en vrac mais pas par hasard … le journalisme du pire

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Le nouvel obs croit rester dans l'actualité en traitant de DSK le petit cochon

Peut être êtes vous comme moi : englués dans une actualité qui n’en est plus une, des déserts maliens aux enterrements de soldats du passé, du lobby de la clope qui veut la peau de la cigarette électronique grâce à l’aimable participation de l’AFSSAPS… de la neige et du froid (quoi en février et en mars il fait froid ??!!) jusqu’à, bien sur, les gros titres du week end : “le retour du soleil” et des reportages couvrant plusieurs dizaines de minutes où l’on voit nos concitoyens  expliquer que le soleil en hiver… c’est cool et ça fait du bien au moral surtout que la crise oulala c’est super difficile en ce moment … rassurez vous le premier titre du journal de 20H00 de jeudi sera “le retour du froid” voici une série dont les téléspectateurs ne semblent pas se lasser jusqu’à l’apparition de la fumée blanche au dessus du Vatican qui marquera le retour des Borgias toutes les semaines sur Canal + !

Engluer disais je … et c’est bien le sentiment de ma plume tant les sujets, parfois passionnants, semblent écartés avec délectation par les gens dont le métier serait justement d’en parler. Mais voilà le Nouvel Obs, nouveau bestiaire du journalisme français, a déjà une “une” occupée par le cochon de la politique et la truie de la littérature et comme ce n’était pas lié au salon de l’agriculture il se trouve avec une deuxième “une” occupée par le communiqué de justice condamnant le journal pour son voyeurisme pitoyable bien éloigné, j’ose l’espérer, des attentes de son lectorat majoritaire en charge de l’éducation de nos chères têtes blondes…

Que fait la presse française? Elle se paluche comme jamais ma bonne dame, se vautrant sans plus d’excès de langage dans la fiente de notre société à tel point qu’on pourrait croire que le site de Jean Marc Morandini est devenu un site de référence pour la presse française.

Que peut on attendre de la presse écrite ?

en quelques mots je dirais : de l’information, de l’analyse et des prises de positions. Vous ne m’entendrez ainsi jamais critiquer les positions du Figaro ou de Libération sur leurs dirigeants préférés; leur malhonnêteté intellectuelle chronique qui trouve sa source dans le journalisme de combat… chacun sait ce qu’il lit dans ces journaux et nous les achetons d’ailleurs en conséquence. le journalisme engagé est probablement, outre l’origine du métier, son seul avenir ! Et pourtant quelque soit la thématique on tombe dans le déni de courage. Prenez le quotidien national le plus lu de France : l’Équipe, journal sportif de référence qui nous avait habitué à un certain courage quand il vitupérait contre l’équipe de France de 1998, avant qu’elle ne gagne la coupe du Monde… et à un peu moins de moralité quand il défendait le Tour de France, propriétaire du même groupe financier. L’Equipe, c’est un journal qui balance des titres à la Une, engagés et souvent provocateurs et pourtant “Arrêt sur images” a noté l’existence de deux unes de L’Equipe pour son édition du 25 février dernier :  une version parisienne qui célèbre la victoire écrasante du PSG au match de la veille contre l’OM : “Paris met l’OM à genoux” et une version marseillaise, plus indulgente envers l’équipe déchue : “L’OM méritait mieux”. Deux unes différentes pour un contenu éditorial et journalistique exactement identique.

L'Equipe deux unes divergentes pour la même actualité dans deux villes différentes

Fabrice Jouhaud, directeur des rédactions de L’Equipe qui a répondu aux questions d’Arrêt sur images explique que la technique de la double une est utilisée depuis 2009, “dès que l’actualité sportive s’y prête”. Pour le cas de l’édition en cause, la rédaction avait décidé de sortir une double une avant même le coup d’envoi du match PSG-OM : “Seule une déconvenue majeure d’une des équipes aurait pu nous faire changer d’avis“, détaille M. Jouhaud. Les doubles unes sont utilisées dans les villes très attachées à leur équipe de foot pour ne pas se couper des lecteurs, précise Arrêt sur images. En d’autres termes le journal assume pleinement sa politique de dire au lecteur ce qu’il a envie d’entendre plutôt que de poser clairement une position car ” Paris met l’OM à genoux” et “L’OM méritait mieux” sont, à mon sens, deux titres totalement inconciliables. Imaginez un peu le titre Le Monde qui au lendemain du second tour de l’élection présidentielle publierait un “Hollande vole la victoire à Sarkozy” à Neuilly et un “Hollande 2012, le triomphe de la gauche” dans une édition spécifique au XXème arrondissement de Paris … Continuerez vous à prêter quelque attention à un tel journal ? pour ma part, aucune.

Derrière le cochon de Marcella Iacub

Tout le monde a hurlé à la mort sur la une et les pages intérieures achetées dans le Nouvel Observateur par Marcela Iacub afin de faire la promotion de ce qui ne peut être, malgré les qualités littéraires de l’auteur, qu’une infâme bouse commerciale : Belle et Bête. Sur le “livre”t je ne saurais dire mieux que Luc le Vaillant qui publie ces lignes dans Libération le 25 février : “Entendons-nous bien, il y a toute licence en art et le littérateur peut s’emparer du sujet qui lui plaît et le traiter de la manière qui lui convient. Le problème vient de la voracité de véracité de l’époque que notre amie M.I. s’est employée à satisfaire. Elle se serait contentée de publier son fabliau sans faire la connexion avec DSK, homme bien réel, humain de chair et d’os, on n’aurait rien trouvé à redire. L’ennui c’est qu’à partir du moment où M.I. déclare au Nouvel Obs : «Les étapes de la liaison, les lieux, les propos rapportés, tout est vrai» et qu’elle désigne «Dominique Strauss Kahn» comme amant effectif, elle actionne les mâchoires d’un piège fatal. Elle se voyait en La Fontaine sadienne, la voilà qui s’égare sur le plateau de Secret Story, tout en montant une paparazzade à la Voici.

Ce qui est intéressant dans tout ca c’est que si tout le monde reproche au Nouvel Obs le dossier qu’il a consacré au livre,  personne ne semble se soucier que ce n’est pas le seul à avoir céder aux sirènes mercantiles de l’artiste “journalistique” … il y a aussi la une et les trois pages qu’a consacrées Libération trois jours avant la critique de Luc le Vaillant, le 22 février, au même livre. Personne n’a semblé relever cela sauf peut être, et c’est rassurant, la Société civile des personnels de Libération (SCPL) qui, par communiqué, a fait part de vives critiques à l’encontre de « l’événement » publié par le journal au lendemain de la parution des bonnes feuilles et de l’interview de l’auteur dans le Nouvel Observateur. Il y a une « rupture de confiance avec le journal et ses lecteurs  peut-on lire dans ce texte. (…) On permet (au lecteur) de conclure, au choix que nous faisons du sensationnel, participons à une opération de communication, sommes suivistes, nous adressons à un cercle parisien dont il est exclu [ou] faisons la pub d’une collaboratrice” puisque Marcela Iacub publie une chronique régulière dans Libération. La SCPL de Libé questionne d’ailleurs le statut de journaliste de l’écrivain, pointant notamment sa chronique du 6 octobre 2012, où elle annonce la « fin des poursuites » contre DSK. « Or, ces poursuites continuent. (…) N’importe quel journaliste dans sa situation serait aujourd’hui dans une position très difficile. » Avant de poser clairement « la question de la poursuite de la chronique de Marcela Iacub (…), de même que celle du traitement des livres écrits par des collaborateurs de Libé, salariés ou non. »  En d’autres termes ça grogne et gronde dans le journal et les journalistes, les vrais, ont raison de s’interroger car c’est l’avenir de la profession qui est en jeu sur ce genre d’affaires.

La presse écrite s’avance vers la mort cérébrale

La mort du Financial Times Deutschland " Endlich"

Vendredi 7 décembre, c’est paré de noir que le Financial Times Deutschland a publié son dernier numéro. Faute de rentabilité, le quotidien économique allemand disparaît, laissant 350 journalistes sur le carreau. La veille, l’hebdomadaire américain Newsweek préparait ses salariés à des coupes féroces dans les effectifs. Lâché par la moitié de ses lecteurs en vingt ans, le journal cessera d’être imprimé fin 2012 pour ne plus exister que sur Internet. En France aussi, les journalistes de La Tribune ont annoncé, le 6 décembre, l’ouverture, en janvier 2013, d’un nouveau guichet de départ. Une dizaine de rédacteurs, sur 26, devrait quitter la rédaction d’un titre qui a déserté les kiosques début 2012 pour passer sur le Web.

En Espagne, des restructurations brutales ébranlent les plus grands quotidiens. Après El Mundo, c’est l’emblématique journal du centre gauche El Pais qui vient d’annoncer un plan de licenciement touchant près du tiers de ses effectifs. Même l’Allemagne, pourtant longtemps le pays roi de la presse écrite sur le Vieux Continent, n’est donc plus épargnée. Avant le FTD, le quotidien de centre gauche Frankfurter Rundschau a déposé le bilan mi-novembre. La crise de la presse fait aussi des ravages aux Etats-Unis. Pas un mois ne passe sans qu’un journal n’y annonce son passage au tout numérique, souvent dernière étape avant la disparition. Un site Internet, Newspapers Death Watch, recense les fermetures…

“La crise n’est pas cyclique, elle est vraiment structurelle”

C’est ce qu’affirme Bertrand Pecquerie, patron du Global Editors Network, un réseau mondial de rédacteurs en chef. “Les journaux des pays développés ne retrouveront jamais les niveaux de lectorat et de publicité d’autrefois”, poursuit-il, prédisant une année 2013 “encore bien pire”. Alors il y a  bien sur la crise qui fait diminuer les recettes publicitaires et il y a aussi la montée du support numérique ou des sites, voire même des blogs, offrent chacun à leur manière un service d’information plus réactif que la presse écrite et surtout beaucoup plus engagé et moins mercantile.

Soyons honnête, même ici sur IGTBB nous ne délaissons pas un torse dénudé, une fesse rebondie ou une belle histoire sordide mais ceci n’est pas notre “métier”… il s’agit d’un loisir et chacun sait très bien que derrière un blog se cache souvent autre chose qu’un journaliste. La presse écrite doit réinventer son modèle économique mais elle doit d’abord retrouver sa raison d’être … Non pas “informer” mais nous “éclairer” et là mes amis c’est une toute autre histoire !

– sources et reprises dans cet article depuis Libération, Le Monde et Télérama.

3 thoughts on “en vrac mais pas par hasard … le journalisme du pire

  1. Si la presse britannique se porte mieux qu’en France, c’est sans doute grâce à ses reportages qui “éclairent” le lecteur au lieu de chercher à l'”émouvoir” à tout prix.

    1. il y en a pour tous les gouts en Angleterre, chaque journal restant dans son secteur mais il y a aussi la question du modèle économique de la presse britannique bien plus efficace que le modèle français … notamment en termes de cout d’édition et de prix de vente …

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