Un regard sur 2012 : la démocratie en échec

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Le revoilà, ce moment qu’on aime tant détester … le réveillon sorte de fantasme collectif où chacun est heureux de conclure une année et d’ouvrir la suivante avec du champagne, des sourires et des tonnes d’espoirs plus ou moins feints. L’année dernière, à l’heure du bilan j’écrivais qu’il ne saurait être question de faire un choix entre blanc et noir et pourtant disons le 2012 n’a pas été à la hauteur de mes espérances malgré mon gout marqué pour les teintes de gris … j’ai choisi cette année quelques thématiques qui répondent en écho à celles de l’année dernière…

Souvenez vous, 2011 fut l’année des printemps arabes, de ces révoltes saluées voire accompagnées par l’Occident au service de la démocratie dans de nombreux pays de culture et de tradition arabe. De la chute de Ben Ali au procès d’Hosni Moubarak ; de l’assassinat de Mouamar Kadhafi aux révoltes avortées dans les monarchies du Golfe  nous avons vibré face à cette accélération de l’histoire qui marquait la volonté des peuples arabes de se saisir de leur destin et puis il y a eu 2012.

Morsi, Moubarak les deux faces d'un même système

Il y a eu l’accession au pouvoir des islamistes en Tunisie et en Egypte. Il y a eu ce président Morsi qui impose une théocratie au peuple égyptien tout en respectant les apparences électorales de la démocratie… Et pourtant, l’affrontement politique qui a marqué les derniers mois au Caire n’est que l’ultime reflet d’un passé qui s’achève, le dernier épisode d’une succession de phases d’affrontements et d’accommodements entre militaires et islamistes. Le nouveau régime à peine installé est déjà dépassé.  Le pays bouillonne d’autres forces politiques, celles de la place Tahrir, qui commencent à s’organiser et démontrent semaine après semaine que l’espoir démocratique des Égyptiens n’est pas encore étouffé. Quand un seul homme continue à hurler dans la nuit et que malgré les sévices et les humiliations il poursuit ce combat alors l’espoir n’est pas mort. En cette fin d’année 2012, au Caire, ce combat à un visage, celui d’Albert Saber.

En 2012, la Libye a connu sa première année de démocratie ou plutôt sa première année sans Mouamar Kadhafi et pourtant c’est l’année où un consulat américain est pris d’assaut et un ambassadeur occidental lynché par la foule. Bégaiement de l’histoire, un président démocrate est confronté à quelques semaines de sa réélection à une crise sans précédent dans un pays qu’il a contribué à libérer d’un dictateur pour le livrer à la démocratie, et comme à chaque fois dans ce cas, à l’islamisme. L’ambassadeur des Etats-Unis en Libye, Christopher Stevens, et trois fonctionnaires américains ont été tués mardi 11 septembre, jour pour le moins symbolique, dans l’attaque du consulat de Benghazi, en Libye. Les assaillants auraient agi en marge de manifestations contre un film jugé offensant pour l’islam. Il s’agit d’un long métrage intitulé « Innocence of Muslims » (« L’Innocence des musulmans ») et réalisé par l’Israélo-Américain Sam Bacile, pour qui « l’islam est un cancer » selon le « Wall Street Journal ».

la Libye s'abandonne à l'islamisme

2012 aura donc été l’année des peuples enfants qui remplacent des vieillards à la tête des Etat.  2012 aura néanmoins été l’année de la sauvagerie, elle s’est désormais simplement retournée vers nous en se drapant de la liberté comme justification ultime. C’est là l’effet habituel et traditionnel des politiques menées par les bonnes âmes charitables de l’universalisme. Une politique de domination intellectuelle et sociale qui veut apporter les lumières de la liberté aux peuples jugés, en fait, inférieurs et qui se faisant reprend toute la dialectique de la colonisation du 19ème siècle en la rendant bien pensante et égalitariste. J’écrivais il y a quelques mois “J’aimerais tellement que désormais on n’oublie pas ce qui se passe aujourd’hui à Benghazi quand on parlera de la Syrie, de l’immonde Bachar et des gentils rebelles financés par le Qatar et l’Arabie Saoudite. J’aimerais qu’une fois, une seule, dans ces moments où l’émotion est grande, où la guerre parle et nous montre les chemins de l’horreur, les médias regardent les faits avec des cerveaux plutôt qu’avec des tripes et que nos dirigeants décident en fonction non pas de la réaction médiatique mais des intérêts fondamentaux du pays dont ils ont la charge.”

Alors que la Syrie est entièrement plongée dans une guerre civile auto-destructrice financée par des puissances étrangères je n’ai pas un seul mot à retiré au propos précédant.

Une chose tend à me rassurer : saurons nous faire pire en 2013 ?

5 thoughts on “Un regard sur 2012 : la démocratie en échec

  1. Enfin : relisant mon commentaire et ses coquilles aussi nombreuses que sur une plage lors de l’éclosion des œufs de tortues (mon iPhone a tenté d’écrire tordues), veuillez prendre en considération outre ma lobotomisation, mon effervescence rédactrice qui m’empêcha de relire tant la flamme de l’expression consumait mon besoin d’écrire… Anyway : oups !

  2. La fin de mon commentaire était le “monde est stone” et non drone comme mon smartphone pas si smart l’a écrit de lui-même. (ajoutez la déficience orthographique généralisée et la lobotomisation des masses via les tablettes svp)

  3. Oups ! Dieu sait que vous déflorer point n’est mon objectif. Désolé, même via mon smartphone je ne sais résister à l’addictive envie de vous répondre profusément. Mais je serai flatté de vous servir de plongeoir pour la rédaction fleuve de ce bilan !

  4. Chère hauteur,
    Consolez-vous donc en vous disant que la France tranche clairement avec ses états décadents et se montre à la hauteur du rôle qui est le sien, pays fer de lance de l’Egalité entre Hommes et de la tolérance. Entre Frigide Barjot, Copé/Fillon, les mains au chocolat (i.e. chocolatines), le soutien à la Grèce en crise dont les députes restent les mieux payés d’Europe, la prime de chauffage des employés du Sénat, l’inflation des frais de représentation de nos parlementaires en tant de crise, nos 36000 communes et le poids des rétributions de leurs élus, les exilés fiscaux à la fortune faite en France et aux contributions amenées dans les pardos fiscaux, le mépris de la différence qu’elle soit culturelle, sexuelle voire d’opinion, les aéroports d’un côté et les fermetures d’usine de l’autre, l’amitié franco-italo-russe, et j’en passe des Civitas et autres fleurons de notre morale éthique, la France, chère Hauteur, grâce à ses artistes engagés, grâce à ses politiques responsables, grâce à sa fiscalité souple et égalitaire, saura demain relever les défis mondiaux dont elle reste l’arbitre universel.
    N’allez pas regarder sans cesse outre-manche où les conservateurs légalisent le mariage pour tous, outre-Atlantique où la population demande plus de droits sociaux, en Inde où la plus grande démocratie mondiale aborde le tournant de la modernité sous l’œil vigilant du respect des traditions et de l’ouverture à l’autre. L’herbe n’y est pas plus rose, mais leurs politiques courageux apprennent des nôtres sinon de qui ?
    Non, franchement, nonobstons les détails tels que l’inflation endémique du chômage (voulu pour certains, désastreux pour d’autres) ou que l’arrêt des subventions des recherches de lutte contre le Sida qui sont les exceptions qui confirment la règle que notre Pays reste un exemple mondial à suivre !
    Le monde est en crise mais l’humain est exemplaire. Telle sera ma devise d’espoir bien justifié pour 2013.
    Haut les cœurs chère Hauteur, le monde est drone !

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