Et pourtant je marche : première partie La Liberté

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Je suis un garçon sage, élevé au lait de la République, dans le respect de ses institutions et de ses principes. La République est à mes yeux concentrée dans l’expression de la volonté démocratique dont le seul moyen d’expression légitime est le bulletin de vote. Ainsi je n’ai jamais renoncé, sous quelque forme que ce soit à exercer ce droit et je n’ai par la suite jamais contesté la légitimité de nos gouvernants. J’avoue, c’est peut être là ce qui m’exclue de la gauche, la contestation de la République des urnes par la République de la rue m’insupporte au plus haut point. Ceux qui passent leur vie à descendre dans la rue pour remettre en cause la politique choisie librement par nos concitoyens au moment des élections sont, à mes yeux de républicain, des opposants à la démocratie et non pas ses défenseurs.

Et pourtant je marche

L’hiver parisien prendra des couleurs dimanche 16 décembre. Il prendra les couleurs du combat millénaire pour l’égalité. Et dimanche prochain je participerai à ma première manifestation politique en dehors des périodes électorales. Je marcherai de la place de la Bastille à celle de l’Opéra. Moi aussi je réunirai ces deux mondes a priori inconciliables, du symbole des révolutions à celui de l’Empire triomphant.

Le mariage pour tous, version politiquement correct du droit au mariage et à l’adoption pour les couples homosexuels n’est pas un sujet communautariste, ce n’est même pas un sujet de société, c’est une question de principe. La République française a pour devise « Liberté, Egalité, Fraternité ». En son cœur ce mot, Égalité, résonne encore faux à mes oreilles. Le 16 décembre ne sera pas une manifestation “homosexuelle”. Ce sera une manifestation de citoyens de toutes les origines, de toutes les identités et de toutes les préférences sexuelles qui viendront dans la rue non pas contester la démocratie mais la conforter. Ils viendront dans la rue rappeler ses engagements au Président de la République.

Je respecte totalement les peurs et les réticences de celles et ceux qui refusent d’accepter ce qui n’est non pas une évolution sociologique mais la juste reconnaissance de ce qui a toujours existé. Il n’y a pas davantage d’homosexuels aujourd’hui… ils ne sont tout simplement plus obligés de se cacher n’étant plus susceptibles de poursuites pénales !

La « liberté » n’a pas été accordée en un jour…

C’est la Révolution française qui a dépénalisé l’homosexualité en tant que telle par la promulgation du Code pénal de 1791. Cette liberté juridique elle a été maintenue par tous les régimes au XIXème siècle. Elle est même officiellement reconnue par Napoléon Ier dans le code civil du 21 mars 1804 ou “Code Napoléon“. Il y est inscrit que la majorité sexuelle est fixée à 15 ans pour les hétérosexuels et à 18 pour les homosexuels.

Il faut attendre la seconde guerre mondiale pour que l’homosexualité soit à nouveau un délit en France et d’abord dans la zone occupée où s’applique le Paragraphe 175 du Code pénal allemand de 1871 interdisant les relations sexuelles entre hommes et qui sera la base juridique pour justifier la déportation d’homosexuels français.

 En 1942, pour la première fois depuis la Révolution, une loi introduisant une discrimination fondée sur le sexe des partenaires est adoptée. C’est l’amiral Darlan, alors chef du gouvernement, qui écrit : “Mon attention a été attirée sur une importante affaire d’homosexualité où se trouvaient compromis des marins et des civils […]. Les seules mesures de répression actuellement en mon pouvoir sont les sanctions disciplinaires contre les marins. La législation actuelle ne permet d’effectuer aucune poursuite contre les civils […]. L’impunité dont ils sont assurés encourage leurs agissements. Aussi je demande au garde des Sceaux s’il ne serait pas opportun d’envisager une procédure et un texte de loi permettant de poursuivre de la même façon les civils. “. L’homosexualité sera à nouveau réprimée en France. Une première depuis 1791. Pire encore ce texte fera partie de ceux qui seront maintenus par le Gouvernement de la Libération. Alinéa 3 de l’article 331 du Code pénal : “Sera puni d’un emprisonnement de six mois à trois ans et d’une amende de 60 FF à 15000 FF quiconque aura commis un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe mineur de vingt et un ans”.

Le 18 juillet 1960, l’amendement du député UNR de la Moselle, Paul Mirguet, classe l’homosexualité “fléau social” et donne au gouvernement le droit de légiférer par décret pour la combattre (4° de l’article unique de la loi n° 60-773 du 30 juillet 1960 autorisant le Gouvernement à prendre, par application de l’article 38 de la Constitution, les mesures nécessaires pour lutter contre les fléaux sociaux). Ce sera chose faite à l’article 2 de l’ordonnance n° 60-1245 relative à la lutte contre le proxénétisme  qui complète l’article 330 du code pénal par un alinéa prévoyant une aggravation des peines encourues pour outrage public à la pudeur, lorsqu’il consistera en un acte contre nature.

Le combat pour la « Liberté » sera gagné en une seule manche par l’élection de François Mitterrand qui impose à sa majorité la loi n° 82-683 du 4 août 1982 abrogeant le deuxième alinéa de l’article 331 du code pénal ramenant les homosexuels à la liberté de fait reconnue par le code pénal de 1791.

Ainsi donc les citoyens français avaient dès lors le droit d’être homosexuels mais pas encore les mêmes droits que les hétérosexuels. Commençait alors le combat pour l’égalité….

à suivre “Et pourtant je marche : deuxième  partie L’égalité”

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