La transmission des préjugés : un nouveau combat pour la fraternité

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Jason Collins

Nos préjugés n’ont pas la vie dure, au contraire, ils se complaisent dans le système médiatique français et se transmettent génération après génération. c’est ce qui ressort d’une énième étude sur les préjugés de nos enfants. parce que la question mérite d’être posée, cela même si la réponse nous gène : comment un enfant de 7 ans peut il être raciste, homophobe ou sexiste?

Comment un enfant de 7 ans peut il être raciste, homophobe ou sexiste?

Certains pourraient croire que l’homme nait con et qu’au travers de l’éducation de son cercle familial et social il devient un être doué de raison, doté d’un cerveau qu’il fait travailler au gré des années afin de se transfigurer en un citoyen talentueux et ouvert. La belle histoire que voilà qui finalement n’est pas bien éloignée du premier cours des instituteurs de la IIIème République : “nos ancêtres les gaulois”.

Et si nous inversions la logique; si un instant nous pouvions imaginer que nos enfants naissent libres de tout préjugé stupide mais qu’au gré des années, au travers de l’éducation de son cercle familial et social, il peut devenir soit un citoyen talentueux et ouvert, soit un raciste, un homophobe ou un sexiste ou encore, comble de bonheur pour certains parti politique nationaux … les trois à la fois !

Les choses ne sont malheureusement pas aussi simples. Les recherches sur les “préjugés racistes” chez les jeunes enfants montrent que, dès 4 ans, les enfants blancs préfèrent les Blancs. Cette préférence va en s’accentuant jusqu’à 7 ans, âge à partir duquel ce que les chercheurs nomment “les préjugés racistes” déclinent. Les auteurs d’une étude estiment que les réponses des plus petits reflètent leur connaissance des stéréotypes en vigueur dans leur société ; ils ne sont pas encore capables d’avoir une opinion personnelle distincte, alors qu’à 8-9 ans, ils font la distinction entre ce que pensent les autres et ce qu’ils croient, eux. Ainsi, les dits chercheurs ont séparé deux groupes d’enfants blancs australiens : ceux de 5-6 ans prêtent davantage d’attributs positifs – « propre », « sage », « intelligent »… – aux enfants blancs figurant sur les photos qui leur sont montrées qu’aux enfants noirs, et davantage d’attributs négatifs à ces derniers ; lorsqu’on leur demande d’indiquer « ce que pensent la plupart des Australiens » ou « ce que tu penses, toi », la réponse est la même. A 8-9 ans, il n’en est plus ainsi. Certes, on retrouve la même tendance à gratifier les Blancs photographiés d’attributs positifs, et les Noirs d’attributs négatifs ; mais, en ce qui concerne les Noirs, les enfants indiquent que les adjectifs positifs reflètent leur avis personnel plutôt que l’avis de M. Tout-le-Monde ; les adjectifs négatifs, l’avis de la majorité, pas leur avis à eux.

Nous ne sommes en fait pas là enfermés dans une analyse de “préjugés racistes” comme le soutiennent les chercheurs australiens mais plutôt face à une réaction naturelle d’ethnocentrisme propre à des individus dont le développement intellectuel n’est pas abouti, du fait de leur âge.

Une réaction naturelle d’ethnocentrisme

C’est souvent entre 4 et 8 ans et parfois même plus tard que les enfants se trouvent confrontés à la différence. Ils sortent de chez eux, de leur famille, de leur couleur, de leur environnement. Ils s’ouvrent aux autres et sont ainsi amenés à poser des questions sur la couleur des gens. Chez certains, des interrogations telles que « pourquoi le monsieur est noir ? » se posent. Chez d’autres, on s’approche pour toucher cette peau colorée qui intrigue. Mais dans un cas comme dans l’autre, cela relève plus de la curiosité que de l’arrière-pensée.Pour autant un enfant qui commence à choisir ses copains en fonction de leurs origines ne le fait qu’en fonction de ce qu’il a entendu dans sa famille ou dans les médias. Quand l’ethnocentrisme se poursuit ou même se développe au delà de 8 ans, alors il convient de s’interroger sur les messages qui parviennent aux enfants dans leur cellule familiale ou dans leurs rapports avec les médias et l’univers d’Internet. En grandissant et en devenant adulte il peut alors s’enfermer dans ce modèle transformant son ethnocentrisme en une forme de xénophobie, une obsession de l’auto-exclusion. Il peut alors être la victime d’une nouvelle idéologie politique dangereuse et malsaine sur laquelle s’appuient les extrémismes et fanatismes des “origines”. Cette idéologie on la retrouve bien sur au Front national pour préserver la pureté de la “race blanche” supposée “supérieure” par tous ces militants dont le cerveau s’est de longue date affranchi de la notion même de “réflexion”. Mais chez les minorités aussi, cette idéologie est un vogue et certains petits politiciens de caniveau s’y engouffre avec bonheur.

Sur facebook on les retrouve par exemple sur la page d’un ancien candidat aux élections législatives qui relaie avec bonheur tout ce que le web compte de plus putride dans la catégorie communautariste. Toute l’actualité du monde y est dépecée au travers du seul prisme arabe et musulman. Pour ce type quand on est arabe on est musulman; quand on est musulman et arabe on ne peut être que ca et l’on est seul face à la planète entière dont le seul objectif est la destruction de l’Islam et de ses adeptes. Communautariste ? non il s’en défend et pourtant 99,9% des commentaires de ses articles sont justement le fait de cette jeunesse française mais d’abord arabe et musulmane; une jeunesse qui se sent comme écartée depuis si longtemps de la sphère publique nationale qu’elle revendique désormais sa propre exclusion comme une identité politique.  Quand il parle de la levée des sanctions économiques européennes contre la Birmanie du fait de l’ouverture politique constatée dans son régime institutionnel, l’énergumène se contente de relayer un article du site al kanz dont le titre est : “Birmanie : l’Europe confirme que le sang musulman ne vaut rien” … juste la classe ! Al Kanz, un blog professionnel qui  se présente comme un site de communication ayant “pour vocation de répondre au besoin d’information d’une nouvelle génération de consommateurs, sur une niche en pleine expansion et dont les perspectives sont gigantesques : le marché des consommateurs musulmans” … pas communautariste du tout …

La conséquence de cet appauvrissement intellectuel est d’engendrer une nouvelle génération de français dotés dès la naissance d’œillères culturelles. Des jeunes qui ne sont pas encore en âge de différencier “culte” de “culture” et “culture” de “nationalité” mais qui ont intégré l’ensemble du panel des clichés racistes et xénophobes. C’est l’expérience menée par Libération dans une école où l’on a demandé à des enfants de relier des mots entre eux … Elle s’applique, liant ses lettres d’un trait appuyé de stylo-bille. A côté du mot «arabe», elle a écrit «voleur». Une grande partie des élèves de cette classe de troisième a eu la même idée. Sans se concerter. Les mots sont posés sans gêne, provocation ou colère. Son voisin d’en face, un grand garçon souriant, a lui écrit le mot «islamiste». Un autre encore a mis «violeur». C’était lundi dernier au collège Gabriel-Péri d’Aubervilliers en Seine-Saint-Denis.

Ces jeunes ont participé durant deux heures au programme CoExist, un programme de lutte contre le racisme et l’antisémitisme fondé sur le principe de la déconstruction des préjugés. Le principe : les élèves se voient remettre une liste d’une vingtaine de mots à côté desquels ils doivent noter des «mots associés». Exemple : «Si je vous dis “juif”, vous pensez à quoi ?» Par petits groupes, ils dessinent ensuite au feutre ces mots sur une grande feuille, avant de présenter ce travail à l’ensemble de la classe et d’en discuter collectivement avec les deux médiateurs de CoExist. Alors oui l’exercice est souvent violent mais aussi déconcertant parce que, au-delà des préjugés sur l’autre, de la bouche de ces adolescents de banlieue sort ainsi le catalogue complet des préjugés et conneries qu’ils peuvent entendre parfois dans leurs famille ou sur les sites communautaristes du Net. En pleine adolescence, ils les ont désormais intégrer.

 Homme, femme, noir, arabe, blanc, homosexuel aucun stéréotype n’échappe aux adolescents qui forment ensemble la quintessence du beauf

finalement on aime que son propre reflet

En face de «femme», les mots qui reviennent le plus, chez les filles comme chez les garçons, sont : «femme battue», «violence», «soumise». Il y a aussi : «mère», «foyer». En face d’«homme» : «violent», «dangereux», «sauvage», «puissant». L’une des deux médiatrices, interroge un garçon : «Tu penses que les hommes et les femmes ne sont pas égaux ?» Il répond «non» sur le ton de l’évidence, en haussant les épaules. Ses copains acquiescent .«On n’est pas pareil quand même», dit l’un. Un autre parle de «supériorité»….

Mot suivant : «délinquant». Réponses :«jeunes de cités», «casseurs», «banlieue».Quelques lignes en dessous, il y aura justement «jeunes de banlieue». Et ils écriront, comme en écho : «délinquant» ou même «sauvage». Pourtant, plus tard, durant le débat, ils parleront de discrimination à l’emploi des jeunes de banlieue. Dénonçant les «clichés» de la télé. En face de «black», ils ont noté «racisme», «inférieur». L’un d’eux dit «voleur».Une fille le reprend : «Non, voleurs c’est les Arabes.» Quelqu’un note que le mot même de «black» est raciste. «C’est les Français qui disent “black”.» Une fille : «Les Noirs aussi sont racistes.» Son voisin d’en face la regarde interloqué. Ils sont tous les deux Noirs. La fille évoque le regard des Africains sur les Antillais. Dans le petit groupe, finalement, tout le monde en convient. «On est tous le raciste de quelqu’un», philosophe un des garçons. Un autre, fataliste : «Même le mot “noir” est négatif dans la langue française. On dit “travail au noir”, “noir c’est noir”…» A «Africain», reviendra souvent Mali, pays d’origine de beaucoup d’élèves de la classe. Mais aussi, de façon récurrente, «pauvre». Un garçon écrira aussi «éboueur».

Un mot suscite une réaction unanime : «Français», auquel une écrasante majorité appose l’adjectif «raciste». Plus rarement «blanc», «riche», «bourgeois» ou «parisien». Sur les dessins, un groupe a dessiné les Français à la manière d’un Woody Allen, avec une baguette et un verre de vin. La médiatrice demande qui est français dans cette classe. Tous les élèves lèvent le doigt. «Donc vous êtes tous racistes et blancs ?» Les adolescents préfèrent, pour se désigner, «français de nationalité». Une fille précise, prenant la parole au nom de ses camarades, et sur un ton pédago à destination des médiatrices : «Nous, on est d’origines. Les vrais Français n’ont pas d’origines.» La médiatrice : «Mais si vous n’êtes pas français, vous êtes quoi ?» Un jeune garçon raconte qu’il est malien en France, français au Mali. «Je suis entre deux chaises», résume-t-il. Puis il tranche, comme pour clore le sujet sur le conflit identitaire : «Je suis musulman.» Les élèves sont prolixes sur ce thème. Ils parlent de leur ressenti lorsqu’ils vont «au bled». «Là-bas, ils nous regardent bizarrement, ils pensent qu’on est riches», dit une jeune fille d’origine indienne.

Le mot «juif» se voit accolé «radin» mais aussi «discrimination», «guerre» et «faible». Un adolescent explique : «Si tu fais une blague sur les juifs, c’est direct la justice, alors que sur les Noirs, tu peux faire des blagues racistes. C’est du favoritisme.» Toute la classe s’en mêle, et tous les élèves semblent d’accord.  Ils ont le sentiment que la loi n’est faite «que pour les juifs». Noémie, l’une des médiatrices, est militante à l’UEJF, l’association qui a porté plainte contre Twitter suite aux messages #unbonjuif, leur explique la violence de ce que signifie «un bon juif est un juif mort». Elle leur rappelle, aussi, que le racisme est un délit quelles que soient les catégories de personnes visées. Qu’un tweet «un bon Noir est un Noir mort», ne la ferait pas rire non plus. Un élève : «Faire des blagues sur les juifs, c’est pas forcément être raciste.» La médiatrice lui demande à quoi il pense, par exemple, comme blague. L’adolescent ne se fait pas prier. Il se redresse, éclaircit sa voix et lance : «Quelle est la différence entre un juif et une pizza ?» «Le temps de cuisson.» Eclat de rire général. Lorsque le silence revient, la médiatrice demande à la classe à quoi fait référence cette histoire de pizza. Echanges de regards dubitatifs. Seuls deux doigts se lèvent. Une fille dit :«C’est quand on mettait les juifs au four.» Sur la liste de mots, beaucoup se trouveront dépourvus devant «génocide». Certains n’écriront rien en face. Plusieurs choisiront «tueur en série» ou «psychopathe».

Il y a un thème qui a toujours déclenché de violentes réactions depuis les premières séances de CoExist, et quel que soit le profil sociologique des lycéens participant : l’homosexualité.  Les élèves de troisième D du collège Gabriel-Péri n’auront pas dérogé à la règle. En face d’«homosexualité», ils ont beaucoup écrit «PD» et autres gracieusetés. Les dessins étaient tous aussi explicites, une partie des garçons, en bons adolescents surhormonés, ayant mis un zèle artistique particulier à figurer avec le plus de précision et de réalisme possible leur vision de la sexualité entre deux hommes. Seule une fille, timidement, prononcera le mot «amour» et dessinera un cœur au-dessus de deux bonhommes du même sexe. Le débat qui s’ensuit au sein de la classe, tourne autour d’une sexualité «contre-nature». Ce sera une des rares fois où il sera question de religion, plusieurs élèves expliquant que Dieu avait conçu l’homme et la femme pour se reproduire. On est alors à quelques jours du vote sur le mariage pour tous. La mesure semble inquiéter fortement les élèves, avec cette singulière angoisse : qu’elle crée des vocations et que l’on aboutisse, à terme, «à l’extinction de la race humaine»…

Un coming out symbole pour toute la société américaine

Le bisou de Civelli à Zlatan

Alors dans ces circonstances le coming out de Jason Collins n’est pas un acte anodin. Ici, en France cela ne nous parle pas beaucoup mais aux Etats-Unis c’est un peu comme si Thierry Henry ou Karim Benzema annonçaient publiquement leur homosexualité. Un séisme dans le monde du sport sachant qu’une récente étude publiée aujourd’hui  montre que 41% des joueurs de football professionnel et 50% des jeunes joueurs évoluant en centre de formation ont « déclaré avoir des pensées hostiles envers les homosexuels. »… quand je vous parle de développement intellectuel …

Aux USA Jason Collins n’a pas simplement témoigné en tant que “sportif” il va beaucoup plus loin que ça dans la tentative pour faire évoluer les mentalités: “Je suis un pivot de NBA de 34 ans. Je suis noir et je suis gay. Je n’ai pas décidé d’être le premier athlète ouvertement homosexuel évoluant dans un sport majeur aux États-Unis. Mais puisque je le suis, je suis heureux d’engager cette conversation”, a-t-il expliqué au journaliste qui a recueilli ses propos. “Garder un tel secret m’a coûté beaucoup d’énergie”, confesse encore Jason Collins. J’ai enduré des années de misère et fait beaucoup d’efforts pour vivre dans le mensonge, j’étais certain que mon monde s’écroulerait si quelqu’un savait.” Ce faisant Jason Collins a fait preuve d’un courage exemplaire salué par son frère jumeau, lui même basketteur pro Jarron Collins qui déclare “je n’ai jamais été aussi fier de mon frère”. Le grand patron de la NBA, David Stern, s’est dit de son côté “fier que ce soit Jason Collins qui prenne le leadership sur cette question” alors que la star des Lakers, Kobe Bryant a rendu hommage à Jason “Je suis fier de lui. Ne laissez pas l’ignorance des autres étouffer vos vies” … Un exemple à suivre pour que les jeunes français découvrent à leur tour qu’on peut être le plus grand sportif de tous les temps, qu’on peut être noir ou arabe, musulman, chrétien ou athée et qu’on peut être gay. Un exemple pour détruire un à un les stéréotypes que la société construit elle même, un exemple pour s’attaquer sans pitié aux communautaristes de nos réseaux sociaux et pour rappeler à la jeunesse de ce pays qu’elle a un coeur et un cerveau, ce ne sont pas des équipements optionnels et qu’ils sont un meilleur outil pour se construire qu les hormones adolescentes.

Les passages en italiques sont tirés des articles suivants : les enfants sont ils racistes, Les enfants naturellement racistes ?, «Nous, on est d’origines,les vrais Français n’ont pas d’origines» , Jason Collins.

2 thoughts on “La transmission des préjugés : un nouveau combat pour la fraternité

  1. via G+
    Entre les hommes aucun n’est parfait donc il n’y a pas à préférer l’un ou l’autre, donc pas question de suivre plus une opinion plus ou moins imposé qu’une autre, donc toute culture est criticable et toute personne y compris dans ses origines aussi, afin de couper court à cette tendance de nivellement total !

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