J’ai rencontré le faux scandale de la nudité masculine qui s’expose à Orsay

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Mercure par Pierre et Gilles
Mercure par Pierre et Gilles

La semaine dernière ma moitié et moi-même avons décidé d’être de bons parisiens comme il faut. Pas de ceux qui se gavent de bonbons au cinéma mais plutôt de ces parisiens qui volent de parcs verdoyants en été aux expositions qui font jaser une fois l’automne arrivé. Une exposition donc mais pas n’importe laquelle et pas n’importe quand ! En bon Bobo de la rive droite nous choisissons de nous rendre au Musée d’Orsay, en nocturne, découvrir « Masculin – Masculin, L’homme nu dans l’art de 1800 à nos jours ».

 Le musée explique dans sa présentation officielle « Alors que le nu féminin s’expose aussi régulièrement que naturellement, le corps masculin n’a pas eu la même faveur. Qu’aucune exposition ne se soit donné pour objet de remettre en perspective la représentation de l’homme nu sur une longue période de l’histoire avant le Leopold Museum de Vienne à l’automne 2012 est plus que significatif. Pourtant, la nudité masculine était pendant longtemps au fondement de la formation académique du XVIIe au XIXe siècles et constitue une ligne de force de la création en Occident. S’appuyant sur la richesse de son propre fonds (quelques sculptures inconnues) et des collections publiques françaises, le musée d’Orsay se donne donc comme ambition […] d’approfondir, dans une logique à la fois interprétative, ludique, sociologique et philosophique toutes les dimensions et significations de la nudité masculine en art. »

Il y a là une ambition certaine à comparer une exposition parisienne au succès incroyable rencontré par l’exposition du Léopold Museum de Vienne. En effet,  pendant plusieurs mois d’octobre 2012 à mars 2013 ce musée

exposition de Vienne
exposition de Vienne

a obligé tous les visiteurs à se dénuder à l’entrée à partir de 18h jusqu’à la fermeture du musée. Derrière l’évidente volonté de faire parler de l’exposition, le musée autrichien avait ce faisant donner un sens à la notion d’exposition participative, d’art partager où le spectateur offre sa nudité comme part entière de l’art contemporain. Plus encore il entendait apporter un début de réponse à la grande question du rapport à la nudité et plus particulièrement à la notre : objet d’observation, d’art, de désir ou juste du quotidien.

A Paris nous sommes finalement beaucoup plus pudiques et sages et ces mots sont encore bien faibles par rapport à mon sentiment réel quand nous sommes sortis du Musée d’Orsay. La nudité reste exposée et non vivante à de très rares exceptions, nous y reviendrons. L’exposition présente près de 200 œuvres, de 1 800 à nos jours, qui célèbrent le corps masculin alors que “l’homme nu fait encore scandale” scande l’un des co-commissaires de l’exposition qui a opté pour une approche thématique et non chronologique. De l’idéal classique nous sommes transportés au nu héroïque et sportif avant de nous contraindre au réalisme de la fin du XIXème siècle et du XXème siècle dont l’expression la plus cruelle et la plus marquante est certainement  la sculpture du “Père mort” (1996) par laquelle Ron Mueck représente le cadavre de son propre père tel qu’il l’imagine dans sa nudité. L’exposition s’achève enfin sur ce que certains observateurs considèrent comme une représentation de l’homoérotisme qui  pour ma part me laisse dubitatif.

Les deux commissaires de l’exposition disent s’attendre à « ce que les gens nous disent que nous avons été très pudibonds» et pour tout vous avouer je n’aurai pas le cœur de les désavouer sur ce point.

Saint Jean Baptiste - Le caravage
Saint Jean Baptiste – Le caravage

Voici donc une exposition qui entendait dénoncer l’inégalité de traitement entre le nu féminin qui s’affiche partout et le nu masculin, objet de scandale, mais qui aligne les banalités les plus effroyables sur ce nu là. L’organisation thématique de l’exposition ne masque pas la pauvreté en œuvre et en réflexion. Comment expliquer la place de l’homme nu dans l’art quand on commence son étude en 1800 ? Comment traiter de l’homme nu dans l’art sans exposer la moindre œuvre du Caravage, peintre du désir et du sexe ou de Michel Ange qui a tant et tant étudié le corps masculin afin de le transformer et le déifier ? Pas un mot donc des écoles italiennes des XVIème et XVIIèmes siècles qui reprenant les modèles antiques firent de l’homme nu l’idéalisation de la beauté universelle.

Pas un soupçon d’analyse et de critique sur le fait même qu’une exposition sur le nu masculin puisse être un « évènement » ou plus encore sur la façon dont le nu masculin a servi une idéalisation du corps comparable à ce que les femmes subissent aujourd’hui dans la presse spécialisée où l’on vend des corps retouchés, manipulés, trop éloigner de la réalité. Aucune projection sur l’époque contemporaine et la reproduction des schémas d’idéalisation dans la photographie contemporaine, bien au contraire on affiche fièrement le travail de Pierre et Gilles qui est certes sublime esthétiquement mais tranche avec l’évolution réaliste de l’art.

Arthur au vernissage de l'exposition
Arthur au vernissage de l’exposition

Au vernissage de l’exposition Arthur Gillet, 27 ans et ancien étudiant de l’école des beaux-arts de Rennes se glisse discrètement dans un petit couloir derrière un tableau et se déshabille avant de déambuler nu devant les œuvres. “Je trouvais ça drôle de rapprocher les œuvres d’un modèle mais de manière naturelle, en visitant l’expo tout nu […] J’ai eu l’impression de visiter un salon du design masculin avec l’homme assis, homme allongé, l’homme dans la nature, l’homme fort, sans aucun commentaire critique. Les nus dénotaient une sensibilité homosexuelle, qu’Orsay n’assume pas du tout. L’expo aurait pu devenir un outil critique à des fins plus féministes, en remettant en cause le référent universel du masculin, l’érotisation exclusive du corps féminin. Mais j’ai eu l’impression d’une expo à la gloire du masculin. . Quand je suis arrivé, j’ai senti qu’il fallait faire quelque chose, parce que je trouvais que la problématique était passée à la trappe. Avec mes muscles et ma barbe, j’ai un archétype statuaire très représentatif de l’académisme du XIXe siècle. Je me suis dit que ça ouvrirait un espace...”

Quelques jours plus tard un homme retente l’expérience au grand scandale du figaro : « La scène n’a duré qu’un court moment. Aucun organe génital n’a été montré. Pour autant est-ce de l’art? En droit français, c’est moins la simple «dénudation» que l’exhibition sexuelle caractérisée qui est punie d’un an d’emprisonnement et de 15.000 euros d’amende. »

La nudité pose aujourd’hui question dans notre société, surtout celle de l’homme mais pas seulement. Une femme en mini jupe dans le métro est toujours considérée comme une salope mais encore à t’elle le droit de s’habiller comme bon lui semble dans ses activités personnelles et professionnelles quand l’homme est encore engoncé dans des habits censés cacher de la manière la plus stricte tout aspect de sa masculinité. Un sexe de femme reste du nu quand un sexe d’homme est assimilé à de la pornographie.

Cette exposition en sortant du pure cadre artistique aurait pu soulever une question plus large, celle de la nouvelle pudibonderie de notre société, de ses incohérences et de sa subjectivité. Une société où seul le beau aurait le droit de se montrer, de s’afficher parce que nous sommes tous subjuguer par l’apparence et les fantasmes au détriment de ce que nous sommes et vivons. Elle aurait pu …

2 thoughts on “J’ai rencontré le faux scandale de la nudité masculine qui s’expose à Orsay

  1. perso j'aime bien le Mercure de Pierre et Gilles, ça a beaucoup de tenue, ensuite tout dépend ce que l'on fait du corps et de sa sexualité, le dérapage est vite franchi, c'est une question de perception pas de moralité , donc tout le monde y trouve son compte dans cette exposition

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