Les yeux de Marc Chagall

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MARC CHAGALL ET LA TAPISSERIE "L’ENTRÉE A JÉRUSALEM", 1968

La neige tombait et c’étaient bien des volutes d’air frigorifié qui s’envolaient des bouches bleues des joggeurs dans le jardin du Luxembourg le dimanche où, d’un pas vaillant, nous allâmes au Musée du même nom caché derrière le splendide palais de Marie de Médicis où siège désormais notre Haute assemblée.

Je m’interroge toujours sur ces files dans lesquelles s’entassent touristes et parisiens, bravant pour quelques heures une météo peu clémente dans l’espoir de pénétrer un sanctuaire artistique quand il suffit le matin même d’acheter ses billets sur Internet et d’entrer sans attendre afin de se mettre au chaud et au sec. C’est bien ce que nous fîmes. Un grand sourire, quelques phrases fleuries et  la gentille dame  de l’entrée nous donna les guides audios gratuitement : voilà donc une journée qui débutait sous les meilleurs auspices.

CHAGALL, ENTRE GUERRE ET PAIX

Ce n’était pas ma première rencontre avec le juif russe errant, fuyant les fureurs du XXème siècle. j’avais déjà croisé Chagall le religieux lors d’une exposition au Mahj en mars 2011. J’en était alors ressorti avec l’image d’un vieil homme obnubilé par le fait religieux et une vision purement juive de l’humanité et de ses délires. En un mot j’étais quelque peu dubitatif. C’était beau mais je n’étais pas “touché” et encore moins “retourné” malgré les promesses merveilleuses que mes yeux avaient pu déflorer à l’opéra de Paris.

La seconde rencontre fut la bonne. L’exposition du Musée du Luxembourg dépasse de loin l’obsession religieuse. Elle déshabille l’œuvre et la vie d’un homme pour en tirer la “substantifique moelle”. Né en 1887 en Biélorussie comme Staline, Chagall est la personnification d’une certaine conception du juif errant. De Paris à Moscou en passant par Berlin, Chagall est comme poursuivi par la fureur des hommes. Installé à Paris entre 1910 et 1914, il rentre en Russie au début de la Première Guerre mondiale. enthousiasmé par la Révolution anti-tsariste il y prend part comme artiste engagé avant de subir les vilénies communistes et de fuir vers Berlin au début des années 20 puis Paris afin de s’éloigner la montée de l’antisémitisme . C’est là en 1937 qu’il obtient la nationalité française. Une fois encore rattrapé par l’histoire il est arrêté en 1941 et parvient à s’enfuir vers les États-Unis où  il restera jusqu’à la fin de la guerre avant de rentrer en France où il s’éteindra en 1985 au firmament de sa gloire artistique.

Chagall a donc passé une très grande partie de sa vie à fuir la haine, la guerre et le sang sans pour autant se départir de son rôle de témoin des drames de l’humanité qui sont une part importante de son art. Le rouge et le bleu s’y mènent un combat acharné et flamboyant.

L’exposition du Musée du Luxembourg réunissant une centaine d’œuvres est un témoignage de ces 100 années de vie et d’observation. 100 ans ou presque pendant lesquels Chagall peint le monde tel qu’il est ou du moins tel qu’il le voit : temps de guerre et de paix, amour naissant ou s’éteignant… c’est avec une réelle audace inclassable que Chagall aborde les événements du monde et les émotions de l’artiste. L’exposition ne se cantonne ainsi pas à des œuvre de représentation de notre vie commune mais elle plonge aussi dans l’intimité du peintre au travers de toiles qui témoignent de son attachement viscéral aux thématiques personnelles et simples qui fondent son existence : sa ville natale de Vitebsk, la tradition juive hassidique, la Bible, le couple, la famille et le cirque.

L’exposition inaugurée en février se poursuit jusqu’en juillet alors n’hésitez pas à vous y rendre

2 thoughts on “Les yeux de Marc Chagall

  1. Et pour mieux comprendre Chagall sans trop vous casser la tête, je vous recommande “Le petit dictionnaire Chagall en 52 symboles”, avec de jolies reproductions.

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