Les testaments brisés de l’histoire monarchique

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La famille de Louis XIV
La famille de Louis XIV

Le testament du comte de Paris a été cassé. L’information n’a pas fait grand bruit car finalement les médias en général ne sont pas passionnés par l’héritage français ; un héritage politique mais aussi artistique. Pour autant ce n’est pas la première fois qu’un testament « royal » est remis en cause par la justice. Ces histoires d’héritages sont même à l’origine d’une division tellement profonde dans la famille politique monarchiste qu’elle perdure encore aujourd’hui.

A l’origine il y eut Louis XIII (1601 – 1643) et ses deux fils Louis XIV et Philippe d’Orléans. Louis XIII étaient fou de ces deux bambins qu’il avait eut sur le tard (1638 et 1640). Nous dirons poliment qu’il était guère attiré par les jupes et notamment celles de son épouse Anne d’Autriche dont il se méfiait grandement. Se sentant mourir le souverain décida de rédiger un testament qui encadrait les pouvoirs de son épouse dans le cadre de la longue régence à venir. Il créait un « conseil souverain de régence » présidé par la reine mais où elle pouvait être mise en minorité.

Pour autant le pouvoir absolue des souverains français ne perdurait pas après leur mort et en particulier quand leur héritier n’est qu’un petit garçon de 5 ans. Alors que le corps de Louis XIII est encore chaud, Anne d’Autriche quitte Saint Germain en Laye pour Paris. Elle est bien décidée à s’appuyer d’une part sur les grands du Royaume (en premier lieu Gaston d’Orléans déjà) et sur ceux qui détestent le plus son défunt époux : les parlementaires parisiens. Quatre jours seulement après la mort du roi elle convoque le Parlement, et à l’occasion du lit de justice inaugural, par “décision” de Louis XIV (5 ans), fait casser le testament du feu roi grâce au principe selon lequel un souverain ne peut soumettre son successeur à aucun acte… Cette décision Louis XIV en sera lui-même victime quand son successeur traitera de la même façon le testament du Roi Soleil.

Souvenez vous, Louis XIV donna naissance à deux branches familiales : les Bourbons de France (Louis XV, Louis XVI, Louis XVII*, Louis XVIII, Charles X, Louis XIX* et Henri V*) et les Bourbons d’Espagne qui règnent encore aujourd’hui en la personne de Juan Carlos.

Philippe d'Orléans Régent
Philippe d’Orléans Régent

Le second fils de Louis XIII, Philippe d’Orléans, est lui particulièrement connu sous le nom de « Monsieur » et est resté dans l’histoire grâce à sa vie pour le moins dissolue. Cela ne l’empêchât pas d’être le fondateur d’une autre dynastie davantage peuplée de prétendants que de souverains et comme marquée par le syndrome du petit frère, celui qui attend une place que jamais il n’occupera.

Le fils de Monsieur qui s’appelle également Philippe d’Orléans aura comme son papa une vie sentimentale très agitée mais davantage tournée vers les dames que les messieurs. Il sera « presque » roi puisque pendant la minorité du jeune Louis XV, il assume la régence alors même que Louis XIV aura tout fait pour éviter qu’un Orléans n’arrive à occuper cette fonction.

Quand il décède en 1715, le Roi Soleil est un homme très âgé pour l’époque. A 77 ans, il a déjà vu mourir son fils en 1711, deux de ses petits-fils (Louis en 1712 et Charles en 1714) et l’un de ses deux arrières petits-fils (Louis en 1712). Il lui reste un petit fils, Philippe devenu Roi d’Espagne et ayant renoncé à ses droits sur la couronne de France, et un arrière petit-fils de 5 ans qui deviendra Louis XV. Par son testament il souhaite empêcher son neveu Philippe d’Orléans de devenir régent et réserver un contrôle de l’action publique à son fils illégitime mais légitimé le Duc du Maine. Il écrit dans son testament qu’il souhaite qu’un Conseil de régence soit créé. Il doit être composé : « du duc dorleans chef du conseil, du duc de bourbon quand il aura vingt quatre ans accomplis, du duc du maine, du comte de toulouse, du chancellier de France, du chef du conseil royal, des mareschaux de villeroy, de villars, duxelles, de tallart et dharcourt des quatre secretaires destat et du Controleur general des finances. »… Voici donc notre Duc d’Orléans passé du statut de « régent » à « chef du conseil de régence » lui-même constitué de tous les proches de Louis XIV et fidèles au Duc du Maine (on note par exemple la présence du Comte de Toulouse, lui aussi fils illégitime légitimé du Roi et frère du Duc du Maine). Le Roi juge bon de rappeler que toutes les décisions qui relèvent de l’autorité du souverain sans aucune exception doivent désormais relever exclusivement de l’autorité du Conseil de régence et précise que « les resolutions y soient prises à la pluralité des sufrages sans que le duc dorleans chef du conseil puisse seul et par son auctorité particuliere rien desterminer statuer, ordonner et faire expedier aucun ordre au nom du roy mineur autrement que suivant ladvis du conseil de la regence »… Il ne lui reconnait finalement qu’une voix prépondérante en cas d’égalité des voix au conseil. Pour compléter ce qui ressemble de plus en plus à une constitution Louis XIV annonce « Voulons que la personne du roy mineur soit sous la tutelle et garde du conseil de regence, mais comme il est nesessaire que sous l’auctorité de ce conseil quelque personne dun mérite universellement reconnu et distinguée par son rang soit particulierement chargée de veiller à la sureté conservation et éducation du roy mineur nous nommons le duc du maine pour avoir cette autorité et remplir cette importante fonction du jour de notre deces nous nommons aussi pour gouverneur du roy mineur sous l’autorité du duc du maine, le mareschal de villeroy. » et pour que les choses soient bien claires sur la nature du pouvoir de son fils préféré il conclut : « Voulons que tous officiers de la garde et de la maison du roy soient tenus de reconnoistre le duc du maine et de lui obeir en tout ce quil leur ordonnera pour le fait de leur charge qui aura raport à la personne du roy mineur a sa garde et a sa sureté. ».

Le duc du Maine, fils illégitime de Louis XIV
Le duc du Maine, fils illégitime de Louis XIV

Autant dire que ce brave Philippe d’Orléans n’aurait qu’à bien se tenir … mais voilà, pour tout avouer ce testament qui vient après une décision du 29 juillet 1714 par laquelle Louis-Auguste du Maine a été déclaré par son père Louis XIV apte à monter sur le trône de France en cas de décès de son  dernier héritier direct légitime le petit duc d’Anjou âgé alors de 4 ans (futur Louis XV) porte en lui les germes d’une guerre civile car non seulement il écarte l’héritier légitime Philippe d’Orléans, le prive de la régence mais lève une incertitude sur la sécurité du jeune roi de 5 ans puisque sa mort permettrait à un enfant illégitime de monter sur le trône de France. D’une phrase, le duc d’Orléans résume sa pensée : « On nait prince de sang, on ne le devient pas ».

Comme ce fut le cas lors du décès de Louis XIII, au lendemain de la mort du roi, le parlement fut convoqué pour décider de la régence. Le premier président du Parlement soutenait le duc du Maine qui disposait également de l’autorité sur la garde du Roi. Le jour de la réunion du Parlement le duc d’Orléans paya alors le colonel des gardes françaises pour obtenir son soutien. Il fit occuper le palais par le régiment des gardes françaises et se montra aux côtés l’ambassadeur d’Angleterre, pour insinuer que la cour de Londres, en cas de troubles appuierait ses prétentions.

Face à ce qui n’était ni plus ni moins qu’un coup d’Etat Louis-Auguste du Maine refusa de s’appuyer sur la garde royale et accepta de se faire dépouiller de l’ensemble de ses prérogatives. Il expliquera plus tard que la mission confiée par son père était de garantir la sécurité du jeune souverain et de préserver la couronne et non pas de la déstabiliser par une énième fronde. C’est ainsi que le testament du roi soleil fut cassé cette fois par la force des armes.

C’est là la pierre angulaire d’une division profonde au sein des monarchistes français où s’opposent orléanistes et légitimistes. (à suivre : Les trahisons de la famille d’Orléans)

* ces souverains n’ont pas exercé le pouvoir mais sont pris en compte dans les Rois de France car ont juridiquement été rois pour les monarchistes Louis XVII emprisonnés au temple de 1793 (mort de Louis XVI) à 1795 (son propre décès à 10 ans), Louis XIX 20 minutes le 2 aout 1830 entre l’abdication de son père Charles X et son propre renoncement 20 minutes plus tard; Henri V petit-fils du roi de France Charles X et fils posthume de Charles-Ferdinand d’Artois, duc de Berry, roi du 2 au 7 aout 1830.

(1) retrouvez l’intégralité du testament de Louis XIV sur le site des archives nationales

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