Mon voyage dans l’imaginaire conservateur américain, à la poursuite de Jack Ryan

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les visages de Jack Ryan

Jack Ryan, ce n’est pas un nom comme les autres ; il est porteur d’une époque aujourd’hui révolue, celle de la guerre froide, des grands romans d’espionnage, des films où ce petit génie sympathique inventé par Tom Clancy symbolisait tout le courage de ce qui était alors la plus grande démocratie du monde : les Etats-Unis, ultime rempart face au péril rouge.

Jack Ryan ca fleure bon les années 80 et la chute de l’URSS avec à la poursuite d’Octobre rouge, une histoire qui « officiellement » n’a aucune base réelle. Ça sent bon la guerre civile en Irlande du Nord avec de méchants républicains terroristes face à la Grande Bretagne et ses soldats loyalistes… Déjà, sans même que j’en prenne conscience, alors qu’adolescent je dévorais les pages les unes après les autres, Ryan avait choisi son camp : il était le « Good Guy » et tous les autres « the villains ».

Peu à peu Jack et moi on s’est perdus de vue comme deux amis qui se sont dit l’essentiel et disparaissent sans même se dire au revoir et puis un jour, au détour d’une allée de supermarché, je tombe sur un gros livre bleu on sont inscrits en lettres d’or : ligne de mire (tome 1), le nouveau roman de Tom Clancy et comme un accroc j’ai craqué je l’ai pris juste comme ça pour le voir, le toucher et lisant la quatrième de couverture je découvre « jack Ryan Sr livre une bataille sans merci pour se faire réélire à la Maison Blanche ». J’ai craqué, je l’ai acheté.

J’avais en effet abandonné Ryan il y a bien longtemps alors que patron de la CIA il est nommé presque en catimini  Vice-président par le Président américain Roger Durling qui est assassiné dans un terrible attentat au moment même ou Ryan jure sur la Bible. Jack passe de la Vice Présidence à la Présidence en l’espace d’une minute ou plus exactement dans le temps nécessaire à un avion pour s’écraser sur le Capitole. C’est ce genre d’idées saugrenues qui rendent célèbre Tom Clancy … il a inventé le personnage de Ben Laden ses méthodes et ses objectifs, même son idéologie 7 ans avant les attentats du 11 septembre 2001. En tant que Président des États-Unis, Jack Ryan doit faire face au réveil de la Chine populaire qui lorgne des gisements de pétrole et d’or fabuleux en Sibérie afin de relancer son économie chancelante. Mais, pour obtenir ces ressources, cette Chine est prête à faire la guerre à une Russie affaiblie. Jack Ryan propose alors une alliance à la Russie et c’est la guerre …

Dans le nouvel opus, Jack n’est plus président mais veut virer son successeur, un démocrate trop faible face au risque terroriste. C’est finalement là que tout devient passionnant car c’est en fait au travers de ces lignes que je découvre la vision profondément politique du personnage Jack Ryan, président Républicain assumant la torture, les meurtres ciblés, Guantanamo et les bombardements par drones… une sorte de George Bush en plus beau, plus courageux et plus intelligent ; un fantasme politique ultra-conservateur. Au-delà du personnage Ryan, Tom Clancy pousse le côté idéologique en traçant le portrait d’un président démocrate, Ed Kealty, qui ressemble fichtrement au candidat malheureux de 2004, actuel secrétaire d’Etat, John Kerry, mais sous un format pleutre, aveuglé par un humanisme trop favorable aux terroristes, profondément incompétent et sous l’influence d’un richissime mécène qui est le portrait même de la crapule démocrate, en d’autres mots un homme qui porte dans son ADN la trahison.

Avec mes yeux de lecteur européen j’avoue que je ne comprends pas naturellement le mode de pensée des ultra-conservateurs, notamment américains. Comme nombre de mes compatriotes, si j’ai bien compris comment G. Bush est devenu le président le mieux élu de l’histoire américaine après avoir été le moins bien élu ; mon cerveau n’arrivait pas à traduire en bon français les raisons qui pouvaient pousser un être doté d’un cerveau à voter BUSH une seconde fois ! Et bien maintenant je comprends mieux, le monde est binaire : le noir et le blanc même si Clancy accepte quelques variations de gris, en général il s’agit de nous, les Européens, qui sommes soit incompétents soit des demi traitres.

Jack Ryan était à mes yeux d’adolescent un héros, beau, sympathique, drôle, courageux et doté d’un sens politique réel. Je découvre d’un coup que l’ultra conservatisme peut donc en tout état de cause être beau, sympathique, drôle, courageux et doté d’un sens politique réel… Que des gens peuvent penser que le parti démocrate n’est qu’un ramassis de traitres incompétents qui sacrifient la sécurité de leurs compatriotes au nom de principes que leurs ennemis ne reconnaissent même pas. Et que répondre à ce portrait ? Rien il faut juste le lire pour ce qu’il est un roman-pamphlet qui à la dernière page se terminera bien … parce que ca reste un roman américain.

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