A l’origine des dieux éphémères de la natation française (dernière partie)

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Stephan Caron
Stephan Caron

Première partie :  Les étoiles de la natation française : retour sur des dieux éphémères

deuxième partie : les dieux éphémères de la natation française : enfin champions du monde

Delcourt
Delcourt

La natation française n’est pas, comme on pourrait le croire née dans les années 2000. Je me souviens des années 80 (non ce n’est pas une chanson d’IAM) quand, comme beaucoup de petits garçons je vibrais au nom de Frédéric Delcourt, de Stephan Caron et plus tard de Franck Esposito… Nous avons grandi avec des espérances qui quelques années plus tard se sont concrétisées en titres mais ce sont dans ces années là qu’est née la natation française …

Claude Fauquet, ancien professeur de sport en lycée et directeur technique national (DTN) de la natation française dans les années 90 résume la décennie précédente par une expression cinglante : «la culture de l’exceptionnel”. En dehors des quelques stars l’équipe de France se résume à une bande d’athlètes sans talent ni ambition. Roxana Maracineanu, la première championne du monde de l’histoire, sacrée sur 200 m dos en 2000, se souvient : “Pour beaucoup, le boulot était terminé une fois décrochée la sélection pour une grande compétition. Face aux meilleurs mondiaux, nous faisions un blocage mental. Nous étions complexés.”

Mais alors ces stars sur les épaules desquelles tous les espoirs reposent qui sont elles ?

Il y a déjà Catherine Poirot  qui emporte la médaille de bronze aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984 tout en améliorant par la même occasion le record de France du 100 m brasse en 1 min 69s ce qui tend par ailleurs à démontrer le retard accumulé par la France. Elle est suivie de Catherine Plewinski qui emporte pas moins de 14 médailles notamment 1 médaille de bronze aux Jeux olympiques de 1988 sur 100 m nage libre et une autre en 1992 sur 100 m papillon. Elle reste surtout pour ses 5 titres de championne d’Europe entre 1989 et 1993.

Chez les hommes on ne peut écarter Frédéric Delcourt qui participe à ses premiers Jeux olympiques en 1980 à Moscou alors qu’il a à peine 16 ans. En 1984 à Los Angeles, il devient vice-champion olympique du 200 m dos. Il dominera la discipline au niveau national durant toute la décennie en  battant 33 records de France successifs.

Bruno Gutzeit a été sacré trois fois vice-champion d’Europe sur 100 m papillon et en relais. Mais le grand bonhomme de la période est incontestablement Stephan Caron. Le nageur haut de 2 mètres est champion d’Europe en 1985, Vice champion du monde en 1986, médaillé de bronze aux jeux olympiques de 1988 et 1992 et recordman d’Europe sur la distance jusqu’à l’émergence de demi dieu russe Alexander Popov.

Le successeur français de Caron est Franck Esposito , vedette aussi bien dans les bassins qu’à l’extérieur. Sur 200 m papillon il obtient une médaille de bronze aux JO de Barcelone en 1992, le titre de champion d’Europe en 1991 et 1997, celui de vice-champion du Monde en 1998 et de champion du Monde en bassin de 25 m en 1993.

Claude Fauquet avec Alain Bernard
Claude Fauquet avec Alain Bernard

Qu’est ce qui a changer dans les années 90 pour permettre l’explosion du nouveau millénaire?

La presse n’en a pas fait des tonnes et pourtant les résultats enregistrés par l’équipe de France de natation aux derniers championnats du monde de Barcelone en 2013 sont pour le moins absolument époustouflants. Comment est on donc passé de la disette précédente à cette pluie de médaille faisantd e la France la meilleure nation européenne ?

Déjà, depuis les années 80, les Français sont devenus plus sportifs. Ca peut paraitre un détail mais la natation a grandement bénéficié de l’attrait de nos concitoyens pour les sports “individuels” comme la randonnée ou le cyclisme qui figurent, avec la natation, parmi les trois sports les plus pratiqués dans l’hexagone.Dix millions de Français fréquentent aujourd’hui les piscines et bénéficient d’un équipement de meilleure qualité. La natation appartient à la catégorie des sports “complets” qui améliorent la santé, vident l’esprit et bâtissent des corps sublimes. En un mot elle est à la mode !

A partir de là il y a aussi la stratégie du fameux DTN dont nous parlions au début Claude Fauquet. C’est en 1995 qu’il prend en main le destin de la natation française. Aux jeux olympiques de 1996 (Atlanta) la France ne gagne aucune médaille en natation. Fauquet reprend les choses en mains et annonce que désormais pour être sélectionner aux jeux il faudrait réaliser trois chronos pour chaque course, à réaliser successivement en série, demi-finale et finale. L’ambiance est vite plombée quand les athlètes découvrent le niveau d’exigence attendu. Ainsi Alain Mercier raconte dans le point :  “En 2001, aux Championnats du monde de Fukuoka, la délégation française tient tout entière dans un mini-van. Cinq nageurs, une poignée d’entraîneurs. Roxana Maracineanu n’en est pas. Elle a loupé le train pour 3/100 de seconde. Une misère. Mais Claude Fauquet ne cède pas. Sa sélection famélique, présentée sur une demi-page aux élus de la Fédération française de natation, est refusée par le comité directeur. Le DTN met sa démission sur la table. Il obtiendra gain de cause. Dix ans plus tard, Roxana Maracineanu parle encore d’injustice. “Par rapport à ma situation personnelle, m’écarter était injuste. Nous n’avions jamais fonctionné ainsi, nous n’y étions pas préparés. Et puis, j’ai toujours pensé qu’une performance ne se mesurait pas à quelques centièmes de seconde, il faut élargir l’horizon.” L’ancienne championne du monde, aujourd’hui consultante pour France Télévisions, reconnaît pourtant : “La méthode a marché. Les gens sont devenus beaucoup plus professionnels dans leur approche. Aujourd’hui, un nageur sélectionné en équipe de France sait que sa seule présence dans la compétition en fait un candidat à une médaille.””

 

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