La moralisation de la vie publique ou la dernière chance des républicains

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La politique et la morale

Oui je sais on me reprochait il y a quelques jours d’en faire trop, tellement trop sur l’affaire Cahuzac… J’écrivais alors que Les aveux de Cahuzac allaient détruire la présidence Hollande et jeter la France dans les bras des extrêmes. Que n’avais je écrit alors … Un de mes lecteurs commenta d’une citation  sybilinne : « L’info traitée à chaud, ou l’art de surdramatiser les situations et faire le jeu des politiques extrêmes » parce que ça l’agace franchement ces “articles qui surréagissent. Si les extrêmes sont si puissantes aujourd’hui, c’est parce que les gens écoutent les médias qui, faute d’analyse fine de la situation pour sortir le scoop en premier, font des raccourcis. Cahuzac, il a trahi la confiance d’Hollande, il a trahi l’Etat. C’est l’acte isolé d’un homme, pas la pourriture de tout un mode de pensée. Dire qu’il mérite une punition exemplaire, dire qu’il a trahi son camp et les électeurs qui lui ont permis d’être là, c’est une chose. Dire qu’il détruit la présidence d’Hollande et qu’il n’offre plus qu’une solution (les extrêmes), c’en est une autre. Qu’est-ce qui fait vraiment le plus le jeu des extrêmes, dans ces deux attitudes ?

Ce commentaire me rappelle le débat sur l’insécurité qui agitait la campagne électorale de 2002.

Toute la gauche l’affirmait en cœur ce n’est pas l’insécurité elle même mais la manière dont elle est sur dramatisée par les médias qui est à l’origine du sentiment d’insécurité. Une fois encore mon agréable lecteur préfère pendre haut et court celui qui rapporte l’information plutôt que celui qui est la cause du problème. Dans un raccourcis digne des plus habiles propagandistes il remplace par ailleurs la phrase “En portant si haut le mensonge, Cahuzac a fait le lit de l’extrême droite, il lui offre la République honteusement blasphémée par l’un de ses serviteurs… Voici venu le temps des « Tous pourris » et ce slogan porte désormais un nom celui de Cahuzac…” par un “il n’offre plus qu’une solution (les extrêmes)” pensant un instant que ma constatation, mon analyse des conséquences était peut être un souhait alors que mes efforts sur ce blog comme ailleurs est de ne jamais mélanger ce que je souhaite avec ce qui se passe. Mon engagement politique, il le sait pourtant bien, est à l’opposé de toute extrême … il est au centre indépendant et démocrate ce qui n’a aucune influence politicienne sur mon analyse des conséquences dramatiques et annoncées de longue date des reniements de François Hollande en matière de moralisation de la vie publique (article du 18 avril 2012).

Avant même l’annonce de la conclusion dramatique et malheureusement temporaire du scandale Cahuzac, je traçais ici même, le 25 mars dernier, un inquiétant parallèle entre notre vie politique et celle qu’a déjà connue la France dans les années 30. J’attirais l’attention de mes aimables lecteurs sur ces manifestations de droite relativement réactionnaires, sur cette extrême gauche flirtant avec l’antisémitisme, sur ce Front national en passe de gagner des élections et de devenir le seul recours d’un électorat aveuglé par son sentiment d’abandon … en d’autres termes sur les périls qui affligent les démocrates et qui obscurcissent le ciel de la République. Certes l’affaire Cahuzac n’a pas détruit la présidence Hollande mais elle l’a achevé. Dans désormais quatre ans il n’en restera plus grand chose à moins d’un grand coup de balai démocratique. 11 mois à peine après son élection, le Président de la République est déjà au pied du mur. Il n’a plus d’autre choix que de tout changer ou de faire des quatre prochaines années un long calvaire démocratique qui nous mènera à un drame électoral de plus ou moins grande ampleur en 2017.

François Bayrou

Lors de l’élection présidentielle de 2012 François Bayrou avait axé sa campagne sur deux objectifs fondamentaux mais peu vendeurs et donc dans un silence incroyable des médias et des autres candidats : réduire la dette de la France pour retrouver la croissance et moraliser la vie publique pour préserver la république. Qui peut aujourd’hui nier que ce sont, un an après, les deux grandes thématiques de la vie publiques, les deux questions qui provoquent la destruction du capital électoral de la gauche ?

En 2012, Bayrou affirmait que s’il était élu, il organiserait un referendum sur la moralisation de la vie politique le 10 juin, jour des élections législatives. L’idée était d’imposer tout de suite les réformes nécessaires et de le faire par le peuple car on ne peut demander aux principaux bénéficiaires d’un système de le réformer. La réaction des élus UMP et PS était d’ailleurs significative puisqu’ils ont répondu qu’ils étaient, évidemment, d’accord avec les objectifs mais qu’ils pensaient que c’était au Parlement que ces dispositions devaient être discutées et votées ; en d’autres termes vidées de leurs substances comme à chaque fois.

« Il est vain de demander aux abuseurs de limiter les abus. »

Cette phrase doit être notre leitmotiv alors que s’enclenche un nouveau combat pour enfin obtenir la moralisation de la vie politique et s’il y a bien un sujet qui mérite que le peuple s’exprime c’est à mon sens plus celui là, celui de notre organisation institutionnelle, celui de la défense de la République plutôt que de se perdre dans des débats pseudo philosophiques pour savoir qui peut épouser qui ! Aujourd’hui, en 2013, François Bayrou est le seul homme politique, hors majorité gouvernementale, à soutenir encore le Président de la République. Il est le seul qui offre, encore, une porte de sortie honorable à François Hollande en relançant son idée de referendum et de vraie réforme institutionnelle. Oublions enfin les demi mesures, le conservatisme maladif du socialisme municipal pour tendre la main au peuple de sa réconciliation avec ses élites politiques. Pour se faire le choc doit être salutaire et prendre la forme a minima d’un appel aux urnes au travers d’un referendum qui changera la donne. Je ne parlerai pas ici d’un changement de Gouvernement et de Premier ministre tant l’erreur de casting est évidente mais nous savons bien que François Hollande, selon la bonne vieille méthode de Jacques Chirac se refusera à céder tant qu’il est dos au mur.

Le Président de la République

La plupart des propositions qui doivent être validées par referendum sont les suivantes :

– un mandat unique renouvelable une fois;

– Interdire aux partis ou groupements politiques de contribuer, sous quelque forme que ce soit, au financement d’un autre parti ou groupement politique (fin des micro-partis qui favorisent le financement occulte);

– Plafonner le montant total des sommes qu’une personne physique est autorisée à verser annuellement à un ou plusieurs partis, sous forme de don ou de cotisation d’adhérent à 7.500 Euros et réserver les réductions fiscales prévues par la loi pour ces dons et cotisations aux seuls partis bénéficiant du financement public (lutte contre les micros partis, fin de la plupart des scandales de financement des partis politiques, favorise la parité, limite les candidatures fantaisistes).;

– Faire exclusivement reposer le financement de la campagne présidentielle fonds publics, dont le montant serait fixé par une loi ordinaire. Les dons des personnes physiques ou morales seraient ainsi interdits (réponse aux affaires Bettencourt et Karachi);

– Création d’une Autorité de déontologie de la vie publique chargée du respect des règles de déontologie et de la prévention des conflits d’intérêts au sein du Gouvernement, du Parlement, de toutes les administrations de l’Etat et des collectivités territoriales ainsi que des entreprises publiques (réponse aux affaires Woerth, Gaymard, Tibéri, Cahuzac …);

– Les membres du Gouvernement, les membres du Parlement, les conseillers du président de la République et les membres des cabinets ministériels, les directeurs d’administration centrale, les titulaires d’emplois supérieurs à la discrétion du Gouvernement, les présidents et les membres des collèges des autorités administratives indépendantes, les dirigeants des entreprises publiques, les présidents des conseils régionaux et généraux, les maires des communes de plus de 3500 habitants seraient tenues d’adresser à l’Autorité de déontologie de la vie publique une déclaration d’intérêts préalablement à leur entrée en fonctions. Cette déclaration publiée serait mise à jour annuellement ainsi que dans un délai d’un mois à compter d’un événement de nature à affecter significativement les intérêts du déclarant au regard de la fonction qu’il exerce.  (Possibilité d’inclure dans cette déclaration la situation du conjoint; réponse aux affaires Woerth, Gaymard, Tibéri, Cahuzac …);

– La peine pour les élus condamnés pour corruption serait portée à dix ans d’inéligibilité (réponse aux affaires Woerth, Gaymard, Tibéri, Cahuzac …);

– réduction du nombre d’élu;

– mise en place de la proportionnelle aux élections législatives pour un quart des sièges …

Alors vous aussi exigez un referendum sur la moralisation de la vie politique en signant la pétition et faite enfin entendre votre voix ! (cliquez sur le lien)

On notera avec satisfaction que 10 députés socialistes viennent à leur tour de lancer un appel au référendum au travers d’une tribune publiée dans le Monde il s’agit de Guillaume Bachelay, Luc Belot, Brigitte Bourguignon, Jean-Christophe Cambadélis, Valérie Corre, Seybah Dagoma, Sébastien Denaja, Olivier Faure, Jean-Patrick Gille et Julie Sommaruga.

 

1 thought on “La moralisation de la vie publique ou la dernière chance des républicains

  1. itsgoodtobeback tu restes mon jacobin préféré parce que malgré ce gros défaut 😉 je te trouve une rare lucidité. Lorsque la révolution sera finie nous irons festoyer ensemble [ta girondine préférée] : )

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