Stéphane Hessel, il nous reste son indignation

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Stéphane Hessel, nous reste l'indignation

Stéphane Hessel s’est éteint dans la nuit du mardi 26 au mercredi 27 février à l’âge de 95 ans. Ancien diplomate et résistant il est redevenu célèbre dans notre pays lors de la publication il y a deux ans de son manifeste plein de rage : “Indignez-vous !”, message à la jeunesse de France, une jeunesse endormie dans les délices et les affres de la société de consommation, privée presque volontairement de son libre arbitre et de sa capacité à s’engager dans des causes “justes” au delà des 2 minutes 30 d’émotion autorisées par le cycle infernal de la société moderne.

“Indignez vous !” c’est d’abord la révélation d’un homme. “Tant que je suis encore capable de marcher, de parler, de comprendre ce qui se passe, j’estime qu’il faut être responsable. Tant que l’on peut avoir une influence, il faut en profiter. Je suis très surpris par la façon dont ce petit livre de 30 pages a fait son chemin à travers la France, mais aussi l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Portugal, le Japon, la Corée du Sud, le Canada, l’Australie, le Brésil, l’Argentine… Cela veut dire que notre société mondiale est interdépendante” expliquait il . “Indignez vous !” c’est le testament pre mortem d’“un vieux bonhomme de 93 ans”,  Stéphane Hessel, ancien ambassadeur, ancien déporté, ancien combattant de la France libre, écrivain et poète … un “ancien” tout devenu si vieux porte parole d’une jeunesse qui s’est elle même oubliée.

Né à Berlin en 1917, résistant, militant, Stéphane Hessel était arrivé en France à l’âge de 8 ans. Naturalisé français en 1937, il avait rejoint les Forces françaises libres en 1941 à Londres afin de combattre l’impensable, la barbarie brune qui avait déferlé de son pays d’origine sur les terres de son pays d’accueil et d’adoption. Stéphane Hessel est un personnage de roman à proprement parler: Sa mère, Helen Grund est l’héroïne anticonformiste de Jules et Jim, le roman autobiographique d’Henri-Pierre Roché racontant l’histoire du trio amoureux formé par Henri-Pierre (« Jim »), Helen (« Kathe ») et Franz (père de Stéphane Hessel et « Jules » dans le roman). C’est cette histoire qui a été reprise par le film de François Truffaut, où le rôle féminin (« Catherine ») est interprété par  Jeanne Moreau.

Engagé comme soldat dans la grande débâcle de l’armée française, il est fait prisonnier, s’évade et rejoins le général de Gaulle à Londres. En mars 1944, de retour dans la France occupée, il est dénoncé sous la torture et est arrêté à Paris. Subissant le supplice de la baignoire, il parle à son tour. Il est déporté, en même temps que trente-six autres agents secrets britanniques, français et belges, en train, à Buchenwald. Seize d’entre eux sont pendus le 11 septembre, onze autres sont exécutés le 5 octobre. L’histoire qui sauve la vie de notre “héros” est alors rocambolesque : deux prisonniers, Eugène Kogon et Alfred Balachowsky, qui avaient été affectés aux expériences médicales réussissent grâce à la complicité d’un kapo  et du médecin du camp à remplacer  des agents secrets condamnés à mort par des prisonniers morts du typhus. Stéphane Hessel prend alors l’identité de Michel Boitel, mort du typhus le 20 octobre 1944et est transféré à Rottleberode. En janvier 1945, après une tentative d’évasion ratée, il est transféré à Dora où il échappe de peu à la pendaison et où il est affecté au nettoyage du camp. L’avancée des armées américaines provoque, le 4 avril, le transfert du camp vers Bergen-Belsen. Dans le train en marche, il démonte deux lattes du plancher, glisse entre les bogies, rejoint les lignes américaines à Hanovre…

Stéphane Hessel est devenu un trompe la mort, un aventurier dont la vie ne cessera de s’emballer au nom des principes fondamentaux de la démocratie et avec pour seul objectif d’empêcher à tous prix que la folie des hommes réapparaisse. En 1946, il est  secrétaire dans la commission chargée de préparer la rédaction de la charte des droits de l’homme, affecté à la section chargée de réunir les documents concernant les questions sociales et les droits de l’homme. Il participe ainsi indirectement à la rédaction du premier volet de la charte des droits de l’homme et assiste comme témoin privilégié à sa signature à Paris en 1948.

Membre du cabinet de Pierre Mendès-France, il s’installe au Vietnam pour préparer la réunification du pays. Il est tour à tour Ambassadeur de France, membre de la Haute Autorité de la communication audiovisuelle, ancêtre du CSA, membre du Haut Conseil à l’intégration mais aussi de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, que René Cassin avait fondée.

Stéphane Hessel n’était pas un demi-dieu ou un homme parfait. Comme les autres il avait ses petites faiblesses, des défaillances morales comme nous tous mais il était le symbole vivant d’une époque de furie et de malheur, un bout de conscience humaine qui hurlait jusqu’à sa mort “plus jamais ça!”. Si nous pouvions nous souvenir ne serait ce que d’une chose alors oui souvenons nous de cela … Plus jamais ça !

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