J’ai rencontré the Tall Man sur Facebook

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The Tall Man

Quand on aime la dispute au sens premier du terme c’est à dire quand on aime débattre âprement mais sérieusement d’un sujet alors on ne se lasse pas de ces heures passées aux terrasses de cafés à échanger, vitupérer et partager avec ses amis sauf qu’à un moment où un autre, comme dans toute relation amoureuse on finit par deviner le prochain mouvement, on connait l’argument qui fait mal ou celui qui pourra achever le débat sans qu’aucun progrès tangible ne soit observable dans la controverse. Alors on se lasse et on change, non pas d’amis, mais de sujets.

Facebook est une source intarissable de nouveaux camarades de jeu. Au détour d’une remarque sur la légalité de l’intervention au Mali vous pouvez entamer avec un parfait inconnu un long débat juridique sur le sens à donner à la vision du droit exprimée par Rudolf von Jhering à la fin du XIXème siècle sans pour autant vous prendre trop au sérieux car en parallèle vous vous plongez dans la page wikipédia correspondante pour éviter de dire trop d’âneries. En plus Facebook a un avantage de taille par rapport à Twitter c’est qu’on peut faire de longues phrases comme j’aime tant pour entrer dans les détails …

C’est ainsi que j’en suis venu à réagir à la phrase suivante rédigée par un certains L., contact d’un de mes contacts :

L: “Le problème de l’adoption est différent car on touche à la filiation de personnes qui ne peuvent donner leur avis: les enfants. Je considère qu’on a pas le droit de leur priver ab initio le droit de connaître un père et une mère surtout que ces enfants ont déjà perdu leurs parents biologiques souvent dans des conditions dramatiques (abandon, décés, voir même vente). Pourquoi pas l’adoption simple ?

A cela, allez savoir pourquoi je me suis senti obliger de répondre ” @L :à ce jour en France on peut adopter un enfant quand on est célibataire ce faisant on prive cet enfant du droit d’avoir une mère ou selon le cas un père et ça ne pose de problème à personne 1 papa sans maman ou une maman sans papa mais deux papa ou deux mamans cela deviendrait une atteinte aux droits des enfants… je n’arrive pas à bien suivre le raisonnement…

L: “La quasi totalité, voire la totalité, des célibataires qui adoptent se situent dans l’un des deux cas (voire les deux à la fois) suivants:1) La filiation est déjà établie de l’autre côté; 2) le célibataire par son adoption remplace un parent décédé. Ce système peut permettre d’ailleurs à des couples homosexuels d’adopter mais pas dés la naissance de l’enfant. Enfin il s’agit essentiellement d’adoptions simples. Donc rien à voir avec un bébé qui aurait dès le départ 2 papas ou 2 mamans.

moi : “Désolé L. mais de quelles statistiques officielles parles tu pour dire “la quasi totalité”? dans les faits il y a de nombreux (tout est relatif dans le mot) homosexuels qui adoptent en faisant croire qu’ils sont célibataires alors qu’ils sont en couple … et le problème de fond, l’incompréhension totale entre pro et anti réside dans ce point : on crée une différence entre les couples en fonction de leur orientation sexuelle. C’est cette discrimination (ce n’est pas un gros mot) dont nous demandons la fin… donc s’il faut un couple hétérosexuel pour adopter alors qu’on interdise aux homosexuels (opposé de hétéro) et aux célibataires (opposé de couple) d’adopter sinon c’est une discrimination fondée sur la sexualité et cela va si loin qu’aujourd’hui un célibataire qui déclarerait son homosexualité ne pourrait pas adopter … Il faut mentir pour bénéficier des mêmes droits et cela me rend triste pour un pays démocratique…

L: “Mais c’est vrai tu as raison. Peut-être que pour les adoptions dès l’origine devrait-on la réserver aux couples hétéros, non pas que les célibataires ou les homosexuels seraient incapables de s’occuper des enfants (nous voyons tous les jours le contraire), mais pour préserver l’égalité entre enfants et le droit de connaître un père et une mère même si par la suite le déroulement de la vie en décide autrement.

Et c’est exactement à cet instant que j’ai rencontré le Tall Man ! Peut être ne le savez vous pas mais le Tall Man c’est l’autre titre du film Jessica Biel de Pascal Laugier avec Jessica Biel et qui date de septembre 2012. En gros voici l’histoire : À Cold Rock, petite ville minière isolée des Etats-Unis, de nombreux enfants ont disparu sans laisser de traces au fil des années, et n’ont jamais été retrouvés. Chaque habitant semble avoir sa théorie sur le sujet mais pour Julia, le médecin dans cette ville sinistrée, ce ne sont que des légendes urbaines. Une nuit, son fils de 6 ans est enlevé sous ses yeux par un individu mystérieux. Elle se lance à sa poursuite sachant que si elle le perd de vue, elle ne reverra jamais son enfant.

ATTENTION dans la suite de ce post je vais lever le mystère sur la fin du film alors si vous voulez le voir surtout je vous conseille d’aller plutôt lire un autre de mes posts comme celui sur les pervers narcissiques !

En fait, dans ce film un groupe d’individus vole les enfants des familles pauvres et soi disant incapables de s’en occuper pour les donner à des familles aisées qui sauront leur donner un “vrai” avenir avec des cours de danse, les meilleures écoles et tout ce qui va avec. Le film met en scène la volonté de certains de dire qui a le droit d’élever un enfant et qui ne l’a pas et sans le savoir notre ami “L” a développé la même logique. S’il est “préférable” d’interdire aux homosexuels ET aux célibataires d’adopter où donc allons nous nous arrêter? qui fixera la limite morale à ne pas dépasser? Faut il par la suite interdire le divorce aux couples qui ont des enfants car reconnaissons le des parents qui divorcent c’est très perturbant pour des enfants… Doit on retirer les enfants à des parents isolés pour les donner à de bonnes familles équilibrées avec un papa et une maman parce qu’un enfant a DROIT à une maman et un papa ? Doit on limiter le droit de procréer pour le réserver aux couples mariés ou seulement aux couples qui ont les moyens raisonnables pour éduquer des enfants dans de bonnes conditions?

Encore une fois, qui fixe les limites et les règles et où exactement doit on s’arrêter dans cette logique ? Ces débats ouvrent des portes qui nous mènent bien au delà du conservatisme, dans des chemins dangereux et escarpés, ceux où l’État veut légiférer par l’interdit plutôt que par le droit. The Tall  Man c’est la destruction de la notion même de “famille”.

 

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