueuse et charmante Najat Vallaud-Belkacem, la porte parole du Gouvernement, il y a néanmoins des façons de nous prendre pour des cons qui sont vraiment insupportables même si l’on sait tous que plus un mensonge est énorme et plus il a des chances de passer…

Nous n’avons jamais parlé de calendrier pour le droit de vote des étrangers” pendant la campagne présidentielle. C’est ce qu’a affirmé Najat Vallaud-Belkacem mercredi matin lors du traditionnel point presse suite au conseil des ministres. Le Lab d’Europe 1, probablement estomaqué par un tel culot, s’est saisi de l’affirmation pour la démonter. (Retrouvez l’intégral de l’article du Lab d’Europe 1 en suivant le lien)

Ainsi, invité du plateau des Quatre vérités, sur France 2, le 25 avril, François Hollande avait suggéré que le droit de vote des étrangers soit adopté en 2013 pour qu’il soit applicable aux élections municipales de 2014 :  « Il n’y a pas d’échéance particulière, mais je dirais en 2013, avant les élections de 2014, puisqu’il y a des élections locales en 2014. » Vous pouvez écouter François Hollande dans la vidéo ci-dessous à 6’05” Mais si vous le voulez bien, je vous encourage à tenir encore 20 sec jusqu’à 6’25’’ pour entendre le candidat Hollande fustiger Nicolas Sarkozy qui renonçait à faire voter cette réforme parce qu’il « ne disposait pas de la majorité » … « incohérence » lâche François Hollande et alors que le journaliste lui dit mais les circonstances ne sont plus les mêmes qu’en 2008, le futur président prononce la phrase magique : « mais qu’est ce qui a changé ? il était président … c’est le même pays c’était possible en 2008 et ca ne le serait plus en 2012 ? ca prouve là encore une incohérence ! » no comment… Le labs d’Europe 1 cite également le calendrier de la réforme du Parti socialiste où l’on retrouve le droit de vote des étrangers (mesure 34) juste après le mariage gay …

2 thoughts on “Droit de vote des étrangers : le regard mi-amusé mi-atterré d’un démocrate

  1. Jules Verne contre le droit de vote aux étrangers extra-européens.
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    Dans “Deux ans de vacances” de Jules Verne, un naufrage jette une quinzaine d’adolescents sur une île déserte. Ils votent pour savoir lequel prendra la direction des opérations. Parmi eux il y a un noir, un seul, Moko, dont il faut préciser que c’est un garçon qui a la confiance de tous, et qui la mérite. Mais quand il s’agit de passer au vote :
    « C’était dans l’après-midi qu’on allait procéder au scrutin. Chacun devait écrire sur un bulletin le nom de celui pour lequel il entendait voter. La majorité des suffrages en déciderait. Comme la colonie comptait quatorze membres — Moko, en sa qualité de noir, ne pouvant prétendre et ne prétendant point à exercer le mandat d’électeur —, sept voix, plus une, portées sur le même nom, fixeraient le choix du nouveau chef. » (Chapitre XVIII.)

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