un bras de déshonneur

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L’ancien ministre UMP de la défense était l’invité de l’émission “Preuves par 3” sur la chaîne parlementaire, mardi 30 octobre, pour débattre de l’ouverture du mariage aux homosexuels, auquel il est farouchement opposé. A la fin de l’émission, une fois le générique lancé et les micros coupés Gérard Longuet lâche un vibrant bras d’honneur en direction de la journaliste. Si certains ont pu croire dans un premier temps que le bras d’honneur était destiné aux homosexuels il s’agissait en fait d’une réponse personnelle à la publication d’une dépêche de l’AFP, indiquant que l’Algérie demandait une “reconnaissance franche des crimes perpétrés par le colonialisme français”.

Découvrant que ce geste qui se voulait privé était instantanément devenu public, le sénateur UMP a souhaité rapidement l’expliquer mais pas l’excuser puisqu’il l’assume pleinement. “Ce n’était pas un geste de communicant mais un geste personnel d’un homme indigné”, a-t-il encore affirmé. “Je ne renie rien”, a-t-il déclaré à BFM TV mercredi, précisant qu’il s’agissait d’un geste “populaire”, donné “de bon cœur”. En effet, selon l’ancien ministre,  “la France n’a pas à avoir honte de sa présence en Algérie pendant la colonisation, en tout cas c’est ma conviction. Refaire l’histoire, cent quatre-vingt-deux ans plus tard, ne permet pas d’aller de l’avant. Je souhaite une relation apaisée entre la France et l’Algérie, mais cela paraît impossible si à chaque fois que l’on se rencontre, on refait le procès de la colonisation.”

Bien sur, un tel geste à un mois de la visite officielle de François Hollande à Alger n’augure rien de bon pour l’avenir des relations franco-algérienne et cela malgré la reconnaissance officielle par le Président de la République de la responsabilité collective de la France dans la répression de la manifestation algérienne du 17 octobre 1961 à Paris. C’est justement en réponse à cette reconnaissance que le Gouvernement algérien a répondu par un “bien mais peut mieux faire”, exigeant de la France une reconnaissance globale des crimes induits par la présence française en Algérie de 1830 à 1962.

Comme souvent avec ce personnage la réaction de Gérard Longuet est disproportionnée, émotive et d’une vulgarité sans borne, peu adaptée au statut d’homme public et d’élu de la République. Je dis bien “comme souvent” car le sénateur de la Meuse est un habitué du dérapage incontrôlé.  En 2008 il déclarait  « C’est extrêmement réjouissant de savoir que l’on promeut en effet des formes nouvelles de sexualité dans l’école et qu’on combat en même temps la pédophilie… Il y a quand même un moment où il faut savoir sur quelles valeurs on s’arrête… » « Qu’il y ait un lien entre homosexualité et pédophilie, ça peut arriver. Notamment dans des écoles catholiques, on a pu voir ça »…Cela ne l’empêchera pas de devenir un an plus tard président du groupe UMP au Sénat puis ministre de la défense de Nicolas Sarkozy en 2011…

Sur le fond par contre et malgré les légitimes cris d’orfraie de nos hommes politiques j’ai bien peur que M. Longuet ne résume en un geste court et précis le sentiment général de nos compatriotes par rapport à toutes ces histoires d’excuses et de regrets… Pensez donc la plupart des Français seraient incapables de distinguer une photo du général de Gaulle d’une autre de François Mitterrand. Ils ne s’intéressent plus à l’Histoire que quand elle est délayée dans une soupe larmoyante sentimentale qui noie en un instant les faits historiques au profit du pathos. Auto-flagellation et culte de l’échec sont au coeur de toute réaction publique depuis 1871 quand la République née de la défaite a compris que sa légitimité pouvait se régénérer dans la souffrance et la mauvaise conscience de manière plus efficace que dans la célébration des succès et de la grandeur. C’est ce jour qu’on se met à célébrer les défaites et les héros mortifères tels que Vercingétorix.

Le peuple Algérien lui même élevé au biberon de la propagande FLN veut un bilan de la colonisation française. Il veut voir un président français reconnaître les larmes aux yeux que la population arabe a été plongée dans l’esclavage en 1830 et que les ancêtres des Pieds-noirs mangeaient les enfants arabes à leur naissance. Le conte des milles et une nuit de l’indépendance algérienne serait donc à réécrire encore et toujours pour légitimer une nation qui aujourdhui encore se cherche une origine, une histoire, une vie commune.

Alors je dis oui. Écrivons l’histoire de l’Algérie mais faisons le comme des historiens, sans légende et sans pathos. Reconnaissons les crimes induits par tout acte colonial puisque la colonisation elle même est un crime mais inscrivons les dans l’histoire de toutes ces terres et de tous ces peuples que l’Histoire a rassemblé au 19ème siècle sous les noms d’Algérie et d’Algériens. Que cette histoire soit écrite par des historiens qui ne soient ni Français, ni Algériens. Qu’on évite les historiens politiquement engagés. Pas d’héritier de Paul Leroy-Beaulieu mais pas d’Olivier Le Cour Grandmaison non plus. Qu’ils nous disent ce qui s’est réellement passé, ce qui s’est peut être passé et ce qui doit rester dans les livres des fables portées par les uns ou les autres. Qu’on dresse un bilan de l’Algérie en 1962 en comparant l’état du pays avec celui de ses voisins immédiats… et qu’on fasse de même pour les 50 années qui suivirent, celles de la liberté, de la maturité, de l’indépendance…

Je ne cesse de m’étonner de constater cette relation étrange entre la France et l’Algérie qui sont les deux seules nations au monde à parler encore aujourdhui de la colonisation. Pas un journal indien pour invectiver le colonialisme Britannique qui coûta tant de vie par exemple à Lucknow; par un chef d’État sud américain qui ne fasse des câlins au roi d’Espagne , pas un président américain qui ne reconnaissent le Royaume-Uni comme son principal allié en Europe; pas un chinois pour rappeler à l’Angleterre et la France les crimes de la guerre de l’opium… Mais l’Algérie, elle, n’arrive toujours pas à avancer sur son propre chemin sans se retourner à chaque fois qu’elle trébuche pour dire “c’est la faute de la France”. La misère, l’inégalité, la corruption, l’islamisme, la dictature communiste des années 70, l’autocratie militaire des années 2000… tout est de la faute de la France en Algérie alors même que le Maroc et la Tunisie dotés de moins d’avantage et de richesses naturelles parviennent à s’offrir des régimes démocratiques et à se construire un avenir.

Aujourdhui plus qu’hier encore  l’Algérie n’a pas besoin de nos excuses et encore moins de nos insultes. C’est un grand pays dans tous les sens du terme qui plongé dans les vicissitudes du XXIème siècle doit trouver à toutes ses composantes un destin commun. La haine de son passé n’est pas un destin, c’est un mouroir.

 

 

 

2 thoughts on “un bras de déshonneur

  1. via twitter
    Que dire d’autres de ces abrutis sans cervelles. Collard, Longet : les gens honteux de la politique Frannçaise

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