Le Sultan, des voiles et des femmes

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La victoire d'Oman Sail en France en 2011

Certains célèbrent la journée de la femme engluant les ondes médiatiques de messages d’amour pour le vrai sexe fort de nos sociétés contemporaines et agressant les sociétés qui ailleurs dans le monde seraient le symbole d’une inégalité structurelle entre hommes et femmes. Qu’importe si l’on ne sait, de notre côté de la planète bleue, distinguer un sultanat d’un émirat, l’Arabie Saoudite, du Qatar ou d’Oman.

Au Sultanat d’Oman la société est régie par la culture musulmane et des lois voulues, pensées et appliquées par un souverain absolu mais moderne; une sorte de Grande Catherine à la barbe blanche. Quand François Hollande s’est rendu aux Emirats Arabes Unis, le Petit Journal de Canal Plus a fait rire les ignares en affirmant : “quand tous les équipements, autoroutes, universités, stades ou aéroport d’un pays portent le nom du chef d’Etat… alors là c’est certains on est dans une démocratie … c’est certains“…

Si l’on prend le cas du Sultanat d’Oman c’est vrai qu’on peut se perdre un peu rapidement sur l’autoroute Qabous qui mène de l’Université Qabous jusqu’à la grande Mosquée du Sultan Qabous… Pour autant, plus qu’une affirmation d’un pouvoir politique, cette pratique traduit une réalité historique : il n’existe pas un seul équipement dans le pays qui ne soit le fait du Sultan qui a accédé au pouvoir dans les années 70 alors que le pays semblait être plongé dans un long sommeil de plusieurs siècles. A la manière de Nixon parlant de de Gaulle et de la France, on peut le dire : “il n’y a pas besoin de monument à la mémoire de Qabous, son monument c’est Oman car Qabous est Oman“.

Et les femmes dans tout ca ?

Outre des lois particulièrement protectrices en matière de divorce, le Sultan a imposé des femmes au parlement local et à des postes de ministres dans son Gouvernement. Le journal Le Monde revient, le jour où la France célèbre les femmes, sur un autre aspect de la politique “féminine” du Sultanat d’Oman.

Oman Sail

Le Qatar se passionne pour le foot, les Emirats arabes unis pour la F1… Oman a choisi la voile afin d’exister sur la scène internationale, mais aussi pour offrir un horizon à la jeunesse du pays. Un accent tout particulier est placé sur les filles du sultanat. Asrar Alajmi, 20 ans, est barreuse au sein de l’équipe féminine d’Oman Sail, le pôle de voile créé par le sultanat. Comme une vingtaine d’autres Omanaises, elle bénéficie depuis fin 2011 d’une formation accélérée de navigatrice. Le 25 février, elle a bouclé à Mascate le Sailing Arabia-The Tour 2013, la course au large partie quinze jours plus tôt de Bahreïn.  Oman Sail dispose d’une école de voile où s’entraînent les filles de la filière “Women’s sailing program” et où s’initient également les écoliers du sultanat.

 Oman Sail n’a pas pour unique mission d’encourager la voile féminine. Fondée en 2008 sous l’impulsion du sultan Qabous Bin Saïd, l’entreprise cherche pêle-mêle à promouvoir le nautisme, détecter les champions de demain et offrir des débouchés aux jeunes.  L’apprentissage pour tous débute à 8 ans. Au terme de ce “community program” imposé par le ministère de l’éducation, les enfants peuvent rejoindre gratuitement le club de jeunes pour parfaire leur apprentissage. Les plus doués intégreront ensuite le“racing club” et disputeront leurs premières compétitions en dériveur ; 10 000 jeunes ont déjà suivi ce programme. Oman Sail, 194 salariés, a les moyens de ses ambitions. L’entreprise a installé son QG dans le vaste complexe immobilier du nord de la capitale omanaise. Elle s’appuie sur trois centres (Bandar Al-Rowdha, Mascate et Mussanah), un quatrième est en cours de construction dans la ville de Sur et d’autres doivent voir le jour en 2016. La mixité est de mise pendant les cours théoriques et certains entraînements à terre, mais pas à bord des bateaux ni bien sûr dans les vestiaires. Le port du voile, et la religion de manière générale, n’est pas un frein à la pratique nautique. Les jeunes femmes  s’adaptent. En mer, elles portent un ciré conçu avec voile intégré, à la demande d’Oman Sail. Certaines équipières naviguent cependant tête nue sans risquer les réprimandes des autres équipières.

Oman Sail

Le discours officiel est le suivant : Oman Sail est une initiative nationale fondamentale pour contribuer au développement d’Oman et des Omanais à travers la voile sportive. Ce projet basé sur l’égalité des chances propose d’enseigner la voile à des milliers de jeunes Omanais et Omanaises. Il comprend une équipe nationale et des équipes en régate et course au large, toutes épaulées par des marins de renommée internationale et dont l’ultime ambition est de remporter une médaille olympique pour Oman. D’ici 2015, le programme a promis d’apprendre la voile à 30 000 enfants Omanais dans sept écoles différentes qui restent à construire le long des côtes. A travers la voile sportive, l’objectif est de raviver le patrimoine maritime d’Oman et de  développer l’image internationale du pays comme destination de premier choix pour le tourisme et les investissements étrangers. Oman Sail cherche à inculquer la confiance et à transmettre  à toute une génération d’Omanais de précieuses compétences dans leur vie de tous les jours.

Un projet et une réalité qui nous emmènent bien loin de visions obtus que nous pouvons avoir du Moyen Orient… vous ne trouvez pas ?

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