Un autre regard sur l’huile de palme, derrière la santé les gros sous des agriculteurs français

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la déforestation liée à l'huile de palme
la déforestation liée à l’huile de palme

Le Sénat a adopté en 2012 l’amendement “Nutella” qui augmente la taxation sur l’huile de palme, dans le cadre de l’examen du projet de budget de la Sécurité sociale pour 2013. Cet amendement, voté par 212 voix contre 133, institue une contribution additionnelle de 300 euros la tonne à la taxe spéciale prévue sur les huiles de palme, de palmiste et de coprah destinées à l’alimentation humaine, en état ou après incorporation dans tous les produits, dont le Nutella. cet amendement n’est pas encore définitif puisqu’il doit être dans la version définitive de la loi qui elle même doit être votée en termes identiques par les deux assemblées qui composent le Parlement.

Pour autant l’amendement aura eu le mérite de remettre l’huile de palme sur le devant de la scène

L’huile de palme est l’huile la plus produite au monde. On en trouve partout. Un tiers de nos produits de consommation courante en contiennent, selon un rapport de l’ONG écologiste WWF. Dans les aliments, comme les barres chocolatées, le Nutella donc, mais aussi les chips, la margarine… La France consomme 126 000 tonnes d’huile de palme à usage alimentaire chaque année, ce qui revient à 2 kg par Français par an ! On en trouve aussi dans les savons, shampoings, cosmétiques et les agro-carburants. (source Libération)

L’huile de palme : pourquoi c’est mauvais pour l’environnement ?

Voyez vous, bien qu’originaire d’Afrique de l’Ouest, le palmier à huile est principalement cultivé en Indonésie et en Malaisie. C’est ainsi que les surfaces des plantations ont doublé en Malaisie et quintuplé en Indonésie entre le début des années 90 et la fin 2010. Le principal impact de cette culture est que plus de la moitié des plantations de palmiers à huile se fait à la place des forêts. Il y a de nombreuses inquiétudes sur les graves conséquences de cette culture sur la biodiversité, la dégradation des sols, les populations locales, le droit foncier, et bien d’autres. Le développement de nouvelles plantations a résulté dans la transformation de grandes étendues de forêts à valeur écologique élevée et a menacé la riche biodiversité de ces écosystèmes.  La production d’huile de palme menace l’habitat de l’ourang outan. En 1900 sa population était d’environ  315 000. Aujourd’hui moins de 50 000 vivent à l’état sauvage  en petits groupes et leur chance de survie à long terme est très faible. Les scientifiques s’accordent pour dire que l’ourang outan est la première victime de l’industrie de l’huile de palme et cette espèce sera exterminée d’ici douze ans si la destruction de leur habitat se poursuit.

C’est un fait, à cause de sa forte rentabilité, la culture de l’huile de palme s’intensifie de façon disproportionnée, les forêts tropicales sont détruites pour laisser place à la monoculture de l’huile de palme. S’ensuit alors la perte d’une biodiversité incroyable: faune et flore tropicales sont en voie d’extinction. La monoculture intensive pollue et appauvrit les sols, appauvrissant par la même occasion les populations locales. Certains défenseurs de l’environnement prédisent que dans les 15 prochaines années 98% des forêts tropicales d’Indonésie et de la Malaisie auront disparu à moins que des mesures draconiennes ne soient mises en place pour trouver des moyens pour produire l’huile de palme de façon durable. L’expansion des plantations d’huile de palme a bien souvent provoqué des conflits sociaux entre les communautés locales et les initiateurs de développement.

L’huile de palme : pourquoi c’est mauvais pour la santé ?

Selon les défenseurs de l’amendement, cette huile contient 50% d’acides gras saturés, responsables entre autres du cholestérol. elle serait donc responsable de notre mauvais état de santé et au cœur de nos mauvaises habitudes alimentaires. Pour autant, Jean-Michel Lecerf, chef du Service Nutrition à l’Institut Pasteur de Lille tempère la critique: ” le beurre en contient 65% [des acides gras saturés]. On ne peut pas dire que l’huile de palme soit dangereuse en tant que telle pour la santé mais comme tout aliment il ne faut pas en abuser.”

et c’est tout? oui chers lecteurs pour la santé c’est tout … donc on peut imaginer qu’il s’agit d’un amendement “écologiste” caché derrière une apparence de “défense de la santé publique”… on peut le penser sauf que la presse africaine elle y voit surtout un amendement “protectionniste” caché derrière un amendement “écologiste”. C’est l’objet d’un très bon article d’Adrien Hart publié dans Slate Afrique dont les extraits apparaissent en italique.

La proposition d’un sénateur socialiste français jusqu’à présent inconnu, Yves Daudigny, de surtaxer (+300%) l’huile de palme a eu en Afrique l’effet d’un éléphant entrant en trombe dans un magasin de porcelaine fine… Et, lorsque le texte a été adopté ces derniers jours par la commission des Affaire sociales du Sénat français, c’est une véritable bombe qui a secoué le secteur. Si la France adopte définitivement cette surtaxe, et surtout si elle est suivie par d’autres pays occidentaux, c’est l’ensemble de la filière qui sera impactée au niveau mondial. 

Dès le 25 octobre, l’Initiative for Public Policy Initiative (IPPA), un groupe de réflexion du Nigeria, a écrit à plusieurs responsables de grandes surfaces françaises pour protester contre la «campagne menée par des détaillants français contre les petits exploitants africains d’huile de palme» : «Vous avez fait chuter leur revenu, critiqué leur moyen de subsistance et injustement nui à la réputation du produit qu’ils cultivent», accusent les auteurs de la lettre ouverte. Ils rappellent qu’elle est l’huile alimentaire «la plus abordable et la plus largement commercialisée au monde» et constitue l’huile au meilleur rendement mondial par surface cultivée. Ce qui signifie que l’huile de palme, uniquement produite dans les pays tropicaux, menace moins les forêts que le tournesol et le colza, notamment cultivés en France et plus particulièrement dans … l’Aisne, terre d’élection du fameux Yves Daudigny…

L’agriculture est l’une des cartes maîtresses de l’économie du département en question. L’Aisne dénombre au total près de 6 100 exploitations, d’une surface moyenne de 82 hectares. La production agricole se répartit en valeur entre 80% pour  les végétaux et 20% pour les animaux. Elle se caractérise par les cultures de céréales, de betteraves, de pommes de terre mais aussi de différents légumes, alimentant en aval une industrie agroalimentaire puissante.

En d’autres termes on commence à se demander si derrière les questions légitimes de santé publique et de préservation de l’environnement on ne se trouverait pas derrière l’action d’un bon gros lobby agroalimentaire …

L’IPPA assure que l’huile de palme n’est pas néfaste pour la santé. Au contraire, riche en nutriments, avec des taux très élevés en vitamines A et E, elle est d’un apport essentiel aux populations pauvres, rurales comme urbaines, notamment en Afrique. Les auteurs de la missive enflammée placent même la France devant ses contradictions, en soulignant que l’Agence française de développement (AFD) avait récemment appuyé la plantation au Ghana de 3.000 hectares de palmiers à huile pour aider 750 petits exploitants.

Les écologistes ont raison. Il est important de défendre la biodiversité, l’habitat des chimpanzés et des papillons. L’avenir de notre planète passe par la défense de l’environnement. Et la vigilance reste de mise face à des multinationales qui pratiquent la course au profit immédiat et la politique de la terre brûlée. Mais l’Afrique ne doit pas être la «réserve naturelle» des Occidentaux, hyperindustrialisés, dévorés par un immense sentiment de culpabilité post-colonialiste et brusquement passionnés par l’écologie dans les pays du Sud. Le continent africain doit rapidement se développer pour tirer de la pauvreté des centaines de millions d’habitants.

Oui, l’Afrique devra couper des arbres. Comme l’ont fait avant elle l’Europe, les Etats-Unis et la Chine lors de leurs révolutions industrielles. Mais il ne faudra pas en couper trop. La tant vantée «sagesse africaine»  sera mise à contribution.

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