Les trahisons de la famille d’Orléans 1715-1830

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Dans le dernier épisode nous avons vu comment le coup d’Etat de 1715 de Philippe d’Orléans est devenu la pierre angulaire d’une division profonde au sein des monarchistes français où s’opposent orléanistes et légitimistes.

A la mort du régent en 1723 son fils Louis reprend le flambeau du « recours ». En effet le roi Louis XV ne donne naissance qu’à un seul fils et cela en 1729. Louis d’Orléans se considère donc comme l’héritier, avant la naissance du Dauphin et après au cas où il lui arriverait malheur. Il n’est néanmoins pas le seul à avoir des vues sur la mort prématurée du dauphin de France. De l’autre côté des Pyrénées, le roi d’Espagne n’a pas renoncé à contester la fameuse « renonciation » à ses droits sur la couronne de France. Nous y reviendrons.

Tête tranchée du roi Louis XVI
Tête tranchée du roi Louis XVI

Revenons à la famille d’Orléans et plus exactement au moment de la révolution française. L’arrière petit-fils du régent, Louis-Philippe d’Orléans est le fameux membre de la famille royale qui vota la mort de Louis XVI, son cousin, vote qui, rappelons le, n’aura été emporté que de justesse. En fait il y avait plusieurs questions et les résultats exacts font débats entre les historiens. La première était « Louis Capet est‑il coupable de conspiration contre la liberté publique et d’attentats contre la sûreté générale de l’Etat ? ». Le Président de la Convention annonce 693 OUI, le procès-verbal de séance en décompte 683 et le recompte effectué en 1900 en dénombre 673. Il n’en reste pas moins que c’est une presque unanimité puisque la convention comptait 749 membres lors des élections (certains sont, au moment du procès morts sur la guillotine). La deuxième question est très importante car elle va être sous-jacente dans tous les débats institutionnels qui suivront opposant les politiques favorables à un parlementarisme absolu et ceux qui préfèrent la voie référendaire: « le jugement de la Convention nationale contre Louis Capet sera‑t‑il soumis à la ratification du peuple : oui ou non ? ».Le « non » l’emporte avec 424 Conventionnels lus par le président et donnés par le procès‑verbal, 423 indiqués en 1900. Pour autant 283 “Conventionnels” (lus par le président, donnés par le procès-verbal) ont voté « oui », 10 se sont abstenus et 28 seraient “absents”. Vient alors le moment de la troisième question : « quelle peine Louis, ci‑devant roi des Français, encourt-il ? » et là c’est du grand n’importe quoi  « Un membre vote pour la mort en réservant au peuple la faculté de commuer la peine, 23 votent pour la mort en demandant qu’on examine s’il est convenable d’accélérer ou de retarder l’exécution, 8 votent pour la mort en demandant qu’il soit sursis à l’exécution jusqu’à l’expulsion de la race entière des Bourbon, 2 votent pour la mort en demandant qu’il soit sursis à l’exécution jusqu’à la paix, époque à laquelle la peine pourrait être commuée et réservant le droit de la faire exécuter avant ce temps en cas d’invasion du territoire français par une puissance étrangère dans les vingt‑quatre heures de l’irruption, 366 votent pour la mort sans condition , 319 votent pour la détention jusqu’à la fin de la guerre et le bannissement aussitôt la conclusion de la paix », 2 votent pour la peine des fers et 24 sont absents ou non votants. La mort immédiate est donc votée par 366 conventionnels alors que 355 votent pour une autre peine ou pour tout simplement attendre. La dernière question clôt le débat : « y aura‑t‑il sursis à l’exécution du jugement jusqu’au 15 février prochain ? » pour satisfaire à la demande de Jean‑Baptiste Mailhe. La solution du sursis est rejetée par 380 Conventionnels, contre 310 voix pour. La cause est entendue, Louis XVI montera sur l’échafaud le 21 janvier 1793. (1)

Louis Philippe d’Orléans sera sans pitié contre son cousin, surnommé jusque là « Philippe Egalité » pour ses idées révolutionnaires il devient « Philippe le Régicide » puisqu’il vote “coupable”, s’oppose à l’appel au peuple, vote la mort immédiate et contre le sursis. Ce vote marqua à jamais sa personne et ses descendants du sceau de l’infamie et dégouta même Robespierre qui, pourtant peu suspect de sympathie monarchiste, écrivit « il était pourtant le seul membre de l’Assemblée qui pût se récuser ». Il faut dire que la décision n’était pas anodine, mis à part le fait de voter la mort d’un roi qui plus est son propre cousin, Philippe d’Orléans gardait en mémoire qu’au moment de la fuite de la famille royale vers Varennes les monarchistes révolutionnaires lui avait offert la régence… Louis XVI exécuté, son fils emprisonné et ses frères exilés, le chemin vers un hypothétique accès au pouvoir pour la famille d’Orléans semblait désormais possible. Justice sera néanmoins rendue le 7 novembre 1793, date à laquelle il rejoindra son royal cousin à la guillotine.

Charles X roi de France de 1824 à 1830
Charles X roi de France de 1824 à 1830

Comme son papa, Louis Philippe d’Orléans, fils de Philippe « Egalité » sera favorable aux idées révolutionnaires. Moins aventureux que son paternel il s’opposa au procès de Louis XVI et décide de s’enfuir vers la Belgique puis la suisse avant de subir le même sort que son Duc de père. La chute de Napoléon en 1815 permet à Louis Philippe de revenir à Paris où il est  confirmé dans ses titres et propriétés. Comme ses ancêtres il joue finement le rôle politique du membre éclairé de la famille royale. Incarnant une vision constitutionnelle de la monarchie sa popularité est grande notamment sous le règne de Charles X tenant d’une politique monarchiste « ultra » de 1824 à 1830.

Après une longue période d’agitation politique et mis en minorité lors des élections le roi Charles X, qui n’est autre que le deuxième frère de Louis XVI décide de tenter une sorte de coup d’état institutionnel en publiant quatre ordonnances royales le 25 juillet 1830 sur la base l’article 14 de la Charte constitutionnelle de 1814 qui stipule  : « Le Roi est chef suprême de l’État, il commande les forces de terre et de mer, déclare la guerre, fait les traités de paix, d’alliance et de commerce, nomme à tous les emplois d’administration publique, et fait les règlements et ordonnances nécessaires pour l’exécution des lois et la sûreté de l’État. »

La première ordonnance suspend la liberté de la Presse et contraint les journaux à obtenir une autorisation préalable avant publication. La deuxième prononce la dissolution de la Chambre avant même que celle-ci ne se soit réunie, la troisième réserve le droit de vote aux seuls riches propriétaires fonciers restreignant ainsi fortement la capacité électorale et la quatrième fixe la date de nouvelles élections. Cet acte un peu irréfléchi était dicté par l’expérience. Le roi l’expliqua ainsi : « La première reculade que fit mon malheureux frère fut le signal de sa perte […] Ils feignent de n’en vouloir qu’à vous [les ministres], ils me disent : « Renvoyez-vos ministres et nous nous entendrons ». Je ne vous renverrai pas […] Si je cédais cette fois à leurs exigences, ils finiraient par nous traiter comme ils ont traité mon frère ». Néanmoins il n’eut pas l’effet escompté. Contrairement aux assurances du Préfet de Paris qui avait dit au roi que la ville ne bougerait pas le peuple parisien se soulève, dresse des barricades dans les rues, et affronte les forces armées, commandées par le maréchal Marmont, au cours de combats qui font quelque 200 tués chez les soldats et près de 800 chez les insurgés. Les combats font rage dans Paris du 26 au 30 juillet et alors que Charles X cède sur toute la ligne en renvoyant son Gouvernement et annulant les ordonnances, c’est là que le Duc d’Orléans joue sa partition en faisant placarder dans tout Paris un texte joliment tourné :

Louis-Philippe Ier 1830 - 1848
Louis-Philippe Ier 1830 – 1848

« Charles X ne peut plus rentrer dans Paris : il a fait couler le sang du peuple.

La république nous exposerait à d’affreuses divisions ; elle nous brouillerait avec l’Europe.

Le duc d’Orléans est un prince dévoué à la cause de la Révolution.

Le duc d’Orléans ne s’est jamais battu contre nous.

Le duc d’Orléans a porté au feu les couleurs tricolores.

Le duc d’Orléans peut seul les porter encore ; nous n’en voulons pas d’autres.

Le duc d’Orléans s’est prononcé ; il accepte la Charte comme nous l’avons toujours voulue et entendue. C’est du peuple français qu’il tiendra sa couronne. »

Le 31 juillet le Prince d’Orléans parade dans Paris alors que Charles X s’est réfugié au Trianon de Versailles. Le 2 août, Charles X (ainsi que son fils Louis) abdique en faveur de son petit-fils Henri duc de Bordeaux, qui devient « Henri V ». Il confie la régence au duc d’Orléans après l’avoir déjà nommé dès le  1er août Lieutenant-général du royaume. Mais Philippe d’Orléans se contente de faire enregistrer l’abdication de Charles X et de son fils, sans faire proclamer Henri V. Le 9 août, il prête serment de fidélité à la constitution sous le nom de Louis-Philippe Ier, Roi des Français. La rupture est définitive avec les Bourbons qui fuient vers l’Angleterre.

 A suivre : Bien mal acquis ne profite pas au Duc d’Orléans 1847-1848

(1) source site de l’Assemblée nationale

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