Partant pour la Syrie, les soubressauts d’une histoire

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Partant pour la Syrie,
Le jeune et beau Dunois,
Venait prier Marie
De bénir ses exploits :
Faites, Reine immortelle,
Lui dit-il en partant,
Que j’aime la plus belle
Et sois le plus vaillant.

embleme_empire.JPG-1314706823Ces quelques lignes sont tirées d’un chant qui résonna dans toutes les villes et les campagnes de France pendant de très nombreuses années notamment de 1852 à 1870 puisqu’il s’agissait ni plus ni moins que des paroles accompagnant l’hymne impérial pendant le Second Empire et qui s’intitulait donc « Partant pour la Syrie ». En fait ce chant fait office d’hymne puisque l’Empire n’en a pas à proprement parler.

 La mélodie a été composée par Hortense de Beauharnais, belle-fille de Napoléon. Un peu plus tard le musicologue Arthur Pougin, qui été un virulent opposant à Napoléon III, essaya d’en attribuer le mérite à Louis-François-Philippe Drouet mais de récentes découvertes publiées par la Fondation Napoléon confirment Hortense comme étant l’auteur de la musique en 1807 sur un texte d’Alexandre de Laborde.

 Il est amusant de penser que l’actuel Président de la République fut l’un des premier opposants à Nicolas Sarkozy à comparer ce dernier à Napoléon III (comparaison peu flatteuse pour le dit Empereur) et qu’une fois au sommet de l’Etat c’est lui qui redonne de la résonance à l’hymne nationale du Second Empire.

 Nettement moins violent que l’hymne républicaine, Partant pour la Syrie raconte l’histoire d’un croisé qui prie la vierge Marie de le bénir avant son départ à la croisade en Syrie. Mis en musique par une personnalité de la famille impériale et vantant les exploits militaires il est considéré comme séditieux sous la Restauration, régime qui lui se construisit sur la défaite de la France. Il en devint d’autant plus facilement une sorte de cri de ralliement des bonapartistes dirigés par Louis Napoléon Bonaparte. Napoléon 1er n’aimait pas la Marseillaise non pas pour des raisons politiques mais simplement parce que cela ne correspondait pas à ses gouts musicaux. Il lui préférait “Veillons au salut de l’Empire”. Napoléon III a pour sa part  écarté la Marseillaise pour des raisons plus politiques puisque si son oncle devait faire face à une opposition essentiellement royaliste, celle du Second Empire était clairement républicaine.

Jacques Jourquin précise dans le Dictionnaire du Second Empire sous la direction de Jean Tulard que l’hymne « fut jouée officiellement pour la dernière fois le dimanche 19 mars 1871, quand Napoléon III quitta Wilhelmshöhe où il était prisonnier, pour l’Angleterre. Ce jour-là le refrain, “Amour à la plus belle, honneur au plus vaillant”, prenait un sens tragiquement ironique. »

 Il trace sur la pierre
Le serment de l’honneur,
Et va suivre à la guerre
Le Comte son seigneur ;
Au noble voeu fidèle,
Il dit en combattant :
Amour à la plus belle,
Honneur au plus vaillant.

L’hymne est encore joué aujourd’hui par l’armée française qui reste souvent le garant de nombreuses traditions musicales et qui sait, elle prendra peut être tout son sens dans quelques semaines si François Hollande persiste à vouloir partir pour la Syrie…

On lui doit la Victoire.
Vraiment, dit le seigneur ;
Puisque tu fais ma gloire
Je ferai ton bonheur.
De ma fille Isabelle,
Sois l’Epoux à l’instant,
Car elle est la plus belle,
Et toi le plus vaillant.

A l’Autel de Marie,
Ils contractent tous deux
Cette union Chérie
Qui seule rend heureux.
Chacun dans la chapelle
Disait en les voyant :
Amour à la plus belle,
Honneur au plus vaillant

1 thought on “Partant pour la Syrie, les soubressauts d’une histoire

  1. [ Il est amusant de penser que l’actuel Président de la République fut l’un des premier opposants à Nicolas Sarkozy à comparer ce dernier à Napoléon III (comparaison peu flatteuse pour le dit Empereur) et qu’une fois au sommet de l’Etat c’est lui qui redonne de la résonance à l’hymne nationale du Second Empire.] Ce itsgoodtobeback possède décidément l’humour et l’intelligence qui me ravit ! Caustique à souhait et cultivé …..

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