En vrac mais pas par hasard, un regard sur la différence

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Don’t ask Don’t tell ou la négation des différences

Trois petites semaines loin de la France. Trois semaines pendant lesquelles il m’arrivait de jeter un regard inconstant sur l’actualité de notre beau pays, à 10 000 km des plages de sable doré sur lesquelles je me prélassais. Alors bien sur je n’ai pas raté LE débat sur l’ouverture du droit au mariage aux homosexuels. J’ai déjà dit et écrit tout ce que je pouvais sur cette thématique. J’ai déjà poussé de sourds hurlements en faveur non pas du droit au mariage mais de l’évidence de l’égalité des citoyens français devant la loi; cette évidente exigence inscrite dans les gènes de la République. Pourtant me voilà de retour avec un certain gout d’amertume dans la bouche, un gout d’inachevé, un sentiment de malaise face au débat en tant que tel.

Nous avons tous eu à la bouche le mot “égalité” et mes doigts le tapent instinctivement sur le clavier de mon ordinateur. Le mot “égalité” vient du latin  “aequalis”, de “aequus”  ce qui est “uni”, ce qui est “juste”. L’égalité est donc l’état, la qualité de deux choses égales ou ayant une caractéristique identique (égalité d’âge, de taille, de nature …). Pour l’être humain, l’égalité est le principe qui fait que les hommes doivent être traités de la même manière, avec la même dignité, qu’ils disposent des mêmes droits et sont soumis aux mêmes devoirs. Cette égalité est la conséquence de la caractéristique d’être humain et d’aucune autre. Dans ce débat pourtant, pour tenter de convaincre ceux qui doutaient de la légitimité du droit à l’égalité nous avons trahi la vérité, nous nous sommes laissés traîner dans le chemin de la stricte identité, de la négation de la différence, dans ce cas précis entre homosexuels et hétérosexuels. Et quand je dis “nous” vous vous doutez bien que je me compte dans le lot…

D’une certaine façon nous pourrions en effet croire que nous sommes tous identiques. Nous avons une maison, nous votons, nous buvons des verres avec nos amis, nous aimons notre famille. Nous avons les mêmes ambitions: avoir un bon métier qui nous plaise et dans lequel nous progressons. Nous voulons être heureux, avoir un peu plus d’argent sur notre compte en banque, nous voulons un peu plus de sécurité…  Et pourtant nous n’avons pas la même vie et pourquoi le nier? Pourquoi ma vie serait comme les vôtres et vice versa?  Pourquoi croire (et quémander) un seul instant à l’homogénéité de la société et des groupes qui la constituent si ce n’est justement par rejet et peur de ce que nous sommes ou de ce que sont les autres? Dans un souci de communication politique la communauté gay a été condamnée à singer une identité qui n’est pas la sienne puisque son identité c’est justement l’hétérogénéité. Dans la communauté gay il y a bien sur des couples “rangés” qui rêvent de maison avec jardin avec des enfants; de réunions de famille  unies et indifférenciées mais il y a aussi ces êtres étranges qui font peur à la France profonde, terme que j’utilise avec grand respect … je ne suis pas Diams (!). Oui il y a des Drag queen, des bears, des oiseaux de nuit papillonnant, des folles furieuses qui ne manifestent pas en faveur du droit au mariage pour une raison bien précise : ils ne se sentent pas concernés, ils passent leurs nuits dans des boites de nuit avant de s’achever dans des afters délirantes et viennent à peine de rejoindre leur lit quand les premiers manifestants entament leur longue marche sur la Bastille.

Cette hétérogénéité sociale est la force d’une société, elle en est l’âme et la nier c’est interdire aux hommes et aux femmes d’être ce qu’ils sont ou ce qu’ils souhaitent devenir et dès lors c’est une négation de la démocratie elle même. Alors bien sur ce sont sur ces homosexuels là que Civitas et Christine Boutin veulent s’appuyer pour démontrer l’incapacité des gays à élever des enfants (c’est bien là le sujet) et je dis que l’erreur absolue de la communauté gay a été de vouloir gommer ces aspérités, de chercher à cacher cette partie d’elle même. Ce faisant elle a commis le même “péché” que ceux qui la combattent; elle a favorisé la discrimination.

Dans la communauté gay il y a comme chez les hétérosexuels toutes les couleurs de l’arc en ciel. Des couleurs qu’on aime regarder et d’autres qu’on laisse à ceux qui les goûtent. N’en déplaise à celles et ceux qui descendent dans la rue pour nier les droits des minorités, l’éreintante marche de la minorité homosexuelles franchira toutes les étapes qui la conduisent sur le chemin de la “normalité sociale” mais cette normalité n’a pas pour ambition d’être de “l’identité sociale”. Un homosexuel n’est pas identique à un hétérosexuel, pas plus qu’un noir n’est un blanc ou une femme un homme. Il y a des différences et ce sont ces différences qui représentent le plus formidable des atouts pour l’être humain.

Aux Etats-Unis Barack Obama a mis fin à l’interdiction qui était faite aux soldats d’évoquer leur “identité sexuelle”. A l’origine le “Don’t ask, Don’t tell” avait pour objectif de protéger les soldats homosexuels de discriminations si l’on découvrait leurs penchants. Dans les faits cette loi avait simplement porté un coup terrible à l’égalité des droits car finalement ce que réclament les homosexuels, c’est le droit à l’indifférence des hétérosexuels à l’égard de leur différence et non pas la négation de cette différence. Aujourdhui on peut être soldat américain et être ouvertement homosexuel … la preuve avec un petit sourire ci dessous , ah … It’s good to be back !

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