L’avenir du centre se jouera à Paris

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Jean Louis Borloo et François Bayrou
Jean Louis Borloo et François Bayrou

Un sondage Ifop-Fiducial publié par Le Journal du Dimanche le 31 aout 2013 est venu éclairer d’un jour nouveau le débat électoral parisien à quelques mois du scrutin qui devra départager Anne Hidalgo, tête de liste du parti socialiste, et Nathalie Kosciusko-Morizet qui dirigera les listes UMP. Alors bien sur, on peut lire les résultats comme le font les spécialistes des médias nationaux au travers du simple resserrement des résultats de second tour entre les deux listes principales. Anne Hidalgo obtiendrait sur Paris 52,5 % des suffrages contre 47,5 à NKM. On a donc 5 points de différence entre les deux candidates contre 8 en juin et 12 en janvier 2013. Ce resserrement  commence a devenir significatif et s’explique de trois manières différentes : la personnalité relativement clivante et “agaçante” d’Anne Hidalgo, l’impact de l’impopularité de la majorité nationale et les propositions elles aussi très clivantes de la candidate socialiste notamment en matière d’automobile.

Anne Hidalgo, malgré sa baisse dans les sondages, continue d’appuyer sa candidature sur un programme d’accentuation des projets de Bertrand Delanoe notamment en matière de transports.  Plutôt que de proposer un projet d’amélioration des transports en commun au service des usagers elle fait le choix, dangereux mais traditionnel, de s’attaquer à la voiture ainsi qu’aux deux roues motorisés en proposant notamment de limiter à 30km/h la vitesse partout dans la capitale sauf sur les grands axes qui resteraient à 50 km/h. Dans le sondage Ifop-Fiducial pré-cité on constate que cette proposition est soutenue par 47 % des parisiens alors que 53 % y sont opposés. De manière assez étonnante il apparait que les parisiens les plus “favorables” sont les 35 – 65 ans alors que les 18 -24 ans y sont opposés à 60 % et les 25 -34 ans à 55 %. Clivante en termes de générations, cette proposition l’est aussi d’un point de vue politique puisque si elle est soutenue par ceux qui ont voté (lors des dernières élections municipales de 2008) en faveur des Verts (70 %) ou en faveur de Bertrand Delanoe (52 %), elle est nettement rejetée par les électeurs de droite (66 %), d’extrême droite (58 %) mais aussi du Modem (55 %).

L’accentuation du clivage idéologique par la candidate socialiste s’accompagne d’un choix stratégique : s’appuyer sur les listes autonomes des Verts au 1er tour et briser l’opposition d’extrême gauche. Tout porte à croire que le front de Gauche tel que nous l’avons connu devrait disparaitre en tout cas à Paris. A ce jour le Front de Gauche annonce toujours officiellement qu’il présentera des listes autonomes au 1er tour derrière son jeune leader Yann Brossat(1) issu du Parti communiste. Pour autant les choses ne sont pas aussi claires et tout porte à croire qu’en fait le PCF va lâcher le Parti de Gauche de Jean Luc Mélenchon et rejoindra le parti socialiste dès le 1er tour de scrutin en l’échange d’au moins 8 sièges de conseillers de Paris. Les 6 % des suffrages dont Yann Brossat est crédité à ce jour pourraient ainsi se reporter vers les listes socialistes pour 4 points ce qui donnerait un peu d’air à Anne Hidalgo au 1er tour (2) et vers les listes des Verts pour 2 points ce qui pourrait sauver la mise des élus écologistes qui aujourd’hui crédités de 5 % des voix pourraient disparaitre purement et simplement entre les deux tours puisque pour fusionner au 2nd tour il faut impérativement atteindre les 5 %.

Dans ces conditions l’idée d’un accord entre les socialistes et le Modem ne semblent plus remplies à Paris où le mouvement de François Bayrou mené par sa fidèle Marielle de Sarnez est crédité de 6,5 % des voix (+0.5 par rapport au mois de juin).  Le Modem n’est par ailleurs pas sourd aux bruissements d’alliances venus non seulement de l’UDI mais aussi de l’UMP. NKM sait pertinemment que ses chances de remporter Paris sont faibles mais quelles sont assurément nulles sans un meilleur report des voix issues du Modem. Elle doit compter sur une progression significative du Front national qui avec 8 % des intentions de vote gagne 3 points par rapport au mois de juin mais aussi sur l’effondrement de son allié naturel l’UDI qui n’est plus crédité que de 3 % des voix et qui risque, en présentant des listes autonomes au 1er tour de disparaitre du paysage politique de nombreux arrondissements. Tout porte à croire que là aussi l’UDI devra renoncer à des listes autonomes et s’intégrer directement dans les listes UMP dès le 1er tour. Ce faisant NKM n’aura plus personne avec qui faire alliance entre les deux tours, personne sauf le Modem qui devrait dépasser 5 % dans la quasi totalité des arrondissements et envisager sereinement des scores à 2 chiffres dans les 5èmes, 7èmes arrondissements et surtout dans les 14ème (3) et 12èmes qui sont les clés de la stratégie de reconquête de l’UMP. Avec des scores supérieurs à 10 % le Modem pourrait alors se maintenir dans ces arrondissements et condamner définitivement l’UMP soit à l’alliance soit à la défaite.

L’alliance du Modem et de l’UMP à Paris lors du 2nd tour des élections municipales ne sera néanmoins pas une chose aisée à réaliser car le corps électoral du mouvement démocrate a considérablement évolué en 1 an et demi. Ainsi on constate dans les intentions de vote de second tour des municipales, que 55 % des électeurs se disant proches du modem voteraient pour Anne Hidalgo contre 45 % pour NKM. Pour autant ils ne sont plus que 51 % quand on parle des électeurs modem de 2008 et surtout ils ne sont plus que 29 % quand on parle des électeurs de François Bayrou à l’élection présidentielle de 2012 : 71 % de ces électeurs voteraient aujourd’hui pour NKM au 2nd tour des élections municipales. En d’autres termes le Mouvement démocrate doit pouvoir retrouver son électorat de mai 2012 qui est à 55 % issu du centre droit pour pouvoir réellement peser dans la balance du rapport droite – gauche. Ce sont ces chiffres qui permettent de mieux comprendre la rencontre récente entre Jean Louis Borloo et François Bayrou et les déclarations annonçant une possible alliance aux élections européennes qui dépendra beaucoup des succès et des défaites des deux mouvements centristes aux municipales.

Sur son blog Scènes politiques, le journaliste Olivier Buffaud estime qu’à la “la faveur des élections européennes, Bayrou (63 ans, le 25 mai 2014) pourrait retrouver un mandat électif, en conduisant une liste des centres regroupés dans le grand sud-ouest. Chef de file chez lui, il pourrait ainsi cohabiter avec les 7 autres têtes de listes régionales… sans leur faire d’ombre. Et vice versa ! Si cette première étape ne paraît pas inatteignable, malgré les crispations et les “conditions irréductibles” de début de négociation perceptibles ici où là, marquerait-elle, pour autant, le début d’un processus plus ambitieux pour le centre hexagonal.”

Toute cette analyse ne repose que sur les aspects électoraux de la politique et non pas sur des critères idéologiques qui divisent plus que jamais les deux “centres” Français qui sont en fait trois : le centre gauche incarné par le Parti radical de Gauche, allié historique du Parti socialiste, le centre droit résolument revendiqué par l’UDI aux côtés de l’UMP et le centre “centriste” de Bayrou qui ne se veut ni dans la majorité, ni dans l’opposition mais qui appelle au rassemblement de tous les centristes pour construire cette troisième voix à laquelle la France n’a jamais vraiment adhéré. il sera bien compliqué d’unir les inconciliables pour construire un projet commun mais ce qui est certains c’est que ces unions là ne peuvent commencer qu’en local au niveau des communes et pour celle qui nous concerne des arrondissements.

(1) né en 1980 il est le petit fils de Marcus Klingberg, scientifique israélien condamné dans son pays à 18 ans de prison pour espionnage en faveur de l’URSS et libéré en 1998. Il adhère au Parti communiste français  à 17 ans. Élu conseiller de Paris en 2008 sur les listes communes avec le parti socialiste, il prend la présidence du groupe communiste. Il est régulièrement politiquement mis en cause par la droite pour les revenus qu’il tire de ces fonctions obtenues via son mandat notamment en tant que Président de la la SemPariSeine et de ses participations aux conseils d’administrations de la Société d’Exploitation de la Tour Eiffel (SETE) et de l’ICF La Sablière.

(2) dans le sondage Ifop du 31 aout Anne Hidalgo n’a plus que 1,5 point d’avance sur NKM contre 10 points en janvier 2013.

(3) c’est dans cet arrondissement que se présentent NKM et Marielle de Sarnez

9 thoughts on “L’avenir du centre se jouera à Paris

    1. ah c’est une réalité historique le PRG est à la gauche ce que le PRV est à la droite … issus de la meme famille le Parti radical … Le PRG est d’ailleurs membre observateur de l’ALDE au Parlement européen … le mouvement européen de Bayrou

      1. sauf qu’avec les idées extrémistes défendues on est loin d’un parti de centre !!! #NeMelangeonsPasTout

        1. lol il peut etre certes extrémiste sur quelques sujets mais l’UDI aussi en sens inverse 😉

  1. L’avenir de F Bayrou oui mais pas celui du Centre. A quelques millimètres près je partage cette analyse. J’ai conservé mon adhésion au Modem mais depuis que j’ai approché l’UDI certains Ayatollahs oublient de m’inviter aux réunions ou même de me tenir au courant des travaux menés dans le 95. Ah qu’il est difficile d’avoir raison trop tôt… l’important est d’avancer.

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