La complainte de Guidel : Je suis, j’étais et resterai … moi… Ni l’un ni l’autre…

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T’es de droite ou t’es de gauche ?

T’es beauf ou bobo de Paris ?

Soit t’es l’un ou soit t’es l’autre […]

Jean Lassalle la danse de Guidel
Jean Lassalle la danse de Guidel

Ce sont les premières lignes de la chanson « Bâtard » de la star du moment Stromae. Je l’écoute en boucle depuis quelques jours et pourtant, chers lecteurs, je n’étais pas à Guidel ce week-end. Guidel, petite station balnéaire bretonne où le Mouvement démocrate de François Bayrou amorçait son retour dans la grande maison commune du centre … droit.

Tout ça donc pour en finir là… au point de départ, comme un bégaiement de l’histoire, comme si le mouvement politique poussant à l’extrême le mimétisme de son leader charismatique (sic) retrouvait les réflexes du jeune bègue qu’il fut.

Comment ne pas s’émouvoir quand deux amants perdus se retrouvent et se réunissent car en politique comme ailleurs jamais la flamme ne s’éteint tant que l’histoire n’a pas connue sa fin. L’attachement viscéral, le regard plein d’émotion, des non-dits, des regrets et des espoirs  trahissent la réalité des sentiments qui lient à jamais les deux amants perdus.

Erich Honecker et Mikhaïl Gorbatchev à Berlin Est au début du mois d'octobre 1989
Erich Honecker et Mikhaïl Gorbatchev à Berlin Est au début du mois d’octobre 1989

En voici deux qui se retrouvent finalement, les chanceux, loin des rendez vous secrets et inavouables. Les deux patrons du centre s’étreignent mais comme cela reste de la politique, qui plus est au centre, c’est bien sur pour mieux finir par s’étouffer. Ce baiser m’en rappelle un autre qui appartient lui à la grande Histoire. En 1989, quand la fureur de la démocratie faisait trembler le mur de Berlin Mikhaïl Gorbatchev est venu en RDA rencontrer Erich Honecker, dictateur communiste de son état. Au moment de se séparer, Gorbatchev et ­Honecker s’embrassent dans la grande tradition communiste. C’est le baiser de la mort qui fait résonner aux oreilles de l’Allemagne communiste des sonorités de Requiem. Sitôt dans son avion, ­Gorbatchev ordonne : « Virez-moi ce dinosaure stalinien »… Mais voilà nous sommes à Guidel et pas à Berlin. Nous ne sommes pas dans l’Histoire mais dans l’actualité

Je ferme les yeux et j’imagine François Bayrou sur les plages de Guidel découvrant au loin l’ombre finalement pas si chancelante de Jean-Louis descendant la dune frappée par le vent dont le bruit est couvert par une musique que je connais bien et qu’il m’arrive encore de fredonner quand je me ballade le long des rues parisiennes :

I would not lie you’ve hurt my pride
And I guess there’s a road without you

But you once said
There’s a way back for every man
So here I am
Don’t people change, here I am
Is it too late to try again

On est bien d’accord c’est un film médiocre, au scenario quelque peu usé et rabâché mais les acteurs sont quand même criants de vérité et de sincérité. Ils nous jouent comme jamais l’improbable come back de stars oubliées, une dernière danse, une dernière chance de réaliser les ambitions d’une vie et qu’importe finalement s’ils y perdent leur reste de crédibilité.

Sur le fond je ne peux pas en vouloir à François Bayrou. Il aura fait l’impossible pour s’entendre avec la gauche. Il aura tout accepté, tout risquer pour donner au parti socialiste une alternative à sa branche gauche mais personne ne peux jamais sauver quelqu’un contre son gré. Il nous faudra regarder, de la rive droite, le radeau socialiste être avalé par la crise et la médiocrité de ses capitaines. Il nous faudra expliquer à ces quelques électeurs qui restent attachés à l’indépendance de la famille démocrate que notre solitude nous tuait à petit feu et qu’à bien y réfléchir, quand on fait de la politique, il est plus agréable de mener un combat en étant mal accompagné que d’être défait dans la fierté et la solitude.


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