Boris Johnson, l’homme qui rêve d’être roi ou presque

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Ken Livingstone était l’homme fort du Grand Londres. Ken le rouge,  trotskiste devenu socialiste passionné, premier opposant à la désormais disparue dame de fer. Livingston, président du Grand Londres de 1981 à 1986 puis maire de Londres de 2000 à 2008, clone de Delanoë avec ses vélo locaux et la guerre qu’il mène à l’automobile en centre ville; Ken l’homme battu à deux reprises par un freluquet de la politique, un énergumène conservateur, blond et hirsute : Boris Johnson. On ne l’avait pas vu venir. Londres aurait dû rester le bastion de gauche qu’elle était. Mais avec Boris, tout arrive !

Boris, le tueur en série

Boris Johnson Maire de Londres

“Boris”, comme on l’appelle dans tout le royaume, pourrait bien s’avérer un tueur en série. Depuis l’âge de 18 ans, il veut être premier ministre. Ses proches savent qu’il “ne pense qu’à ça”. David Cameron, titulaire du poste et actuellement en difficulté avec son parti, le redoute alors il se positionne sur tous les sujets. Il drague la droite du parti avec un référendum sur la sortie de l’UE et enchante son aile gauche en proposant d’être le Premier ministre de droite qui fera le mariage gay !

EN attendant Boris joue sa propre partie. Les députés conservateurs l’espèrent ou s’en désespèrent mais ne voient plus comment faire sans lui, “le seul qui sait gagner”. Et chacun sait qu’il n’y a que ca qui compte au moment de choisir un leader : on ne veut pas le meilleur pour le job mais celui qui a les meilleurs chances de l’emporter … ah ces chers sondages … La plupart des commentateurs politiques parient sur sa réussite à plus ou moins long terme.  Ken Livingstone tourne en rond, soupire et se désespère : “Boris est un homme politique redoutable, dit-il de sa voix languissante. Il sera le prochain leader des tories et il sera premier ministre un jour, je n’ai aucun doute. Et ce sera un désastre.”

A chacune des questions posées par l’institut de sondages YouGov en prévision des élections législatives de mai 2015, sur le charisme, la conviction, la solidité, le souci des petites gens, l’honnêteté, la capacité de leadership, Boris écrase littéralement tous ses concurrents potentiels : le premier ministre conservateur David Cameron, le vice-premier ministre libéral-démocrate Nick Clegg ou le chef de l’opposition travailliste Ed Miliband. S’il était candidat à la place de M. Cameron en 2015, Boris ferait ainsi gagner cinq points aux conservateurs. Il est de loin celui qui a fait“la plus forte impression en 2012”. Quant à la question sur “l’homme politique avec qui vous aimeriez le plus passer Noël”, la réponse est sans appel : Bo-ris !

Mais tout ça c’était en mars 2013. Pas si loin que ca et pourtant un gouffre temporel en matière politique parce que ce qui est intéressant avec les chiens fous de la politique c’est que s’ils sont capables de coups de génie, ils peuvent aussi, avec le même talent, s’effondrer sans raison … un énergumène on vous dit!

Au final, n’êtes-vous pas un sale type ?

C’est que le  dimanche 24 mars que tout a changé. Le fougueux, bouillonnant et charismatique politicien conservateur britannique est apparu sous un jour très désavantageux durant une interview diffusée sur la chaîne britannique BBC. Le  journaliste Eddie Mair relève d’une catégorie qui n’existe pas en France : journaliste ! Il décide de se faire Boris Johnson et en quelques minutes, l’homme qui se voyait déjà en haut de l’affiche a explosé en plein vol sous le tir continu de questions dérangeantes du journaliste.

Boris Johnson l'énergumène

 “Pourquoi avoir inventé une citation ?”, commence par demander Eddie Mair en référence à un épisode peu glorieux qui lui avait valu d’être licencié d’un poste de journaliste. Après quelques cafouillages, Boris reconnaît ne pas être très fier de ce fait d’armes. Bon moi j’adorais inventer des citations quand j’étais adolescent donc pas si grave pourquoi ne pas assumer ? Deuxième salve : Eddie Mair cuisine Boris Johnson sur un mensonge qu’il a proféré en 2005 à Michael Howard, le chef des “tories” de l’époque. Il avait alors nié l’existence d’une liaison qu’il avait pourtant bel et bien entretenue. Conséquence : Boris Johnson s’était fait renvoyer de l’équipe de campagne de Michael Howard. Face à ce rappel des faits, l’actuel maire de Londres demande carrément à son interlocuteur de parler d’autre chose.

Aussitôt demandé, aussitôt fait : l’intervieweur enfonce le clou en rappelant au maire de Londres que,d’après un documentaire de la chaîne BBC2, il aurait accepté de donner le nom d’un journaliste à une connaissance qui avait menacé de le tabasser. “Au final, n’êtes-vous pas un sale type ?”, assène alors Eddie Mair. Le regard baissé vers le sol et visiblement sonné par cette triple charge, Boris Johnson tente de s’en tirer en disant que s’il avait le temps “il pourrait expliquer chacun des trois points”.

si un journaliste de la BBC ne peut plus attaquer un méchant politicien conservateur, où va le monde ?

La prestation catastrophique de l’édile londonien a fait l’effet d’une bombe. Le père de Boris Johnson s’en est violemment pris, mardi, à la chaîne publique britannique pour avoir diffusé “la plus abjecte des interviews journalistiques depuis longtemps”. Le fiston, retrouvant son bagout habituel, a joué la carte de l’humour déclarant : “si un journaliste de la BBC ne peut plus attaquer un méchant politicien conservateur, où va le monde ?” Il a ensuite rendu hommage à Eddie Mair qui a, d’après lui, fait “un travail splendide”.

Pas sûr cependant que l’hommage rendu par Boris Johnson à son bourreau suffise à calmer les ardeurs des adversaires de celui qui est donné comme le prochain patron du parti conservateur britannique. “C’était son heure de vérité, et il a semblé à bout de souffle, maladroit comme un ancien boxeur poids lourd sur le retour”, note sur son blog Stephen Tall, un politicien Lib-dem (libéral démocrate).

“Espérons que la bulle Boris Johnson explose enfin après cela”, se met à rêver dans le quotidien britannique de gauche “The Guardian” Dave Hill. Pour cet écrivain et blogueur, le maire de Londres est devenu une véritable marque dont la notoriété repose essentiellement sur sa maîtrise de la communication. Si son image médiatique ressort durablement ternie de ce face-à-face télévisuel, il ne lui restera “plus que son bilan très moyen à la tête de Londres”, écrit le chroniqueur.

Même les conservateurs ont souligné à quel point la prestation du maire de Londres était mauvaise et pouvait lui nuire. “Oh mon Dieu, nous venons d’assister à un crash télévisuel. Boris Johnson doit trouver des meilleures réponses à ces questions”, soulignait en direct sur Twitter Tim Montgomerie, membre du parti conservateur et contributeur régulier au quotidien “The Times”. Benedict Brogan, rédacteur en chef adjoint au très conservateur “Daily Telegraph”, rappelle que “Boris a jusqu’à présent bénéficié de la complaisance des médias qui ont laissé de côté son passé pour se délecter de sa personnalité”. Le journaliste craint que cette interview permette d’ouvrir la boîte de Pandore et marque le début de la saison de la chasse au Boris Johnson.

Attention en politique on est jamais mort … surtout quand on est un dingue !

Vous pouvez retrouver les articles originaux de Marion Van Renterghem et de Sébastian SEIBT sur les sites du Monde et de France 24

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