Ces lieux où le temps reste figé

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L’appartement de Marthe de Florian

Dans le cadre de mes lectures quotidiennes je suis tombé sur un article du blog Paris Zig Zag qui relate la redécouverte d’un appartement resté figé dans le temps depuis 80 ans. L’aventure de ce lieu est pour le moins étonnante notamment à une époque où l’on manque cruellement d’espace de vie à Paris.

Mme de Florian avait 20 ans quand elle a décida de quitter Paris, probablement avant la Seconde guerre mondiale pour rejoindre le sud de la France. Nous sommes à la fin des années 30 et elle laisse derrière elle un superbe appartement de 140 m2 dans le quartier de Pigalle, juste à coté de l’église de la Trinité. Les années passent et pour des raisons que l’histoire ne raconte pas la propriétaire ne remettra plus les pieds dans son appartement jusqu’à sa mort à 91 ans en 2010. Les huissiers chargés de dresser l’ inventaire de ses biens, relèvent bien des paiements réguliers de charges et d’impôts locaux à Paris. Ils partent à la recherche du bien oublié et derrière la porte, sous une épaisse couche de poussière, c’est un véritable trésor figé dans le temps depuis 70 ans qu’ils découvrent …

De magnifique plafonds en bois, un vieux poêle à bois, un évier en pierre,  des peluches d’avant guerre ou encore d’anciennes lettres d’amour… tout est  resté intact pendant plus d’un demi siècle !

Marthe de Florian par Giovanni Boldini

 

Mais l’histoire n’aurait pas un tel intérêt sans le trésor présent dans l’appartement… Un tableau de Giovanni Boldini (1842-1931) était accroché dans le salon. Il représente une superbe femme, Marthe de Florian, nimbée dans une robe du soir en mousseline rose pâle. Il s’agit de al grand-mère de la dernière propriétaire.

En reconstituant l’histoire, à partir des nombreux documents trouvés dans l’appartement, les experts sont arrivés à la conclusion que Mme de Florian était ce qu’on appelle à l’époque “une demi-mondaine” ou une cocotte. Actrice de théâtre, Marthe de Florian – un nom d’emprunt– était d’une beauté exceptionnelle. Cette femme avait de nombreux admirateurs qu’elle recevait dans son appartement. “Elle classait les lettres d’amour de ses amants, par expéditeur, en petits paquets retenus par des rubans de couleur différente”, raconte un expert qui s’est occupé de l’inventaire. Dans ses tiroirs, on a aussi retrouvé des cartes de visite d’hommes politiques de l’époque donc quelques Présidents du Conseils et même des Présidents de la républiques. On y trouve les marques du passage de Clemenceau, Waldeck-Rousseau, Doumergue ou Deschanel.

“Aucun livre de référence consacré à Boldini ne faisait mention de ce tableau, qui n’avait jamais été exposé”, a indiqué Marc Ottavi, l’expert consulté. Il tombe cependant sur une carte de visite de Boldini, avec quelques mots faisant comprendre qu’il faisait partie du cercle des amoureux de Mme de Florian. “Nous avions le lien, et j’étais sûr à ce moment-là que c’était bien un Boldini de très belle facture”, a-t-il ajouté. Pour le portrait de Mme de Florian, le prix de départ a été fixé à 300.000 euros. Très vite, le tableau est monté à 1,3 million d’euros, et a finalement été adjugé à un amateur en salle pour 1,7 million d’euros, ce qui aboutit à un prix frais compris de 2,1 millions d’euros, un record mondial pour l’artiste.

“C’était un moment magique, on voyait que l’acquéreur aimait le tableau, il a payé le prix de la passion”, a ajouté M. Ottavi.

C’est ainsi que certains lieux portent en eux l’essence même d’une époque d’une vie et de souvenirs. C’est exactement ce à quoi servent non pas les “musées” mais les Palais préservés, réhabilités par la République pour qu’ils soient repeuplés des fantômes de notre Histoire commune. C’est l’émotion qui ressort de chaque visite dans les jardins du Palais de Versailles et c’est l’âme même du château de Fontainebleau qui porte vraiment la mémoire des siècles de l’histoire de France. Ce Château vient justement de réhabiliter le cabinet de travail de l’Empereur Napoléon III qui a été ouvert pour la première fois au public le 29 juin 2013. Ce cabinet de travail de Napoléon III et ses pièces annexes ont été restitués dans l’état qui était le leur avant 1870. A l’époque, le nouveau cabinet de travail de sa Majesté avait été installé au rez-de-chaussée du pavillon intermédiaire construit sous Louis XV pour faire la jonction entre le Gros Pavillon et l’aile Louis XV, faisant suite aux salons et au Musée Chinois de l’impératrice Eugénie. Son installation venait confirmer le déplacement des lieux de vie des souverains vers cette zone du château pleine d’agréments en raison de son orientation au Sud, de sa vue sur l’étang et de son ouverture directe sur le jardin Anglais. Il servira à Napoléon III de 1864 jusqu’à son dernier séjour à Fontainebleau en 1868 et constituera pour lui un lieu de travail privilégié.

Après la chute du Second Empire, le cabinet de travail fut transformé en salle à manger pour les présidents de la République. À partir des années 1920, les Écoles d’art américaines occupèrent les lieux, avant que le directeur de l’INSEAD n’y installe son bureau pendant quelques années. Comme les salons et le Musée Chinois de l’Impératrice dans les années 1990-91, le cabinet de travail de Napoléon III et ses pièces annexes ont été restitués dans l’état qui était le leur avant 1870. Le coût de l’opération (1 150 000 €) a été pris en charge par Crédit Agricole SA, mécène du château de 2007 à 2009, le ministère de la Culture et de la Communication et le château de Fontainebleau. Cette ouverture permet également aux visiteurs du château de voir le salon des Laques de l’impératrice Eugénie, restauré et remeublé en 1991 mais pas encore montré au public pour des raisons d’accessibilité. Vous vous demandiez justement quoi faire le week end prochain …
Le cabinet de travail de l’Empereur Napoléon III à Fontainebleau

 

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