Bien mal acquis ne profite pas au Duc d’Orléans 1847-1848

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Louis Philippe la poire en déliquescence  par Honoré Daumier, 1830 parue dans le journal La Caricature.
Louis Philippe la poire en déliquescence par Honoré Daumier, 1830 parue dans le journal La Caricature.

Le Roi Bourgeois Louis Philippe Ier monte donc sur le trône ayant oublié de proclamer Roi de France son jeune cousin de 10 ans pour lequel il devait assumer la régence. En tout état de cause il n’y a pas de débat à avoir, la France dispose alors de deux dynasties concurrentes qui descendent en ligne directe de Louis XIII : les bourbons directs en la personne d’Henri V jeune roi exilé et les Bourbons-Orléans en la personne de Louis Philippe roi légitimé par la rue en 1830. Une troisième dynastie, embourbée dans ses problèmes politiques personnels attend son heure, il s’agit des Bourbons d’Espagne qui descendent du petit fils de Louis XIV.

Pour Louis-Philippe les choses se passent correctement pendant quelques temps. Il prend du poil de la bête et fini par rappeler à qui veut bien l’entendre que « le trône n’est pas un fauteuil vide ». En d’autres termes ; le souverain entend exercer la plénitude de ses compétences de roi constitutionnel, certes, mais roi quand même. Or ce souverain là et son gouvernement doivent faire face à une situation économique et sociale particulièrement tendue. Le chômage a considérablement augmenté, l’industrie de l’époque peine à se développer et les mauvaises récoltes sont à l’origine de disettes dans les campagnes poussant plus encore de Français à rejoindre les grandes villes et notamment Paris où la monarchie de Juillet doit faire face à une agitation républicaine latente observée le sourire aux lèvres par les bonapartistes et les monarchistes estampillés « Bourbon ».

L’année 1848 marque ce que l’on appellera le « Printemps des peuples » en Europe et cela plus d’un siècle et demi avant notre fameux « printemps arabe ». Outre les difficultés économiques et sociales issues de l’industrialisation de nos sociétés européennes, les années 1830 et 1840 sont celles de la montée des idéologies républicaines et nationalistes en réponse à la réaction monarchiste triomphante du Congrès de Vienne. Autriche, Allemagne, Italie, Hongrie et naturellement France s’embrasent les uns pour leur indépendance, les autres pour leur unité, les derniers pour la liberté.

En France, le Gouvernement Soult qui est en fait le gouvernement Guizot a interdit dès 1846 les réunions publiques et la constitution d’associations pour limiter les rassemblements républicains réclamant le suffrage universel et des réformes institutionnelles. Contournant ces interdictions, les républicains décident d’organiser une campagne d’environ soixante-dix banquets en 1847. 17 000 personnes se réuniront ainsi pour réclamer non pas la république mais d’abord des réformes et une démocratisation accrue du régime qui passerait par le suffrage universel direct. Plutôt que de céder du terrain Louis Philippe et Guizot commettent les mêmes erreurs que Charles X et s’embourbent dans un mouvement qui aura finalement la peau de la monarchie.

François Guizot, cerveau du régime orléaniste
François Guizot, cerveau du régime orléaniste

Arrêtons nous un instant sur la personnalité marquante de François Guizot. Bourgeois, protestant et éclairé, il nait en 1787 dans les Cévennes aux premières lueurs de la révolution française. A tout juste 18 ans il intègre la faculté de droit de Paris et se fait peu à peu connaitre des intellectuels grâce à des écrits de talent. Il obtient la chaire d’histoire moderne à la Sorbonne à 25 ans ce qui serait improbable aujourd’hui… A la chute de Napoléon en 1814, il fut choisi pour occuper les fonctions toujours très prestigieuses de secrétaire général du ministère de l’Intérieur et c’est tout naturellement qu’il accompagne Louis XVIII dans son exil. Partisan d’une monarchie constitutionnelle, il devient la figure de proue des  “modérés” et est exclu du pouvoir par Charles X défenseur d’une  monarchie absolue. Le règne de Louis Philippe est un peu le sien. Il tient successivement les ministères de l’Intérieur, de l’Instruction publique puis des Affaires étrangères. Opposé à la peine de mort il fonde en 1833 l’enseignement primaire public évite une guerre avec l’Angleterre et accélère l’industrialisation du pays. De 1840 à 1847 il est ministre dans les gouvernements du maréchal Soult mais chacun sait qu’il est en fait l’âme et l’esprit du régime, le seul que le roi écoute et c’est donc lui qui est le réceptacle de toute la haine du pays. Ce n’est qu’en novembre 1847 que Guizot devient officiellement le chef du gouvernement avec le titre de président du Conseil. Le problème c’est qu’il partage pleinement la vision du Roi, très conservatrice, sur les institutions et leur évolution. Il ne comprend pas que le système institutionnel s’appuyant sur  200 000 électeurs et un Parlement dont la moitié des membres sont nommés était au bord de l’implosion. Il ne comprend pas que la frange libérale de l’opposition ne réclamait qu’une extension partielle du droit de vote qui aurait été par ailleurs favorable au parti conservateur qu’il dirigeait. Ce sont ces incompréhensions qui mènent un régime au demeurant solide à sa perte.

En février 1848 le préfet de police interdit un banquet qui devait se tenir à Paris le 19 du mois mais l’opposition républicaine force le destin et appelle à une grande manifestation le 22 tout en donnant des garanties de maintien de l’ordre au Gouvernement. Le 22 au matin, ouvriers et étudiants se rassemblent à la Madeleine avant de se rendre à la Chambre des députés aux cris de « Vive la Réforme ! À bas Guizot ! ». Le lendemain, les manifestations se poursuivent et s’amplifient tournant peu à peu à l’insurrection. Très rapidement la plupart des  40 000 hommes de la Garde nationale se retournent contre le pouvoir et protègent les ouvriers contre les 30 000 soldats des troupes royales. L’équilibre des forces s’est violemment retourné au détriment du pouvoir royal ce que Louis-Philippe comprend rapidement puisqu’il limoge dans l’heure François Guizot  et choisi le comte Molé réputé réformiste pour le remplacer. Alors que la foule fête sa victoire un manifestant provoque un soldat du roi dans le quartier des Capucines. Le soldat fait feu et est suivi en cela par tout son régiment qui abat 50 manifestants. Le mouvement renait sur les dépouilles des malheureux. Les républicains décident de balader les corps dans toutes les rues de Paris pour mettre en garde les parisiens contre un massacre de la population que les soldats du roi prépareraient. Paris, bonne fille, se soulève.

Le 24 février au matin le palais des Tuileries, siège du pouvoir royal, est attaqué par la foule. Le roi abdique en faveur de son petit-fils de 9 ans, le comte de Paris, et confie la régence à la duchesse d’Orléans, qui obtient l’accord des députés pour proclamer le bambin Roi des Français mais c’est déjà trop tard. Les républicains envahissent le Palais-Bourbon armes à la main et proclament la République.

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