Borloo l’introuvable

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Jean-Louis Borloo

Chacun le sait désormais, selon l’expression consacrée par Edgar Faure, ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent. Force est de reconnaitre que l’auteur de ces quelques mots était un spécialiste en la matière et probablement la personnalité la plus significative du “centre-droit” à la française. En l’espace de 42 années de vie publique il adhèrera à pas moins de 6 partis politiques différents virevoltant au gré des régimes, des crises ministérielles et d’intérêts particuliers bien compréhensibles.

Edgar Faure “ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent”

edgar Faure

Edgar Faure est un homme à part  et résumer son parcours de manière compréhensible est un tour de force que je vais tenter de réaliser sous vos yeux ébahis ! battu à Paris aux législatives de 1945, il tente d’obtenir l’investiture du MRP (parti centriste) dans le Puy-de-Dôme sans succès. Il rejoint alors le Parti républicain, radical et radical-socialiste et est élu en 1946. En 1952, il est pour la première fois président du Conseil, pour quarante jours … 40 jours durant lesquels il pose vingt fois la question de confiance à l’Assemblée… Ministre des Finances de Joseph Laniel (centre-droit) puis de Pierre Mendès France (centre gauche) il succède à ce dernier à la Présidence du Conseil mais en 1955 la dissolution de la Chambre qu’il suggère au président Coty en vue de prendre de vitesse le centre gauche est un échec retentissant… il est exclue du parti radical et fonde son adhère au groupe “Rassemblement des gauches républicaines” qui contrairement à ce que son indique est un mouvement parlementaire de centre droit ancêtre du RDSE existant actuellement au Sénat … De ce groupe parlementaire il crée un parti politique qu’il préside. En 1958 il réintègre le parti radical, soutien le retour du Général de Gaulle mais vote non en 1962 au référendum avant de revenir dans le giron gaulliste de la droite républicaine en 1965, un retour récompensé par un poste de ministre dans le gouvernement de Georges Pompidou et qui se solde par sa démission du parti radical… et son adhésion à l’UDR, parti gaulliste de l’époque.

En 1977 il réadhère au Parti radical et se présente à sa présidence contre Jean-Jacques Servan-Schreiber, qui l’emporte. Il rejoint le RPR de Jacques Chirac. En 1979, il démissionne du groupe RPR de l’Assemblée nationale et se présente sur la liste UDF aux élections européennes …. il est élu sénateur en 1980 (non-inscrit puis Gauche démocratique), soutient Valéry Giscard d’Estaing (UDF) à l’élection présidentielle de 1981 et Jacques Chirac (RPR) à celle de 1988. Maire de Port-Lesney dans le Jura pendant 29 ans, de Pontarlier dans le Doubs pendant 6 ans et président de la région Franche-Comté pendant 9 ans, il est enterré au Cimetière de … Passy, à Paris.

Jean-Louis Borloo la réincarnation de la girouette…

Nicolas Sarkozy pendant la campagne présidentielle de 2012 avec Jean-Louis Borloo

Contrairement aux apparences Jean-Louis Borloo a de nombreux points de convergences avec Edgard Faure et le premier est l’inconstance. En 20 ans de politique et 30 ans de vie publique l’homme à la crinière avinée est passé par pas moins de 5 partis politiques. Avocat de Bernard Tapie dans les années 80, il est élu maire de Valencienne en 1989 avec le soutien de Jacques Chirac (RPR), il fonde Génération écologie avec Brice Lalonde en 1990 et se présente aux élections européennes de 1990 sous l’étiquette … UDF. Aux élections régionales de 1992 il est tête de liste UDF-RPR contre notamment une liste … Génération écologie. Il se présente pour devenir président du Conseil régional du Pas de Calais souhaitant constituer une majorité allant (je cite) de la « droite modérée » aux« socialistes modernistes ». Il n’obtient finalement que les suffrages des conseillers RPR, UDF et … FN. En 1993 il est élu député DVD mais siège dans un groupe trans-partisan regroupant des élus divers droite et divers gauche qui veulent promouvoir un dépassement de l’antique clivage gauche-droite…

En 1997 il est réélu député cette fois sous l’étiquette “Force démocrate” le mouvement de François Bayrou dont il soutien la candidature à l’élection présidentielle de 2002 contre Jacques Chirac avant d’accepter de ce dernier un siège de ministre. Il quitte alors l’UDF de Bayrou au profit de l’UMP où il siège en tant que nouveau membre du parti radical valoisien. En 2007 il devient le numéro 2 du Gouvernement de Nicolas Sarkozy espérant jusqu’au bout que le président finirait par le nommer Premier ministre. Une fois cet espoir abandonné il quitte l’UMP avec son parti radical et au lendemain de la défaite de la droite aux élections de 2012 il constitue l’UDI sur les ruines du centre droit …

… au service d’un destin introuvable

Borloo se rêve souverain sans jamais osé prendre le risque de l’échec. Chacune de ses candidatures est calculée mille fois pour éviter le moindre risque de rejet et quand le vent se lève, Borloo et ses courageux spadassins de la droite libérale rentrent vite au bercail, bien au chaud sous les dorures de la République. Borloo Ministre pendant 8 ans et demi sous Chirac et Sarkozy se rêve en Sultan du centre, un  peu à la manière de Le Pen. Un roi sans couronne ni contrainte en un royaume dirigé par les autres mais où le peuple l’adule lui, le souverain révolté… Borloo se rêverait presque en Prince Charles de la droite française, si seulement le président fantoche de l’UMP acceptait de bien vouloir être une vieille reine bigote.

Il hésite, se lance et se retire le brave homme… la présidentielle de 2012 : il se lance et se retire face aux curseurs des sondages bloqués sur un résultat inférieur de moitié à celui de François Bayrou; les élections municipales de 2014 à Paris : il se prépare mais se retire une fois qu’il réalise que la victoire est désormais mathématiquement impossible … le courage au service des idées …

A ce jeu d’incertitudes politiques rien n’échappe à Jean-Louis Borloo, pas même Le Pen

au cœur de la droite

L’air de rien Borloo s’amuse de la crise au sein de l’UMP. Il fonde la légitimité de sa fédération centriste sur la dénonciation de la dérive frontiste du parti conservateur français. Il se lâche et dénonce à haute voix les marchands de « peur » de l’UMP pour mieux mettre en valeur  ses propres  «valeurs» : «d’humanisme» et «de respect de l’autre». Il a la mémoire qui flanche Jean-Louis… il en oublierait son alliance de raison avec le FN lors des élections régionales de 1998. une alliance qu’il travaillait depuis bien longtemps. Interviewé en 1993 par l’hebdomadaire Minute sur la question des «alliances avec Le Pen », il avait ainsi répondu : « Personnellement, j’ai des rapports corrects avec les gens du FN de ma région, et je ne serais pas contre. Mais s’il devait y avoir des alliances il faudrait que toute la droite suive.» … humanisme donc ….

Mais qu’importe finalement si l’on savait simplement d’où vient le gaillard et où il souhaite aller. Comment se fier à l’homme qui condamne Nicolas Sarkozy et sa présidence trop “droitière” mais qui participe ensuite à la campagne présidentielle la plus à droite de toute l’histoire de la Vème République au service du même Nicolas Sarkozy? Comment passer de “l’homme du centre” à la promotion d’une candidature de Bernard Tapie aux élections municipales de Marseille sous la bannière violette de l’UDI?

Jean Louis Borloo est à la République ce que le Général Boulanger était à la dictature : un fanfaron incapable de se mettre totalement au service de ses ambitions (personnelles et nationales), un faiseur d’ambitions plus adepte des clubs de gentlemen que des combats de coqs. Il est sympathique et talentueux… quel dommage que malgré son manque d’envergure il ne comprenne toujours pas le sens du mot “convictions”.

6 thoughts on “Borloo l’introuvable

  1. via facebook
    Et ben voilà, je me sens moins seule. Merci itsgoodtobeback d’apporter de l’eau à mon moulin.

  2. via twitter
    “Ce n’est pas la girouette qui tourne, c’est le vent”, telle pourrait être la devise de Borloo en lisant sa biographie!

  3. via facebook
    En effet, les UDI sont pour la plupart des gens de droite pas très courageux, qui avancent masqués sous la bannière “centriste”, qui veulent se donner bonne conscience en se proclamant humanistes et sociaux, qui veulent préserver leurs petits postes d’élus en négociant avec leur partenaire UMP qui reprend de plus en plus le contenu politique du FN, qui n’ont pas dénoncé les dérives du sarkozysme (discours de Dakar, de Grenoble, de Toulouse sur les frontières etc.). Le soutien de Patrick Devedjian par l’UDI, ancien activiste d’extrême droite “Occident” avec Gérard Longuet, qui a traité Anne-Marie Comparini (UDF) de “salope”, ne fait que conforter ma vision de ces gens. Très peu pour moi !

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