je me suis noyé dans l’écume des jours

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Romain Duris et Audrey Tautou, prisonniers de Michel Gondry

Je me souviens, il pleuvait. C’était dimanche. Pas celui où j’écris ces lignes mais pile une semaine avant. Pour rejoindre le MK2 du canal il faut marcher; la station Jaurès est fermée sur la ligne 2 pour une énième rénovation qui nous laissera probablement dubitatifs. POur ceux qui ne connaissent pas ce cinéma, il est séparé en deux: à droite du canal il y a MK2 “Quai de Loire” où sont projetés la plupart des films “grand public” et à gauche du canal on trouve MK2 “Quai de Seine”. C’est de ce côté là que nous nous rendions  pour découvrir “L’écume des jours” revue par Michel Gondry. Aller Quai de Seine c’était déjà pour moi un mauvais signe. C’est un point le point de rencontre pour tous les Bobo du Xème arrondissement, ceux qui s’extasient sur la moindre projection d’un film des années 70 inconnu et méconnu, ceux qui ont vu, mais vraiment, les films nominés aux Césars et qui peuvent donc s’intéresser à cette cérémonie durant laquelle vous vous dites que finalement vous n’allez pas assez au cinéma !

Nous nous rendions donc Quai de Seine, le coeur léger. La salle était à moitié vide mais là non plus nous n’avons pas vu la petite lumière rouge s’allumer dans notre cerveau pour nous signaler le danger intellectuel potentiel. A côté de nous, deux petites nanas bavassent bruyamment. La grande gueule explique à la salle entière comment elle doit se transformer en “garce” pour être servie convenablement dans les magasins … Ah la garce ne daignera se taire qu’à la fin des bandes annonces … et quand les premières images interprétant les idées de Boris Vian le silence se fait.

Bienvenue dans un univers absurde, un monde onirique où l’on trouve un personnage particulièrement banal et indéfini : Colin (Romain Duris) dont la présentation se résume à un personnage qui « possède une fortune suffisante pour vivre convenablement sans travailler pour les autres ». Il y a son meilleur ami nommé Chick (Gad Elmaleh), qui ne dispose pas de cette chance, puisque, étant ingénieur, il est très pauvre (contrairement aux ouvriers). Le troisième personnage masculin est le cuisinier et avocat de Colin, Nicolas (Omar Sy). Un jour, Chick fait la connaissance d’une fille, Alise, qui est parente de Nicolas. Colin, jaloux, désire lui aussi connaître une fille, et tombe amoureux de Chloé (Audrey Tautou) lors d’une fête. Il se marie avec elle et donne une partie de son argent à Chick pour qu’il épouse Alise. Chloé tombe malade : elle a un nénuphar qui pousse dans son poumon droit. Pour la guérir, Colin doit lui acheter des fleurs, l’envoyer à la montagne et ne lui faire boire que deux cuillères d’eau par jour.

Quand elle revient, le nénuphar n’est plus là, mais elle ne peut utiliser maintenant qu’un seul poumon. Colin doit chercher un travail pour acheter des fleurs, quand Chloé tombe de nouveau malade, de l’autre poumon. Leur maison rapetisse progressivement et devient chaque jour plus triste et obscure, malgré les efforts de leur petite souris grise à moustaches noires pour nettoyer les carreaux et laisser passer les rayons de soleil.

Comme Chick aime Jean-Sol Partre plus qu’Alise, celle-ci tue le philosophe avec un arrache-cœur (nom qui sera le titre du roman que Boris Vian publiera ensuite) et brûle la librairie préférée de son compagnon mais elle meurt dans les flammes. Lorsque Chloé est emportée par la maladie, Colin est ruiné. Comme il ne peut payer le prix fort,l’enterrement proposé par l’Eglise est des plus minables…

Drôle d’idée de vouloir adapter ce livre à l’écran ! L’histoire est pour le moins improbable mêlant l’amour, le monde du travail, le jazz, la religion, la maladie, la société, la philosophie, la mode intellectuelle… Conte philosophique sans tête ni queue il était probablement destiné à finir dans les mains de Michel Gondry, le magicien de  Eternal Sunshine of the Spotless Mind qui m’émerveilla en 2004. Et pour le coup le destin n’a pas été tendre, car dans son film,  tout tend à éclairer notre curiosité, mais tout s’acharne à y éteindre notre émotion. Si l’on entend bien l’excellence des acteurs, on doit se contraindre à reconnaître que leur jeu est enfermé dans une esthétique surjouée propre au conte philosophique voulue et assumée par le réalisateur.

On ne s’ennuie pas mais on reste spectateurs d’une longue suite de belles images qui se passent facilement ne serait ce que d’une histoire. On espérait crier au génie, on sort de la salle sous une petite pluie fine qui nous réveille et efface rapidement les souvenirs enfumés d’un spectacle sans destin.

 

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