Je marche … mais en faveur du mariage pour tous

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L'égalité n'a pas de prix mais elle a un coût ...

J’ai lu avec beaucoup d’attention le texte de Benoit Virole dénonçant une inquiétante défaite de la pensée dans le débat sur le « mariage pour tous » et que j’ai re-publié sur le blog. Si vous l’avez raté c’est par là que vous le trouverez. Autant le dire tout de suite j’ai quelques points d’accord avec l’auteur. En effet, le modernisme, le progressisme ne sont pas l’apanage de la gauche et le conservatisme, qui n’est pas un crime mais une famille de pensée politique, n’est pas celui de la droite. Le débat sur le « mariage pour tous » transcende par ailleurs les clivages politiques car, même si on les entend peu, il y a des hommes et des femmes de droite et même d’extrême droite qui soutiennent le mariage pour tous et il y a des hommes et des femmes de gauche qui s’y opposent. On peut être contre le mariage pour tous sans être « homophobe » et non il n’y a aucune honte à être opposé à une vision trop exigeante de l’égalité des droits quels que soient ces derniers. Après certains discours selon lesquels « après les homosexuels ce sera le tour des pédophiles et des zoophiles » prononcés notamment par des hommes d’Eglise peuvent, même aux yeux de Benoît Virole être considérés comme insultants, homophobes et inacceptables.

En tout état de cause, qu’on le regrette ou non être opposé à la reconnaissance du droit pour les homosexuels de se marier c’est choisir le statut quo et c’est la le cœur de la pensée conservatrice : préserver un modèle social tel qu’il est. Ce n’est pas une extrapolation que de reconnaître cela. Par ailleurs force est de constater que toutes les organisations en pointes dans le combat pour le statut quo ont été de tous les combats conservateurs des dernières décennies : contre le droit à l’avortement, contre l’abolition de la peine de mort et même contre le Pacs sur lequel elles s’appuient aujourd’hui pour dire que cela est bien « légitime » et « suffisant ». Alors je sais que les opposants au mariage pour tous ne se résument pas à l’Eglise, l’UMP et Civitas mais vous me pardonnerez ce raccourci puisque c’est exactement celui de Benoît Virole quand il résume les citoyens qui sont favorables à la réforme à un rassemblement d’associations LGBT.

Drapé dans sa supériorité intellectuelle de psychanalyste, l’auteur définit le mariage comme étant « une structure anthropologique, performée dans le droit, articulant la nature (naissance) et la culture (filiation) » et non « un contrat sanctifiant socialement l’amour entre deux êtres » et qu’à ce titre cette structure anthropologique serait « intrinsèquement liée à la différence sexuelle ».

Ce faisant, comme souvent, il part d’une vérité pour arriver à la mauvaise conclusion. Soyons clairs, je me refuse depuis le début à entrer dans les débats idéologiques mais j’essaye autant que possible de rester les pieds bien sur terre, les yeux braqués sur les faits historiques.

Répondons enfin à la vraie question : C’est quoi le mariage en France ?

Le droit de se marier et de fonder une famille est considéré comme un droit fondamental de la personne (article 12 de la Convention européenne des droits de l’homme).

Jusqu’à la Révolution française, seul le mariage religieux était reconnu. Les registres paroissiaux tenaient alors lieu d’état civil. C’est la loi du 20 septembre 1792 qui instaure le mariage civil, enregistré en mairie, qui devient le seul valable aux yeux de la loi. Il doit précéder toute cérémonie religieuse. Le non-respect de cette règle est constitutif d’un délit. Dès lors, et quelle que soit sa religion d’appartenance, il faut passer devant le maire avant de pouvoir se marier religieusement.

Le fondement de la loi du 20 septembre 1792 est la volonté du législateur de retirer toute mission publique à l’Eglise catholique et notamment celle d’assurer le suivi de l’Etat civil. Le mariage est par ailleurs défini par la Convention nationale comme une « convention, par laquelle l’homme et la femme s’engagent, sous l’autorité de la loi, à vivre ensemble, à nourrir et élever les enfants qui peuvent naître de leur union ».

Benoît Virole a donc raison le mariage est une structuration sociale qui vise à organiser la vie commune de deux citoyens et à définir leurs devoirs vis-à-vis de leur éventuelle progéniture et j’insiste sur le mot « éventuelle » puisque les députés de la Révolution française parlent bien de cela, ils écartent l’automaticité de la naissance d’enfants au profit d’une possibilité « élever les enfants qui peuvent naître de leur union ».

Le mariage désormais « civil » est donc bien devenu, à partir de 1792, un contrat social dénué de tous liens avec le fait religieux et qui sert à fixer les devoirs des époux l’un envers l’autre, et à l’égard de leurs enfants mais aussi leurs droits vis-à-vis de la société. C’est là que réside un problème dans les réflexions de Benoit Virole : « Des dispositifs juridiques peuvent être remaniés ou créés. Sur le plan de la reconnaissance sociétale, une union civile en mairie semble être un dispositif symbolique adapté. » Mais les « dispositifs juridiques » en question sont, en fait le cœur même de la notion de mariage. Le mariage n’est rien d’autre qu’une série de dispositifs juridiques, de droits et de devoirs. Si l’on décide d’écarter son application aux homosexuels ce n’est que pour une seule et unique raison : leur identité sexuelle.

On écarte pas les homosexuels parce qu’ils ne peuvent pas, seuls, procréer ; car dans ce cas on exigerait de tout couple souhaitant se marier une preuve médicale de ses capacités à procréer. On interdirait ainsi à toute femme dépassant les 50 ans de se marier puisqu’il serait plus que probable que sa fertilité serait insuffisante voire inexistante. Ces argumentations sont fallacieuses. On refuse le mariage aux homosexuels parce qu’ils sont homosexuels, parce qu’ils sont différents et même anormaux par rapport à tout ce que nous avons socialement intégré dans notre inconscient. Pire que cela les opposants au mariage pour tous sont au fond convaincus que l’homosexualité est au mieux un choix, au pire une maladie mentale.

C’est là qu’on retrouve cette peur de la différence, cette incompréhension totale de la diversité de la nature car non seulement l’homosexualité n’est pas une maladie pas plus que d’être gaucher, chauve, blanc, noir, mais ce n’est évidemment pas un choix car il y a une chose qui est le fondement de la psychologie des individus : personne ne choisi JAMAIS de faire parti d’une minorité. Personne n’aime se sentir discriminé, personne ne choisi jamais la route la plus escarpée quand on lui propose un gentil chemin douillet.

L’homosexualité n’est pas non plus le propre de la race humaine. La nature est diverse et le modèle hétéro normé n’y est pas la règle d’airain que l’on veut croire. Ainsi l’escargot produit à la fois des spermatozoïdes et des ovules et lors de l’accouplement, les deux partenaires jouent les deux rôles sexuels simultanément. Il y a aussi les lézards fouettequeue, une espèce qui n’est composée que de femelles qui s’auto-fécondent. En période de reproduction, la lézarde joue le rôle autrefois dévolu au mâle et monte celle qui est sur le point de pondre pour la stimuler. Les rôles s’intervertissent grâce aux cycles hormonaux qui font agir certains comme des mâles lorsque leur niveau d’œstrogène est bas tandis que d’autres jouent le rôle de femelle quand leur niveau d’œstrogène est élevé… Les exemples sont légions comme le singe Bonobo dont la moindre relation sociale est accompagnée d’activités sexuelles que ce soit avec les mâles ou les femelles, les Goélands qui fécondent les femelles et passent leur vie en couples « gays » et j’en passe. Non la nature n’est pas uniforme et oui, l’homosexualité fait partie de cette diversité.

Il ne s’agit donc en aucun cas de dire que « la différence sexuelle est inutile, sans signification, relative, susceptible de subversion … » Mais il s’agit de donner les mêmes droits à chaque citoyen. La différence sexuelle ne justifie pas la discrimination ; c’est justement sur cette différence que pendant des siècles on a refusé aux femmes leurs droits de citoyennes.  Le mariage pour tous existe dans de nombreux pays comme l’Espagne et le Portugal et pourtant la bas la société ne s’est pas effondrée, les repères psychologiques des uns et des autres n’ont pas été remis en cause, aucun cataclysme en perspective et les footballeurs locaux n’ont pas vu leur virilité remise en cause … ils sont devenus champion d’Europe et champions du monde…

Le débat public a été mené avec un amateurisme déconcertant de la part de la majorité présidentielle ce qui est la cause de cette division qui transparaît au sein de la société. La droite et l’Eglise se sont pour leur part saisis de ce sujet avec délectation tachant de se refaire une santé idéologique sur le dos des homosexuels, de la même manière que cela aurait été le cas si le droit de vote des étrangers n’avait pas été abandonné. On va nous dire qu’il y a d’autres sujets urgents à traiter ; c’est vrai. On va bous dire que le Gouvernement se presse sur ce sujet pour faire oublier la crise, je suis convaincu que cela est faux. En 1982 la France était plongée dans une crise économique, budgétaire et sociale effrayante et pourtant qui viendra me dire aujourd’hui qu’abolir la peine de mort cette année là était une erreur de calendrier ? Dans 10 ou 20 ans quand NOS enfants regarderont notre histoire ils s’étonneront de constater la violence des débats comme moi-même je n’arrive pas à croire ce que j’entends quand je regarde les débats au Parlement sur la légalisation de l’avortement.

3 thoughts on “Je marche … mais en faveur du mariage pour tous

  1. Je marche en faveur des réels problemes, a savoir le traitement des enfants par leur ou leurs parents, qu’ils soient homo, hetero, ou zoo, des eventuelles maltraitances, parfois liées a l’histoire même des parents et mettre des choses en place par rapport à ça.
    Pour le reste, je suis aussi libre d’entrer dans des questions sans fondement, mais par decence j’evite le débat qui n’existe pas concernant le droit du mariage gay et le droit d’avoir un enfant, libre à chacun d’entretenir la niaiserie, je suppose qu’à ce rythme, la prochaine question sociétale sera est-ce qu’il faut croire en Dieu ou ne pas croire en Dieu. Merci aux protagonistes de la problématique du mariage gay d’octroyer un peu de niaiserie aux gens, qu’ils soient medias ou politique, c’est un geste genereux de foutage de gueule, merci à vous de me permettre de devenir con.

  2. via G+
    Très bon article ! Je n’avais jamais pensé à comparer les couples d’un certain âge et ceux du même sexe. C’est un argument solide, d’avantage que l’infertilité de couples hétérosexuels.

  3. via G+
    Étrange parce que le mariage est une mesure sociale inventée il y a 300 ans… pour l’église aussi. Mon monde N’est pas connecté…

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