Les haines des uns, les convictions des autres, de Thatcher à Mélenchon

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La polémique au coeur de l'indécence

Margaret Thatcher n’a jamais fait l’unanimité et pour cause c’est un mot quelle haïssait avec une vigueur toute britannique, peut être autant que celui de « compromis » ou encore ceux de « dépenses publiques » … Thatcher aimait ainsi à répéter qu’elle abandonnait avec plaisir aux petits politiciens la pratique du compromis parce que sa politique à elle était celle de la « conviction ». Un point sur lequel Jean-Luc Mélenchon devrait la rejoindre. Mais voilà Mélenchon, notre Che de salon parisien, n’a finalement comme seule conviction que la haine. Une haine sans borne et totale contre ceux qui ne partagent pas sa vision du monde et, selon les résultats des dernières élections présidentielles cela rassemble néanmoins presque 90 % de nos compatriotes ce qui tend à démontrer qu’il reste un soupçon de bon sens au peuple Français.

Jean Luc Mélenchon a une morale de la chose publique à géométrie variable.

Le 6 mars dernier, Mathieu Deslandes, rédacteur en chef adjoint à Rue 89, racontait l’éloge funèbre de Chavez prononcé par Mélenchon. Drapeaux vénézuéliens au vent, ou presque, visage défait presque déformé par la souffrance intime et probablement morale, Mélenchon sort de son bureau. « Il avance sur la coursive et descend l’escalier. Il s’arrête un instant devant le chevalet disposé au rez-de-chaussée : sur un tableau magnétique, un poster a été scotché. Hugo Chavez y serre une femme dans ses bras. En majuscules, cette inscription : « PASION PATRIA »… Sur le podium, l’orateur dit sa douleur, sa honte à la lecture de « commentaires infâmes » alors que « les cendres de Chavez sont chaudes » – non, « brûlantes ». »

Mélenchon pleure Chavez le mégalomane

Pour Jean-Luc Mélenchon on n’attaque pas un homme qui vient juste de rejoindre son cercueil. C’est « indécent », la preuve d’une « faiblesse morale », d’une « indignité » spécifique aux « représentants de la social-démocratie internationale »… En d’autres termes ceux que Staline nommait les « sociaux traitres ».

Un mois et deux jours plus tard Margaret Thatcher qui considérait le socialisme et le communisme comme la pire des choses qui puisse arriver à un pays et qui affirmait que son travail, à elle, Premier ministre conservateur, était d’extirper ce « cancer politique » qu’est le communisme est à son tour morte. Le corps n’était certes pas brulant mais probablement pas encore refroidi que Jean Luc Mélenchon lâchait sur twitter : « Margaret Tchatcher va découvrir en enfer ce qu’elle a fait aux mineurs. »

On pardonnera au révolutionnaire des quartiers bourgeois du Xème arrondissement de Paris de ne pas savoir orthographier correctement le nom d’un chef d’Etat étranger, même célèbre et l’on se doutait bien que Mélenchon ne portait pas Thatcher dans son cœur et finalement on est peu surpris qu’il ne s’applique pas à lui-même les impératives demandes morales qu’il souhaite imposer aux autres. Finalement il est vrai qu’il est honteux de condamner un homme qui a tenté de renverser la république Vénézuélienne par un coup d’Etat manqué et dans le même temps de respecter la décence de la période de deuil avant d’invectiver la première femme Premier ministre du Royaume-Uni qui gagna trois élections législatives de suite dans la plus vieille démocratie du monde…

Une dame proche des sous de ses compatriotes

En Angleterre aussi le débat fait rage car là bas comme ici, les hommes et les femmes de gauche n’ont jamais aucun respect pour leurs opposants. Ils croient mordicus à ce combat du « bien » contre « le mal » qui était à leurs yeux incarnés par Margaret Thatcher. On veut ainsi croire que la « Dame de Fer » fait l’objet d’une haine tenace de la part de ses opposants et de ses successeurs qui lui reprochent tous d’avoir été au bout de sa politique et de ses certitudes quel qu’en fut le prix social. Et sur ce point ils ont raison : Margaret Thatcher est la personnification de l’intransigeance. Si vous faisiez grève elle ne vous payait pas et ne cédait pas. Si vous menaciez de ne plus vous alimenter jusqu’à ce quelle accepte de changer la politique pour laquelle elle avait été élue … elle ne cédait pas estimant que c’est votre droit que de vous suicider pour vos idées politiques…

Malgré ce caractère de chien les sondages montrent que 60 % des anglais souhaitaient des funérailles nationales pour l’héritière de Churchill. Le Gouvernement a longtemps hésité de peur des manifestations des 20 % de Britanniques qui souhaiteraient bruler le corps après l’avoir pendu par les pieds dans une mine du Pays de Galles. C’est Margaret Thatcher qui a tranché le débat !

Fidèle à sa réputation directive, la Dame de fer n’a pas manqué de donner toutes les consignes relatives à son enterrement pour éviter tout atermoiement, refusant des funérailles nationales. “Elle ne souhaitait surtout pas être à la charge de l’Etat, car elle jugeait cela inapproprié”, a expliqué le porte-parole et ami de l’ancienne première ministre, Lord Bell. “Le pire était l’éventualité d’une parade aérienne, car elle estimait que c’était un gâchis d’argent”, a-t-il expliqué, avant d’ironiser “on en attendait pas moins d’elle”. Mais les funérailles de Margaret Thatcher, qui se tiendront mercredi 17 avril, ne seront pas aussi humbles que ce qu’avait requis l’ancienne locatrice du 10 Downingstreet C’est une tradition, les testaments des chefs d’Etat n’engagent jamais leurs successeurs. Louis XIV pourrait écrire une thèse sur la thématique !

La presse britannique a dévoilé tous les détails de la cérémonie, baptisée “Operation True Blue”, en hommage au bleu, couleur des tories et du conservatisme si cher à l’ancienne première ministre. Si ces funérailles ne seront pas nationales conformément à la demande de la famille, l’hommage exceptionnel rendu à Margaret Thatcher impliquera pourtant bien les services de l’Etat, pour un montant évalué entre 9 et 12 millions d’euros par la presse. Une estimation qualifiée de “pure spéculation” par le Gouvernement. Et comme le rappelle The Guardian dans son enquête consacrée au sujet, le fantaisisme de ces estimations est confirmé par le cout des autres funérailles de personnalités nationales qui eurent elles droit à des « funérailles nationales » : Lady Diana pour 9 millions d’euros, 9,5 millions pour la reine mère et 3,2 millions pour Winston Churchill.

“PRIVATISER SON ENTERREMENT”

Cela aura pour autant nécessairement un cout pour l’Etat et c’est le réalisateur britannique Ken Loach, opposant acharné à Margaret Thatcher qui a trouvé à mon sens la solution la plus adéquate et qui, j’en suis certains, n’aurait pas déplu à la principale intéressée : « Il faudrait privatiser son enterrement, faire un appel d’offres et opter pour le moins cher: c’est ce qu’elle aurait voulu”.

Dans son éditorial, The Independent a pour sa part bien expliciter le sens qu’il convient de donner à ces débats : “A un moment où les gens se désintéressent de plus en plus de la politique, ce n’est pas forcément un mal qu’un politicien, même mort, provoque des passions si élémentaires”.  Devant la polémique, le gouvernement britannique a en tous cas promis de publier toutes les factures de ces funérailles… La transparence s’invite partout !

[Les passages en italiques sont des inter-textes issus de l’article du Monde que vous trouverez en suivant le lien]

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