L’ombre de Margaret Thatcher

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Margaret Thatcher
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Margaret Thatcher : Britain's Fighting Lady

mise à jour du 8 avril 2013 : L’ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher est décédée lundi à Londres à l’âge de 87 ans d’une attaque, a annoncé son porte-parole. «C’est avec une grande tristesse que Mark et Carol Thatcher annoncent que leur mère, la baronne Thatcher, est morte paisiblement ce matin, à la suite d’une attaque», a déclaré Lord Tim Bell.

«Nous avons perdu un grand dirigeant, un grand Premier ministre et une grande Britannique», a déclaré dans un communiqué l’actuel Premier ministre David Cameron, membre comme Margaret Thatcher du Parti conservateur, soulignant sa «grande tristesse». La Reine a été «triste d’apprendre cette nouvelle», a annoncé le Palais de Buckingham dans un communiqué, précisant qu’elle allait envoyer un «message de sympathie» à la famille de Margaret Thatcher.

article d’origine de IGTBB du 25 novembre 2010 :

Quand elle accède à 50 ans au poste de Premier ministre du Royaume-Uni, la fille d’un petit épicier de Grantham, devenue depuis la baronne Thatcher, ne sait probablement pas qu’elle marquera son pays d’une empreinte indélébile. Ne nous y trompons pas, chaque successeur de Margaret Thatcher a poursuivi d’une manière ou d’une autre la politique qu’elle avait enclenchée. La révolution thatchérienne des années 80 n’a été pleinement inscrite dans l’ADN du parti conservateur que par l’action de John Major qui a su adoucir la vision thatchérienne et lui donner cette patine aristocratique qui plait tant aux Tories. Tony Blair a fait bien plus encore en tirant au centre un parti travailliste aux aboies, incapable de gagner le moindre scrutin pendant plus de 20 ans car en décalage complet avec la société britannique. L’idéologie de Lady Thatcher est la source première du New Labour de Tony Blair qui l’a durablement installée au cœur de la vie quotidienne des britanniques quand il occupait Downing street.

Alors bien sur l’avènement de l’alliance entre les Tories et les Lib Dem avec à sa tête le sémillant David Cameron vient parachever l’œuvre de la Dame de fer ; elle n’a d’ailleurs pas tardé à sortir de sa retraite pour lui rendre visite dans cette résidence qu’elle occupât pendant 11 ans. Plus que jamais, l’ombre de Thatcher plane sur l’Angleterre de Cameron …

Au cours de la campagne électorale de 1983 des journalistes ont demandé à Margaret Thatcher pourquoi, quand elle avait besoin d’une opération de sa main, elle avait choisi un traitement privé plutôt que de se faire soigner dans un hôpital public. Elle a répondu, sans aucune hésitation, qu’elle voulait un traitement au moment de son choix et à l’endroit de son choix. Si la gauche s’attendait à bénéficier de cette faute politique qui sonnait comme une insulte aux milliers de britanniques qui attendaient un traitement public car ils étaient incapables de payer une clinique privée, la réaction du public a été toute autre. Les sondages d’opinion ont montré que le sentiment général était que toute personne qui pouvait s’offrir un traitement et un service de qualité supérieure était en droit de l’acheter.

En un sens Margaret Thatcher représentait l’esprit d’une époque. Une époque qu’elle forgeait à coups de butoirs contre les vieilles cathédrales idéologiques britanniques construites au lendemain de la seconde guerre mondiale. Elle semblait porter un vent de renouveau qui ferait sauter les préjugés et balaierait les intérêts particuliers du vieil establishement, visant tout à la fois les Lords qu’elle détestait et les barons du syndicalisme qu’elle méprisait.

Paradoxalement, elle a représenté le changement dans une société qui aspirait à la modernité. Un changement qui permettrait aux gens du peuple de devenir propriétaires, de s’enrichir et de former une caste dirigeante nouvelle. Margaret Thatcher était une femme de la classe moyenne au service de la classe moyenne. Elle mit la population concernée face au terrible dilemme d’un jeu où soit l’on gagne tout soit l’on perd tout.

Thatcher a mis en musique l’air du temps avec une telle vigueur que son idéologie survit à son Gouvernement pendant deux décennies dominées par l’opposition. Le principe au cœur de la philosophie économique de Thatcher – l’efficacité du marché, comme gage d’efficacité concurrentielle et de détermination des niveaux de ressources et des modes de rémunération – a été adopté par le gouvernement Blair, non pas comme une vérité philosophique, mais comme le bon sens que tout homme ordinaire saurait reconnaître. Elle aura été le 1 février 2007, le premier chef de gouvernement britannique dont une statue a été mise en place, de son vivant, dans la Chambre des communes aux côtés des effigies de Winston Churchill, Lloyd George et Clement Attlee, trois de ses prédécesseurs. Ceux-ci n’avaient été honorés par une statue aux Communes que cinq ans après leur mort. Elle déclara alors : « J’aurais préféré une statue en fer, mais le bronze me convient. Elle ne rouillera pas ».

Thatcher est devenue un mythe … une statue de bronze de la vie politique britannique ce qui ne peut faire oublier la situation sociale dramatique du pays au bout de 11 ans de pouvoir : 3 millions de personnes au chômage, le taux de familles sous le seuil de pauvreté qui bondit de 8 à 22% et l’utilisation  « de moyens quasi-militaires » pour mater le syndicat des mineurs. Elle échoue également à rétablir la paix en Irlande du Nord. Le 11 octobre 1984, elle échappa de peu à un attentat quand une bombe placée par l’Armée Républicaine Irlandaise Provisoire (Provisional Irish Republican Army), une organisation terroriste, explosa au Grand Hôtel de Brighton lors d’une conférence du parti conservateur. Cinq personnes furent tuées dans l’attaque, dont la femme du porte-parole du gouvernement, John Wakeham. Un membre influent du cabinet ministériel, Norman Tebbit, fut également blessé, ainsi que sa femme, Margaret, qui resta paralysée.

En 1989 elle se lance dans sa dernière bataille, la provocation sociale de trop, la Poll Tax. Dès cet année l’ooposition interne se met en place. Son poste à la tête du Parti Conservateur fut remis en question par Sir Anthony Meyer, un Membre du Parlement qui s’était jusqu’à présent tenu dans l’ombre, représentant de manière discrète le Pays de Galles du Nord, mais qui était considéré comme un moyen de faire place à des membres du parti plus proéminents. Thatcher écrasa facilement Meyer, mais celui-ci obtint toutefois un nombre surprenant de voix de la part de ses collègues qui craignaient pour leurs sièges aux élections suivantes si la politique concernant la Poll Tax de Thatcher n’était pas modifiée. Ce fut pour Thatcher un avertissement, mais elle n’en tint aucun compte.

En 1990, sa position à la tête du pays fut à nouveau mise en cause, cette fois-ci plus sérieusement, notamment en raison de la controverse concernant sa politique de taxation, ainsi que son arrogance et sa répugnance à impliquer la Grande-Bretagne dans l’intégration économique européenne. Le 22 novembre 1990, lâchée par la plupart des membres de son propre Gouvernement elle est contrainte à la démission étant à la fois victime de ses erreurs politiques et de la lâcheté incroyables d’hommes qui lui devaient tout. C’était il y à déjà 20 ans (et trois jours )…

Margaret Thatcher démissionne

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